Notre Dame de l’Assomption, Arche victorieuse de Dieu 2/2

3) Première confirmation : la liturgie de la fête de l’Assomption

La fête de l’Assomption est une extraordinaire confirmation de cette intuition selon laquelle Marie est la nouvelle Arche d’Alliance qui nous assure la victoire, plus encore, que le triomphe est déjà réalisé. De fait, la seule victoire définitive est notre accès dans la lumière de Dieu ; or, la fête de l’Assomption célèbre l’entrée de Marie dans la resplendissante gloire de Dieu. Il y a plus. À la fin des temps, tous les corps ressusciteront et Jésus reviendra dans la gloire pour juger tous les êtres humains. Or, Marie est élevée dans la gloire non seulement en son âme, mais dans son corps qui est ressuscité. Elle anticipe donc la résurrection finale. Ainsi, la fête de l’Assomption, c’est la fête de la victoire définitive, irréversible de Dieu. Gloire rime avec victoire.

C’est ce qu’atteste la liturgie de l’Assomption de Marie. La messe de la veille au soir donne à entendre ce cri « Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri ! » (Lc 11,27). Or, la traduction littérale dit : « Heureux le ventre qui t’a porté et les seins que tu as sucés ». Cette parole beaucoup plus concrète montre que Marie nous est montré comme celle qui abrite Jésus, donc comme l’Arche d’Alliance.

La messe du jour, elle, fait entendre le passage de l’Apocalypse sur « grand signe » en le désolidarisant avec l’introduction dont nous avons parlé. Derechef, qu’il est riche de sens que la liturgie nous offre à contempler Notre Dame comme l’Arche d’Alliance qui lutte pour Dieu.

Le jour de la fête de l’Assomption en 2007, le pape Benoît XVI a centré son homélie sur ce passage de l’Apocalypse et en a offert un commentaire d’une grande profondeur et d’une brûlante actualité. Il vaut la peine de la lire et la méditer en entier :

 

« Chers frères et sœurs,

« Dans sa grande œuvre La Cité de Dieu, saint Augustin dit à un moment donné que toute l’histoire humaine, l’histoire du monde, est une lutte entre deux amours : l’amour de Dieu jusqu’à se perdre soi-même, jusqu’au don de soi, et l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, jusqu’à la haine des autres. Cette même interprétation de l’histoire, comme lutte entre deux amours, entre l’amour et l’égoïsme, apparaît également dans la lecture tirée de l’Apocalypse, que nous venons d’écouter. Ici, ces deux amours apparaissent à travers deux grandes figures. Avant tout, il y a le dragon rouge, très puissant, avec une manifestation impressionnante et inquiétante du pouvoir sans grâce, sans amour, de l’égoïsme absolu, de la terreur, de la violence. Au moment où saint Jean écrivit l’Apocalypse, pour lui ce dragon était la représentation du pouvoir des empereurs romains anti-chrétiens, de Néron à Domitien. Ce pouvoir apparaissait illimité ; le pouvoir militaire, politique, propagandiste de l’empire romain était tel que devant lui, la foi, l’Église, apparaissait comme une femme sans défense, sans possibilité de survivre, encore moins de vaincre. Qui pouvait s’opposer à ce pouvoir omniprésent, qui semblait capable de tout ? Et toutefois, nous savons qu’à la fin, la femme sans défense a vaincu ; ce n’est pas l’égoïsme, ce n’est pas la haine ; mais c’est l’amour de Dieu qui l’a emporté et l’empire romain s’est ouvert à la foi chrétienne.

« Les paroles de l’Écriture Sainte transcendent toujours le moment historique. Et ainsi, ce dragon indique non seulement le pouvoir anti-chrétien des persécuteurs de l’Église de ce temps là, mais les dictatures matérialistes anti-chrétiennes de tous les temps. Nous voyons de nouveau se manifester ce pouvoir, cette puissance du dragon rouge, dans les grandes dictatures du siècle dernier : la dictature du nazisme et la dictature de Staline avaient tous les pouvoirs, elles pénétraient chaque recoin, l’ultime recoin. Il semblait impossible qu’à long terme, la foi puisse survivre face à ce dragon si fort, qui voulait dévorer le Dieu qui s’était fait enfant et la femme, l’Église. Mais en réalité, dans ce cas également, à la fin, l’amour a été plus fort que la haine.

