« Les regards qui nous sauvent sont les regards qui nous espèrent », disait volontiers Paul Baudiquey. En voici une illustration, tirée de… Harry Potter [1].
« Vous avez les yeux de votre mère ». Combien de fois Harry a-t-il entendu cette parole ? Jusqu’à susciter son agacement. Mais interprète-t-il justement ce constat ? Pour le comprendre, il est bon de le rapprocher d’une confidence que Remus Lupin adresse à Harry à propos de Lily, sa mère : « Elle avait l’art de voir la beauté chez les autres et peut-être même plus particulièrement quand la personne ne voyait pas ce qu’il y avait de beau en elle ». En effet, Lupin est un loup-garou et Lily saura lui montrer qu’il n’est pas seulement cette bête féroce qui, hors de contrôle lors de ses transformations, peut aller jusqu’à détruire ceux qui lui sont le plus chers, mais est aussi une personne plein de ressources et de talents.
Or, au terme, Severus Rogue meurt en redisant à Harry la phrase qui, si souvent, l’irrite : « Vous avez les yeux de votre mère ». Mais, soudain, le jeune homme se trouble. L’image montre un jeu d’expression. Il comprend soudain le sens de cette formule : il ne s’agit pas d’une ressemblance extérieure, physique, mais d’une ressemblance intérieure, psychique, voire spirituelle. Harry, comme sa mère, révèle à l’autre ce qu’il est en vérité, il espère pour lui.
De fait, Potter possède aussi ce pouvoir. C’est ainsi que Sirius Black, son parrain, est habité par des contradictions dramatiques : il parle admirablement bien, mais n’agit pas ; par exemple, il se prononce contre la servitude, mais ne libère pas son elfe esclave. Or, sous l’aiguillon de l’admiration que lui porte Harry, Sirius donnera sa vie et en mourra. Son filleul lui a donc révélé tout l’héroïsme qu’il portait en lui.
Et ici, Harry peut enfin contempler la beauté de Rogue qu’il n’a jamais vu pendant toutes ces années. Plus encore, il l’admire : cet homme est courageux jusqu’à passer pour le contraire de ce qu’il était depuis si longtemps.
Pascal Ide
[1] Jean-Claude Milner, Harry Potter à l’école des sciences morales et politiques, Paris, p.u.f., 2014, p. 33-36.