La Résurrection en sept paroles (dimanche de Pâques 5 avril 2026)

L’octave de Pâques, la semaine qui s’écoule entre aujourd’hui, le dimanche de la Résurrection, et dimanche prochain, fête de la divine miséricorde, ne forme qu’un seul jour, une seule festivité : celle du passage triomphant de la mort à la vie éternelle du Christ et de ceux qui le suivent ! Pour en goûter toute la fraîcheur, reprenons brièvement les sept lectures de la Vigile pascale. Dans cette admirable catéchèse, nous entendons d’abord trois textes historiques, puis quatre textes prophétiques, tous tirés de l’Ancien Testament.

 

  1. Nous entendons avec solennité le premier récit de la création (Gn 1,1-2,4a) non pas d’abord parce qu’il ouvre toute la Bible, mais parce qu’il s’ouvre sur ces paroles : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Or, la Résurrection est un nouveau commencement. Quel que soit notre vie passée de péché, Jésus veut nous faire ressusciter à la vie nouvelle avec lui. Comme le bon larron ! Et ce nouveau commencement, comme dit l’oraison qui suit (reprenez ces oraisons si vous le pouvez – elles se trouvent sur Internet –, car elles donnent le sens des lectures), est « encore plus admirable » que la première création.

 

  1. Suit le récit du sacrifice d’Isaac par Abraham (Gn 22,1-18). Qu’il est mystérieux ! Au sens étymologique du terme « mystère » qui a aussi donné sacrement : il est signe d’une réalité invisible et à venir. Isaac, c’est le fils bien-aimé, le fils de la promesse. En demandant à Abraham de le sacrifier, mais aussi en le délivrant, Dieu annonce la mort et la résurrection de son propre Fils, le Fils éternel. Et l’oraison qui suit nous dit que ce que le Père a fait pour Israël, il le fait pour tous : « Tu multiplies sur toute la terre les fils de ta promesse ». Cette résurrection est pour nous.

 

  1. Le troisième texte est le plus important. S’il est dommageable, mais possible, pendant la veillée, de réduire le nombre des lectures jusqu’à trois, en revanche, il est interdit d’omettre le récit qui nous conte la traversée victorieuse de la Mer Rouge (Ex 14,15-15,1a). En effet, ce passage de l’Exode est le texte vétérotestamentaire par excellence qui préfigure la résurrection : le peuple hébreu passe de l’Égypte à la terre promise, de la terre d’esclavage au pays où coulent le lait et le miel, du pays du péché (les Égyptiens pratiquent idolâtrie et magie) et de la mort à la sainte patrie qui ébauche la vie éternelle.

 

  1. Alors que les lectures historiques nous content le passé fondateur, les lectures prophétiques ont pour mission de rendre cette histoire actuelle, de la transformer aujourd’hui en vie conforme à la Vie divine. Et nous commençons par un texte du prophète de l’annonce messianique, Isaïe (Is 54, 5-14). Il s’ouvre sur ces paroles : « Ton époux, c’est Celui qui t’a faite, son nom est ‘Le Seigneur de l’univers’. Ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël ». Avec une folle audace, le prophète pose une équivalence impressionnante entre le Créateur, le Rédempteur et l’Époux. Et il le fait en nous interpelant, en nous rendant cette identification le plus proche possible : « Ton époux […] Ton rédempteur ». Dieu étreint son peuple, chacun de nous, comme un époux son épouse !

 

  1. Alors que la liturgie d’avant le Concile donnait d’entendre le texte d’Isaïe en une seule fois, la liturgie postconciliaire a décidé de le distribuer en deux, tant il est long et surtout riche (Is 55, 1-11). Maintenant le prophète insiste non plus sur le Donateur qui se donne, mais sur le don lui-même et en particulier sur sa gratuité : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer ». À nous qui ne cessons de payer (et de faire payer !) nos pauvres dons, il nous est dit que le plus précieux d’entre tous, le salut (qui nous offre le Sauveur en personne), est offert gratuitement, à tous et pour toujours ! Nous ne pouvons abuser de ce qui ne peut s’user !

 

  1. Le prophète Baruch (Ba 3,9-15.32 – 4,4) suscite en nous le désir le plus profond et le plus universel qui soit, la Sagesse. Qui de nous ne désire être sage ? Pourtant, « tu as abandonné la Source de la Sagesse ! » Et la sanction est immédiate : en perdant la Sagesse, c’est-à-dire « les chemins de Dieu », tu perds « la paix ». Mais, alors que notre péché l’a écartée, la Sagesse, qui est l’autre nom du Fils, ne s’est pas éloignée. Plus encore, par son Incarnation, elle s’est rapprochée au plus près : « la Sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes ». Et, par sa Passion, elle prépare notre résurrection, de sorte que le Père nous « garde sous [s]a constante protection » (oraison).

 

  1. Il nous reste à entendre l’ultime lecture qui est aussi l’ultime prophétie, celle qui nous promet le don ultime : la communion. Par le prophète Ezéchiel (Ez 36, 16-17a.18-28), Dieu nous révèle le sommet même de tout l’Ancien Testament, l’alliance intérieure : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair ». En effet, le don est pour la communion (l’échange des dons). Or, qui dit alliance dit communion. Dont personne n’est exclu. Alors que, tous, nous avons « profané son saint Nom », Dieu répond en promettant cette alliance nouvelle et éternelle. Qui passe par la résurrection de mon cœur : meure « le cœur de pierre » et ressuscite le « cœur de chair » !

 

Et si, cette semaine pascale, nous méditions chaque jour l’un de ces sept textes majeurs ? Et si nous lui adjoignions là aussi quotidiennement le passage de l’épître aux Romains que nous avons entendu pendant cette même Vigile (Rm 6,3b-11). Le génie spirituel qu’est saint Paul a compris que le mouvement opéré par la Résurrection du Christ est le condensé de la permanente conversion chrétienne : « Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » (v. 4).

Pascal Ide

6.4.2026
 

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