« Aujourd’hui aussi, ce dragon existe de façons nouvelles et différentes. Il existe sous la forme des idéologies matérialistes qui nous disent : il est absurde de penser à Dieu ; il est absurde d’observer les commandements de Dieu ; cela appartient au passé. Il vaut la peine uniquement de vivre la vie pour soi. Prendre dans ce bref moment de la vie tout ce que nous pouvons en tirer. Seuls la consommation, l’égoïsme, le divertissement valent la peine. Telle est la vie. C’est ainsi que nous devons vivre. Et à nouveau, il semble absurde, impossible de s’opposer à cette mentalité dominante, avec toute sa force médiatique, de propagande. Il semble impossible aujourd’hui encore de penser à un Dieu qui a créé l’homme et qui s’est fait enfant et qui serait le véritable dominateur du monde.

« Aujourd’hui aussi, ce dragon apparaît invincible, mais aujourd’hui aussi, il demeure vrai que Dieu est plus fort que le dragon, que c’est l’amour qui l’emporte, et non pas l’égoïsme. Ayant considéré ainsi les diverses configurations historiques du dragon, voyons à présent l’autre image : la femme vêtue de soleil avec la lune sous ses pieds et entourée de douze étoiles. Cette image également revêt plusieurs dimensions. Une première signification est sans aucun doute qu’il s’agit de la Vierge Marie vêtue de soleil, c’est-à-dire entièrement de Dieu ; Marie qui vit en Dieu, entièrement, entourée et pénétrée de la lumière de Dieu. Entourée de douze étoiles, c’est-à-dire des douze tribus d’Israël, de tout le Peuple de Dieu, de toute la communion des saints, et avec à ses pieds la lune, image de la mort et de la mortalité. Marie a laissé la mort derrière elle ; elle est entièrement revêtue de vie, elle est élevée corps et âme dans la gloire de Dieu et ainsi, étant placée dans la gloire, ayant surmonté la mort, elle nous dit : courage, à la fin l’amour est vainqueur! Ma vie consistait à dire : je suis la servante de Dieu, ma vie était le don de moi à Dieu et au prochain. Et cette vie de service débouche à présent dans la vie véritable. Ayez confiance, ayez le courage de vivre ainsi vous aussi, contre toutes les menaces du dragon.

« Telle est la première signification de la femme que Marie est parvenue à être. La ‘femme vêtue de soleil’ est le grand signe de la victoire de l’amour, de la victoire du bien, de la victoire de Dieu. Un grand signe de réconfort. Mais ensuite, cette femme qui souffre, qui doit fuir, qui enfante dans un cri de douleur, est également l’Église, l’Église en pèlerinage de tous les temps. À toutes les générations, elle doit à nouveau enfanter le Christ, l’apporter au monde avec une grande douleur dans ce monde de souffrance. Persécutée à toutes les époques, elle vit comme dans le désert persécutée par le dragon. Mais en tous temps, l’Église, le Peuple de Dieu, vit également de la lumière de Dieu et il est nourri, comme dit l’Evangile, de Dieu, nourri lui-même avec le pain de la Sainte Eucharistie. Et ainsi, dans toutes les vicissitudes, dans toutes les différentes situations de l’Église au cours des temps, dans les diverses parties du monde, en souffrant, elle est vainqueur. Et elle est la présence, la garantie de l’amour de Dieu contre toutes les idéologies de la haine et de l’égoïsme.

« Nous voyons certainement qu’aujourd’hui aussi, le dragon veut dévorer le Dieu qui s’est fait enfant. N’ayez pas peur pour ce Dieu apparemment faible. La lutte a déjà été surmontée. Aujourd’hui aussi, ce Dieu faible est fort : il est la véritable force. Et ainsi, la fête de l’Assomption est l’invitation à avoir confiance en Dieu et elle est également une invitation à imiter Marie dans ce qu’Elle a dit elle-même : Je suis la servante du Seigneur, je me mets à la disposition du Seigneur. Telle est la leçon : suivre sa voie ; donner notre vie et ne pas prendre la vie. Et précisément ainsi, nous sommes sur le chemin de l’amour qui signifie se perdre, mais une façon de se perdre qui en réalité, est l’unique voie pour se trouver véritablement, pour trouver la vraie vie [1] ».

