L’on se souvient que, dans la pièce éponyme de Shakespeare, Lady Macbeth cherche à soulager sa conscience après avoir poussé son mari au meurtre, en se lavant les mains. Pour le grand dramaturge chrétien, ce geste éloquent est une attestation de la conscience morale [1]. Différentes expériences ont confirmé cette corrélation entre la culpabilité et le besoin physique de propreté.
Dans l’une d’entre elles, les chercheurs ont demandé à des sujets de relater par écrit, à la première personne, un acte immoral ou un acte éthique ; puis, ils leur ont proposé de choisir entre certains objets ceux qui leur paraissaient désirables. Ils ont alors observé que, lorsque la personne avait raconté un acte déshumanisant, et seulement alors, elles préféraient des objets de soins sanitaires, comme un savon ou une lingette hygiénique, à un objet neutre (du point de vue hygiénique) comme un crayon. Ils en conclu que la personne qui a été en contact avec un événement culpabilisant ressent le besoin de se laver [2].
Inversement, un individu qui s’est préalablement lavé les mains portent un jugement éthique moins sévère sur une transgression [3]. Cette expérience fut corroborée [4].
Ces études ont été à la fois confirmées de manière originale et fondées dans leur mécanisme neurologique par une équipe de l’université Magdeburg, en Allemagne [5]. Celle-ci a montré qu’une parole mensongère augmente l’envie de dentifrice et de liquide pour se rincer la bouche, et un écrit mensonger celui de produits lavant les mains. En même temps, elle a observé par neuro-imagerie que la vue de produits hygiéniques active l’aire de la bouche après un mensonge oral et l’aide de la main après un mensonge écrit ; donc, les actes éthiques sont corrélés à des régions somatosensorielles qui les représentent symboliquement.
Ces passionnantes expériences attestent combien l’homme est « un de corps et d’âme [6] », combien le corps est signe (et pas seulement sujet, c’est-à-dire cause matérielle) de l’âme et combien il est urgent d’élaborer une conception symbolique et ontophanique de la personne humaine. Elles invitent aussi à inventer une éthique qui double la praxis (les actes) d’une poïésis (c’est-à-dire d’un appel à une ritualité qui, en catholicisme, mobilise les sacramentaux), en matière de culpabilité, mais aussi en matière de vertu.
Pascal Ide
[1] Cf. William Shakespeare, Macbeth, Acte 5, scène 1.
[2] Cf. Chen-Bo Zhong et Katie A. Liljenquist, « Washing away your sins. Threatened morality and physical cleaning », Science, 313 (2006) n° 5792, p. 1451-1452. Cette étude et les suivantes sont citées par Sebastian Dieguez, « L’effet Macbeth. Peut-on ‘laver’ sa conscience ? », Cerveau & Psycho, 88 (mai 2017), p. 94-97.
[3] Cf. Simone Schnall, Jennifer Benton & Sophie Harvey, « With a clean conscience. Cleanliness reduces the severit of moral judgments », Psychological Science, 19 (2008) n° 12, p. 1219-1222.
[4] Cf. David J. Johnson, Felix Cheung & M. Brent Donnellan, « Does cleanliness influence moral judgments ? A direct replication of Schnall, Benton, and Harvey (2008) », Social Psychology, 45 (2014) n° 3, p. 209-215.
[5] Cf. Michael Schaffer, Michael Rotte, Hans-Jochen Heinze & Claudia Denke, « Dirty deeds and dirty bodies. Embodiment of the Macbeth effect is mapped topographically onto the somatosensory cortex », Scientific Reports, 5 (2015), 18051.
[6] Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes sur l’Église dans le monde de ce temps, 7 décembre 1965, n. 14, § 1.