Dans son traité sur la Trinité, saint Augustin décrit avec finesse et justesse les trois attitudes qu’il attend de son lecteur : bienveillance, critique et soumission à la Vérité.
« Dans tous mes ouvrages, j’attends plus qu’un lecteur bienveillant [première attitude] : un critique indépendant [non solum pium lectorem, sed etiam liberum correctorem] […] [deuxième attitude]. Mais si chez mon lecteur, je ne veux point de complaisance pour moi, chez le critique je n’en veux point pour lui-même [troisième attitude]. Que le premier ne m’aime pas plus que la foi catholique, que le second ne s’aime pas plus que la vérité catholique. Au premier je dis : tu n’as pas à te soumettre à mes écrits comme si c’étaient les Écritures canoniques. Dans celles-ci, même ce que tu ne croyais pas, dès que tu l’auras découvert, crois-le immédiatement. Dans ceux-là au contraire, ce que tu ne voyais pas comme certain, tu ne le tiendras avec fermeté qu’après l’avoir compris avec certitude. De même, au second, je dis : mes écrits, ce n’est pas d’après tes façons de voir ou tes arguties, mais d’après la Sainte Écriture ou avec des arguments indiscutables que tu les critiqueras. Si tu y découvres quelque chose de vrai, sa présence n’est pas mon fait, mais l’intelligence et l’amour en feront ton bien et le mien. Y constates-tu, au contraire, quelque chose de faux, ce sera une erreur à mon compte, mais alors que de la vigilance nous en débarrasse toi et moi [1] ».
Ces trois attitudes – bienveillance, critique et docilité – sont les facettes d’une seule attitude intérieure fondamentale, la réceptivité (don 1). Elles sont emblématiques de l’attitude spirituelle d’accueil d’une personne. Et elles intègrent, étonnamment, les données des sciences humaines les plus averties sur la communication et sur le langage : la relation à l’autre suppose à la fois l’écoute qui ouvre et rapproche, la distance qui défusionne (« je »-« tu ») et l’horizon commun de sens (« il »).
Pascal Ide
[1] Saint Augustin, De Trinitate, L. III, ii, Œuvres de saint Augustin. 15. La Trinité (livres 1-7). 1. Le Mystère, trad. Marcellin Mellet et Pierre-Thomas Camelot, Paris, DDB, 1955, p. 273.