Tournons notre regard vers Marie, élevée au ciel. Laissons-nous conduire vers la foi et la fête de la joie : Dieu est vainqueur. Apparemment faible, la foi est en réalité la véritable force du monde. Apparemment impuissant et vulnérable, l’amour qui donne et pardonne est plus fort que la haine. Et nous disons avec Elisabeth : « Bénie sois-tu entre toutes les femmes ». Nous te prions avec toute l’Église : « Sainte Marie, prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen ».

4) Seconde confirmation : l’histoire de l’Église

Ce qui est promis eschatologiquement dans l’Écriture se réalise dans le cours du temps.

a) Un épisode peu connu de la vie de Charlemagne

Un seigneur sarrasin, Mirat, régnait à la citadelle de Mirambel. Charlemagne était venu pour assiéger la ville. En 778, lassé de la résistance opiniâtre de Mirat, l’empereur s’apprête à lever le siège, lorsque Turpin, évêque du Puy-en-Velay, eut l’inspiration suivante : que l’assiégé se rendre non pas au souverain, mais à la Reine des cieux. Charlemagne accepta que l’évêque aille parlementer avec l’assiégé. Or, le chef maure consentit à déposer ses armes aux pieds de la Vierge noire du Puy. Il se fit baptiser et le jour de son baptême, prie le nom de Lorus, qui devient celui de la ville où il vivait… nom qui est devenu celui de Lourdes ! (Mirambel est l’actuelle citadelle de Lourdes)

Or, l’empereur Charlemagne était un grand dévot de Marie : il fut consacré dans la basilique d’Aix-la-Chapelle qu’il avait voulu dédier à la Mère de Dieu ; il recueillit avec grande dévotion la relique de la ceinture de Marie à lui offerte par l’impératrice de Constantinople ; il porta toute sa vie à son cou l’image de la Sainte Vierge ; il demanda à être enterré avec une statue de celle-ci sur son cœur ; après sa mort, le concile de Mayence prescrivit la fête de l’Assomption à tout l’empire Franc.

Ainsi donc, c’est Marie qui a obtenu la victoire, par la prière et a pris possession de ce sanctuaire plus de mille ans avant d’y apparaître. N’est-ce pas aussi l’indice qu’il faut singulièrement prier Notre Dame de Lourdes ?

b) Le rôle de l’Autriche en Europe

Vienne occupe une place singulière en Europe, elle constitue un verrou entre l’empire ottoman qui est musulman et l’Europe chrétienne. De plus, lorsque la France défaille, l’Autriche prend la relève.

1’) Victoire de Kahlenberg

En 1683, l’empire Ottoman est aux portes de l’Europe chrétienne : l’armée assiège Vienne. Non pas le roi de France, mais le roi de Pologne, Jean Sobieski, vient prêter main forte à l’Autriche. Avant cela, il s’arrête au sanctuaire de Czestochowa. Avec toute son armée, il prie aux pieds de la Vierge noire. Puis, la veille de la bataille décisive, il donna l’ordre à tous ses soldats de combattre avec la prière suivante sur les lèvres : « Au nom de Marie, Seigneur Dieu, au secours ! ».

L’on sait que, à la bataille dite de Kahlenberg, le 12 septembre, la victoire fut totale. Or, ce que l’on a un peu oublié, c’est la disproportion des moyens : 150 000 soldats du côté des Turcs et 15 000 du côté de Jean Sobieski. Voilà pourquoi les observateurs chrétiens y ont reconnu un miracle, une intervention divine. Le lendemain de cette mémorable victoire, le roi polonais écrivit au pape Innocent XI : « Veni, vidi, Deus vincit ». La formule croise Jules César et Ambroise Paré. Et, en reconnaissance de cette action de la Providence, le pape instaura la Fête du Très Saint Nom de Marie, rendue obligatoire, à la date du 12 septembre en toute l’Église d’Occident.

