En 1999, l’un des plus ambitieux projets jamais imaginés en psychologie vit le jour. Neal Mayerson, président d’une fondation philanthropique américaine, téléphona au fondateur de la psychologie positive, Martin Seligman, et lui posa la question suivante : « Comment pouvons-nous aider les jeunes gens à réaliser leur plein potentiel ? » Pour y répondre, Seligman constitua une équipe de chercheurs qui, pendant trois années, décortiquèrent les grands textes philosophiques et religieux, d’Occident et d’Orient, les discours, les chansons et les expressions populaires, etc.
Quels furent les résultats de l’enquête, qui s’est effectuée selon la plus vaste échelle jamais réalisée ? La plupart des cultures reconnaissent vingt-quatre qualités ou « forces de caractère » : la créativité, la curiosité, le discernement, la bravoure, la persévérance, la bonté, la maîtrise de soi, la clémence, l’humilité, l’humour, la gratitude, l’espoir, la spiritualité, etc. Le nombre pourrait dérouter. Les enquêteurs les regroupèrent en six grandes vertus où l’on peut retrouver les quatre cardinales et s’ébaucher quelque chose des théologales : la sagesse, le courage, l’humanité, la justice, la tempérance et la transcendance [1].
Si je vous parle de cette enquête, c’est d’abord parce qu’elle nous donne une vision très encourageante de la bonté de l’humanité et des cultures. C’est aussi parce qu’elle corrobore la parole de saint Paul dans la deuxième lecture : « Mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte » (Ph 4,8). C’est la seule occurrence du mot « vertu » sous la plume de l’Apôtre. Si le païen est parfois sans espérance en Dieu (cf. 1 Th 4,13), il est loin d’être dénué de belles vertus.
C’est enfin parce qu’elle fait écho aux interventions de notre Saint-Père. Ainsi, à l’Unesco : « La paix est authentique lorsqu’elle jaillit de la vertu de la justice plutôt que d’un simple contrat, et d’une volonté droite plutôt que d’un équilibre instable d’intérêts. En effet, seule une volonté droite peut reconnaître dans l’autre un frère ou une sœur, une personne comme soi-même ». Ou aux jeunes : « celui qui vit avec Dieu tend vers le meilleur : il est en exercice constant. Il recherche la vertu, c’est-à-dire la force qui le rend bon et vrai » ; « choisissons ensemble les vertus que nous devons développer pour suivre le Seigneur ».
Rendons grâce pour le don qu’est notre pape ! Lui-même donne l’exemple d’un homme qui vit ce qu’il dit, donc d’un homme vertueux. Sachons reconnaître ces vertus chez nos frères les hommes, chrétiens ou non ! Et nous-même prenons le soin de devenir toujours plus sages, plus courageux, plus justes et plus tempérants !
Pascal Ide
[1] Cf. Christopher Peterson et Martin Seligman, Character Strengths and Virtues: A Handbook and Classification, New York, Oxford University Press, 2004.