Théories du salut en fonction de leur extension

Le point commun de toutes les doctrines chrétiennes du salut (sotériologies) est que le Christ et seul le Christ est sauveur. Autrement dit, la rédemption s’accomplit par la personne et l’œuvre de Jésus-Christ.

En revanche, les sotériologies se différencient non pas en fonction de l’intention de l’émetteur (le donateur), mais en fonction des médiations de celui-ci et du récepteur. La conséquence en est une graduation selon l’extension des rachetés, de la minorité (un petit nombre sera sauvé) par la majorité (un grand nombre sera sauvé), à la totalité (tous seront sauvés). Suivant la mode anglosaxonne qui a au moins le mérite de clarifier, on peut dénommer chaque courant, respectivement : le restrictivisme, l’inclusivisme et l’universalisme. L’on peut introduire une nuance extensive au sein de la deuxième catégorie (selon que la personne peut choisir le salut avant ou après sa mort) et de la troisième catégorie selon que l’universalité est seulement en puissance (c’est-à-dire désirée et espérée) ou aussi en acte (ce qui rejoint la théorie de l’apocatastase).

Enfin, ces positions existent de manière variée dans les différentes confessions chrétiennes. L’on pourrait enrichir les noms d’auteurs en reprenant en détail la thèse de Christophe Kruijen sur la perdition des hommes.

 

Nom de la théorie

Contenu

Auteurs

Restrictivisme

Le salut s’obtient habituellement en entendant l’Évangile et en ayant consciemment foi en Jésus.

Dans des cas exceptionnels, Dieu peut sauver par Christ, même lorsqu’une personne n’a pas entendu l’Évangile et que son salut ne repose pas sur sa réaction à ce qu’elle savait.

Les autres religions ne sauvent pas, pas plus que les efforts moraux en dehors de Christ.

Tradition :

Saint Augustin, saint Anselme de Canterbury

Théologiens protestants :

Martin Luther, Jean Calvin, Jonathan Edwards, Benjamin B. Warfield, Robert C. Sproul

Inclusivisme classique

Le salut s’obtient habituellement en entendant l’Évangile et en ayant consciemment foi en Jésus.

Dans certains cas, au cours de cette vie, Dieu peut sauver ceux qui n’ont jamais connu ni confessé le Christ parce qu’ils ont répondu avec foi à la vérité qu’ils connaissent de Dieu. Ces personnes sont sauvées par le Christ seul, et non par leur religion ou leurs efforts moraux. Leur destinée éternelle est fixée avant la mort.

Tradition et Magistère :

Saint Justin, saint Thomas d’Aquin, Concile Vatican Il Théologiens protestants :

John Wesley, le jeune C.S. Lewis, Lesslie Newbigin

Inclusivisme large

Le salut s’obtient habituellement en entendant l’Évangile et en ayant consciemment foi en Jésus.

Cependant, le salut peut s’étendre au-delà de l’Église visible. En effet, bien que les autres religions et les visions du monde ne sauvent pas en elles-mêmes, Dieu les utilise comme instruments par lesquels le Christ agit. Le salut n’est toutefois jamais automatique et implique un véritable retour vers Dieu.

De plus, la miséricorde divine peut continuer à s’exercer même après la mort.

Théologien catholique :

Karl Rahner

Théologien orthodoxe :

Sergei Bulgakov

Théologiens protestants :

le vieux C.S. Lewis, Clark H. Pinnock, Dallas Willard, Nicholas Thomas Wright

Universalisme en espérance

Il est théologiquement permis d’espérer que Dieu sauvera finalement tous les hommes par le Christ, bien que l’Écriture ne permette pas d’affirmer cela avec certitude. Le jugement doit donc être pris au sérieux, mais l’amour victorieux de Dieu dans le Christ laisse ouverte cette possibilité : les desseins finaux de Dieu peuvent réconcilier tous les hommes sans nier la liberté humaine ni la justice divine.

Théologien catholique :

Hans Urs von Balthasar

Théologien orthodoxe :

Kallistos Ware

Théologiens protestants :

Karl Barth, Jürgen Moltmann, Donald G. Bloesch

Universalisme réalisé

Dieu sauvera assurément tous les hommes par la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. La réconciliation universelle n’est plus seulement espérée, mais assurée. En effet, l’amour et la souveraineté de Dieu triompheront finalement de toute résistance à la grâce.

Dès lors, le jugement et l’enfer sont compris comme des réalités temporaires, correctives ou symboliques qui servent le dessein rédempteur de Dieu et n’entraînent la perte éternelle d’aucune personne.

Tradition :

Origène d’Alexandrie, saint Grégoire de Nysse

Théologien orthodoxe :

David Bentlev Hart

Théologien protestant :

Friedrich Schleiermacher

Pascal Ide

25.5.2026
 

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