2’) Victoire de Lépante

Ici encore, les Autrichiens étaient à 1 contre 3 face aux Turcs de Soliman.

3’) L’Autriche après la seconde Guerre mondiale [2]

Après la seconde Guerre Mondiale, l’Autriche fut, à l’instar de l’Allemagne, divisée en quatre zones d’Occupation respectivement tenues par les Américains, les Anglais, les Français et les Soviétiques (qui tenaient l’Est du pays). L’on sait ce qui est advenu de l’Allemagne de l’Est. Que pouvait faire les sept millions d’Autrichiens contre les 220 millions de Soviétiques ?

En 1947, le père Peter Pavlicek lance une « croisade de repentance du rosaire », Rosenkranzsühnekreuzzug. Son désir est que 10 % des Autrichiens prient le chapelet quotidiennement. Un demi million d’Autrichiens prirent l’engagement de prier jusqu’à ce que les Soviétiques quittent leur pays. À cette dévotion personnelle s’est adjoint un acte public : en 1954, 60 000 fidèles descendirent dans les rues de Vienne en priant ; même des membres du gouvernement les accompagnèrent.

Or, le 25 mai 1955, sept ans plus tard, contre toute attente, les Soviétiques quittent le pays avec un traité en bonne et due forme : le Traité d’État stipulait le départ de toutes les troupes d’occupation.

Bien évidemment, on ne peut dire que la prière fut l’unique cause. C’est ainsi que négociations étaient engagées avec le gouvernement soviétique. Il n’empêche. Après avoir signé la dernière ronde de négociations à Moscou, le chancelier autrichien Julius Raab a déclaré : « Dieu nous a aidés ! ». De plus, l’Autriche était le pays stratégiquement rêvé pour les Soviétiques. En outre, en 1962, le père autrichien A. William demande à la grande stigmatisée Teresa Neumann trois mois avant sa mort pourquoi l’Autriche avait été ainsi épargnée. Elle répondit : « En vérité, c’est le rosaire du peuple autrichien ». La comparaison avec les autres pays le soulignent : que l’on songe aux Combattants de la Liberté en Hongrie qui furent écrasés dans un bain de sang où 25 000 innocents trouvèrent la mort. De fait, cet événement est unique dans toute la seconde Guerre mondiale.

c) La chute de l’Empire soviétique

On sait quelle fut la demande solennelle de la Vierge Marie à Fátima au Portugal le 13 juillet 1917, aux trois voyants, Lúcia dos Santos et ses cousins Jacinta et Francisco Marto. Elle est énoncée dans la deuxième partie de ce que l’on appelle de manière inadéquate « les secrets de Fátima » et qui correspond en réalité à une unique révélation ou vision en trois parties que Marie a demandé de ne pas divulguer immédiatement :

 

« Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur immaculé. Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes seront sauvées et on aura la paix. La guerre va finir. Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le pontificat de Pie XI en commencera une autre pire encore. Lorsque vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne, qu’Il va punir le monde de ses crimes par le moyen de la guerre, de la faim et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père. Pour empêcher cette guerre, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis. Si on accepte mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix; sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites. À la fin, mon Cœur immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie, qui se convertira, et il sera concédé au monde un certain temps de paix. Au Portugal se conservera toujours le dogme de la Foi, etc. [3] ».

 

En août 1931, alors qu’il fait un séjour de convalescence à Rianjo, petite ville de Pontevedra, sœur Lucie de Fatima entend la plainte du Seigneur vis-à-vis de l’absence de réponse à la demande de consécration du monde au Cœur immaculé de Marie : « Ils n’ont pas voulu écouter ma demande ! Comme le Roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard ».

En été (ou au printemps) 1988, beaucoup de jeunes Européens se rendent à Czestochowa, pour les JMJ, précisément l’année nationale, qui a lieu en Pologne, à la suite de l’appel de Jean Paul II. Or, Czestochowa est le Lourdes polonais. De plus, 1988 est l’Année sainte mariale. L’on sait enfin combien la Vierge de Jasna Gora est intervenue dans l’histoire de l’Europe et du monde.

Or, en 1989, inexplicable, la chute du mur de Berlin. Il s’agit d’un événement unique dans l’histoire du communisme.

L’on sait aussi que cette chute est consécutive à la consécration du monde au Cœur immaculé de Marie, consécration voulue par le pape Jean Paul II et les évêques du monde entier, comme cela fut demandé à Fatima en 1917. Elle eut lieu en 1984. On sait ce qui s’est passé 5 ans plus tard.

d) La France

1’) La bataille de Bouvines

En 1214, la France est encerclée dans le Poitou par les Anglais et au nord par les 200 000 soldats de l’empereur Othon IV, venus ravir la couronne de Philippe Auguste. Or, l’empereur allemand, excommunié depuis peu, veut écraser la France et son « roi très chrétien », pour ensuite se retourner vers le pape.

Que fait le roi ? Il convoque toute les paroisses de France. 60 000 hommes répondent. Puis, faisant confiance en Dieu, il va à la basilique Saint-Denis, y communie, prend la « Sainte Oriflamme ». Le matin de Bouvines, il pressent toute la difficulté de la situation (l’ennemi est trois fois plus important en nombre) et la gravité de l’enjeu. Il se « voue à la Sainte Vierge », déploie son Oriflamme.

On connaît les résultats : l’ennemi est mis en déroute. Non seulement la France, mais l’Église est sauvée. Plus encore, le roi envoie un message à son fils Louis qui commande l’armée contre les Anglais dans le Poitou. Là aussi, la victoire est totale. Or, à l’endroit où les deux messages, celui du père qui commande la bataille et celui du fils annonçant la victoire, se rencontrent, c’est-à-dire à aux portes de Senlis, le roi a fondé l’Abbaye de la Victoire et il l’a consacrée à Marie, faisant sculpter une statue de Notre Dame de la Victoire de Bouvines [4]. Enfin, lors de sa rentrée triomphale à Paris, le roi vient à Notre-Dame se prosterner devant la Mère de Dieu et lui témoigner sa reconnaissance pour le succès des armes.

Ainsi, une nouvelle fois, un souverain chrétien atteste sa conviction que la victoire est d’abord due à Dieu.

2’) La réconciliation entre Français et Anglais

Toujours sous le règne de Philippe Auguste, les tensions sont vives avec le roi d’Angleterre autour de la prise de possession du duché d’Aquitaine. Le souverain de France a multiplié les démarches pour résoudre pacifiquement la question. Tout ayant apparemment échoué, il se résout à livrer bataille. Toutefois, les habitants de Déols s’effraient d’une nouveau cruel bain de sang. Alors que les deux armées se préparent à livrer bataille, plus encore, alors qu’elles s’alignent pour s’affronter une nouvelle fois, ils se prosternent devant l’image de Marie et demandent que celle-ci n’ai pas lieu. Or, brusquement, pendant leur prière, le roi d’Angleterre s’avance avec son fils, demande à parler à Philippe Auguste qui accepte et lui déclare accepter ses conditions de négociations. La paix est signée, contre toute attente. Alors que les tensions, les colères sont les plus exaltées, que le signal du combat va être sonné, survient cet événement aussi heureux qu’imprévisible.

Or, la disproportion entre causes secondes et effet fait songer à un surcroît causal, donc à une intervention de la Cause première, bref à un miracle. Et comme l’événement est contemporain de la supplication à Marie, comment ne pas songer que c’est Marie, la Mère commune, qui a rassemblé les frères ennemis, en a fait une famille, les a protégés de la mort. Voilà pourquoi on a pu dire que Notre Dame des Miracles de Déols est intervenue.

3’) Sainte Jeanne d’Arc et la libération du joug anglais

Qui ignore l’histoire extraordinaire de cette simple bergère de Donrémy qui a libéré la France du joug anglais ? Or, la motivation très probable de l’intervention divine est que la France ne se protestantise pas.

4’) La consécration de la France au Sacré-Cœur

Le 17 juin 1689, Jésus transmit à sainte Marguerite-Marie Alacoque, religieuse visitandine de Paray-le-Monial, une demande non seulement personnelle, mais aussi politique, adressée au roi Louis XIV :

 

« Fais savoir au fils aîné de mon Sacré-Cœur que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de gloire éternelle par sa consécration à mon Cœur adorable. Mon Cœur veut régner dans son palais, être peint sur ses étendards et gravé dans ses armes pour les rendre victorieuses de touts ses ennemis et de tous ceux de la Sainte Église. Mon Père veut se servir du Roi pour l’exécution de son dessein, qui est la construction d’un édifice public où serait placé le tableau de mon Cœur pour y recevoir les hommages de toute la France ».

 

Plus encore, dans cette demande, Jésus promettait à la Fille aînée une puissante protection moyennant trois choses : que le Sacré Cœur soit placé sur les armes du Roi et les étendards de la France ; que lui soit élevée une église nationale ; que, dans cette église, la France lui soit solennellement consacrée par son souverain.

On le sait, la France ne fera rien, ni le roi Louis XIV, ni ses successeurs. Or, 100 ans, jour pour jour après le message ci-dessus, le Tiers-État se proclamera Assemblée constituante, et, à la suite de la Révolution française, la France sombrera dans la violence et la Terreur, ainsi qu’une part de son Église. L’on estime, en effet, que les prêtres jureurs (ceux qui acceptèrent de prêter serment à la constitution civile du clergé), furent aussi nombreux que les prêtres réfractaires, dont on sait quelle persécution ils subirent.

Tard sursaut, en 1792, Louis XVI emprisonné au Temple, rédige un « vœu », sans date : il y voue au Sacré-Cœur sa personne, sa famille et tout le royaume. Dans cette prière, le souverain reconnaît ses faiblesses politiques. Il supplie le « Divin rédempteur », le « Cœur de Marie » et « l’assistance de saint Louis ». En même temps, il s’engage à révoquer la Constitution civile du Clergé (24 août 1790), promet d’établir « une fête solennelle en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus », célébrée « à perpétuité dans toute la France » « le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement en réparation des outrages et profanations commisses pendant le temps des troubles ». Enfin, il promet d’ériger une église, une chapelle ou un autel « dédié au Sacré-Cœur de Jésus », d’y consacrer sa personne, sa famille, son royaume afin de donner à tous ses sujets « l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable », enfin de renouveler ce vœu chaque année le jour de la fête du Sacré-Cœur. Il le fit d’ailleurs dans la solitude : « Ô Cœur de Jésus, nous vous offrons notre patrie toute entière et les cœurs de tous vos enfants ».

5’) Marie protège Paris pendant la première Guerre mondiale

Le retournement pendant la bataille de la Marne, du 5 au 8 septembre 1914, fut stupéfiant. Or, deux officiers allemands, blessés et prisonniers, ont témoigné, de concert avec un prêtre mort le 3 janvier 1915, que cette victoire vient d’une intervention expresse de Marie :

 

« Si j’étais sur le front, je serais fusillé, car défense a été faite de raconter, sous peine de mort, ce que je vais vous dire : vous avez été étonnés de notre recul si subit quand nous sommes arrivés aux portes de Paris. Nous n’avons pas pu aller plus loin, une Vierge se tenait devant nous, les bras étendus, nous poussant chaque fois que nous avions l’ordre d’avancer. Pendant plusieurs jours, nous en savions pas si c’était une de vos saintes nationales, Geneviève ou Jeanne d’Arc. Après, nous avons compris que c’était la Sainte Vierge qui nous clouait sur place. Le 8 septembre, Elle nous repoussa avec tant de force, que tous, comme un seul homme, nous nous sommes enfuis. Ce que je vous dis, vous l’entendrez sans doute redire plus tard, car nous sommes peut-être cent mille homme qui l’avons vu [5] ».

6’) La prophétie de Marthe Robin

Polytechnicien et docteur en chimie, Yannick Bonnet a exercé pendant plus de 20 ans d’importantes responsabilités chez Rhône-Poulenc. Père de 7 enfants, il est veuf depuis 1995 et a été ordonné prêtre en 1999. Voici ce qu’il écrivait dans une chronique en 2013, que l’on trouve aisément sur la Toile :

 

« François Hollande peut-il mieux faire ? La réponse à cette question implique que l’on précise ce que l’on attend du président et, si j’en juge par les sondages, il semble que les sondés attendaient du personnage qu’il parvienne à stopper l’augmentation du chômage, maintienne leur pouvoir d’achat, voire trouve la recette miracle pour faire repartir la croissance. On comprend alors très bien leur cruelle déception. Je me dois donc de rappeler aux lecteurs ma chronique qui suivait de peu l’élection du président en 2012. Ma satisfaction provenait de ce que Marthe Robin m’avait dit il y a quarante ans, début avril 1973 : ‘Pour que la France, fille aînée de l’Église, se redresse spirituellement et moralement, il faut qu’elle touche le fond. Le renouveau viendra du Ciel, il sera extraordinaire’. Elle avait ajouté que je verrai ce renouveau. J’attendais donc depuis cette époque la dégringolade annoncée et, prenant de l’âge, je commençais à trouver le temps long [6] ».

7’) Bien d’autres événements

Il y aurait encore bien d’autres événements à convoquer, depuis sainte Geneviève qui arrêta le fléau de la peste dans une des villes de France, jusqu’à l’intervention de Marie à l’Île-Bouchard en décembre 1947, pour empêcher que la France ne tombe aux mains des communistes, en passant par la guerre civile de 1830. Et il serait aussi passionnant de sortir de l’Europe où nos exemples sont demeurés cantonnés, pour voir combien Marie apparaît souvent comme le doux « bras armé » de son Fils.

5) Conclusion

De ces faits, il serait intéressant de proposer une interprétation doctrinale, une détermination théologique et de tirer divers enseignements sur la manière dont Dieu agit dans le combat, par exemple et notamment en cas de guerre. Plusieurs questions se posent. Par exemple, peut-on encore parler de croisade, guerre sainte ? Dieu peut-il accepter une lutte armée ? Tolère-t-il la violence humaine ? Comment savoir que Dieu agit ?

Par exemple, l’intervention divine apparaît souvent comme miraculeuse. En effet, un changement inattendu, inexplicable, se produit. Et les protagonistes crient volontiers au miracle. Toutefois, la victoire est toujours plurifactorielle, de sorte que l’interprétation surnaturelle ne s’impose pas. Certains pourraient le regretter : n’est-il pas dommage que Dieu ne signe pas de manière plus limpide ses interventions immédiates ? Et si la leçon était ailleurs ? Cette relecture de l’action de la Providence oblige à unifier ce que nous avons trop dissocié : le surnaturel et le naturel, le privé et le public. Nous l’observons aussi dans les miracles opérés à Lourdes : le plus souvent, l’action divine entrelace les causes, corporelle et psychologique, naturelles et surnaturelle.

Par ailleurs, il ne s’agit pas de miracles quoad substantiam, « quant à l’essence », mais plus de miracles quoad modum, « selon la modalité ». En effet, Dieu octroie la victoire dans une grande disproportion de forces. Autrement dit, nous observons la loi suivante : à des petites causes succèdent de grands effets. Surtout, nous constatons une disparité qualitative : à moyens spirituels, effets temporels, ici politiques.

Pascal Ide

[1] Benoît XVI, Homélie à la paroisse San Tommaso da Villanova, Castelgandolfo, mercredi 15 août 2007.

[2] Cf. Sœur Emmanuel, L’enfant caché de Medjugorje, Nouan-Le-Fuzelier, Éd. des Béatitudes,

[3] Congrégation pour la doctrine de la foi, Le message de Fatima, sans date. Accessible sur le site du Vatican en français : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20000626_message-fatima_fr.html

[4] Les lettres patentes sont datées du 12 mars 1222.

[5] Courrier de la Manche, dimanche 14 janvier 1917.

[6] L’Homme Nouveau, 6 juillet 2013. Une autre formulation de la promesse de Marthe Robin se trouve aussi sur le Net : « La France tombera très bas, plus bas que les autres nations, à cause de son orgueil et des mauvais chefs qu’elle se sera choisis. Elle aura le nez dans la poussière. Alors elle criera vers Dieu, et c’est la Sainte Vierge qui viendra la sauver. Elle retrouvera sa mission de fille aînée de l’Église et enverra à nouveau des missionnaires dans le monde entier ».

16.8.2020
 

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