Exégète au centre Sèvres, Chantal Reynier, à la suite de sa thèse de doctorat sur l’hymne aux Éphésiens et sur cette épître en général, propose d’élargir l’interprétation classique de cette hymne trop centrée sur la fonction rédemptrice du Christ pour l’inscrire dans la vision beaucoup plus large du don de Dieu auquel répond la louange humaine [1].
Un mot englobe ces deux aspects : bénédiction qui s’entend du sens passif ou réceptif (par exemple la bénédiction que Dieu fait à l’homme) autant qu’au sens actif (par exemple la bénédiction de l’homme qui rend grâces à Dieu pour ses bienfaits). Or, ce double aspect, qui peut paraître à la limite de la contradiction, ne prend son sens que lié à la bipolarité du don offert et reçu : la bénédiction est le retour vers Dieu par excellence. Et cette bénédiction est une réponse de l’homme au don divin : « Les motifs de la bénédiction résident dans le don de tous les bienfaits (élection, filiation, rédemption, récapitulation, connaissance, héritage…) [2] ».
1) La bénédiction divine
Elle est un don actif considérée du point de vue de Dieu ; elle est un don réceptif, passif du point de vue de l’homme.
Le don de la Rédemption qui est central (v. 7-8) est englobé, et dans son principe (v. 3-6) et dans son terme (v. 9-10) : il naît du don de l’élection et s’achève dans celui de la gloire, englobant autant l’histoire que la création et l’eschatologie. De plus, le bienfaiteur ne se limite pas au seul Fils, mais remonte jusqu’au Père. Le don est donc ici considéré dans toute son ampleur : « Cette volonté du Père est l’expression de son pur amour. Elle consiste à faire des fils et non, en premier lieu, à nous sauver. L’événement bien réel de la rédemption n’intervient que du fait d’une histoire » peccamineuse [3].
2) Réponse de l’homme la bénédiction humaine
« le genre littéraire de la bénédiction convenait parfaitement pour exprimer le caractère inouï du dessein de Dieu. En effet, la bénédiction ne peut retentir qu’à partir du moment où l’homme découvre la plénitude de ce dessein ». Voilà pourquoi « la louange s’exprime dans le vocabulaire de la surabondance [4] », à l’image de la prodigalité du don qui est offert. « Le dernier mot est à la louange et à l’excès de sens face à la connaissance d’un tel dessein conçu dans le Fils et dont nous nous découvrons les bénéficiaires comblés [5] ».
Enfin, l’ambivalence des expressions dont parle Chantal Reynier (Dieu bénit et nous sommes bénis) tient au fond à la bipolarité du don.
Pascal Ide
[1] Chantal Reynier, « La bénédiction en Éphésiens 1,3-14 », in Nouvelle Revue Théologique 118 (1996) n° 2, p. 182-199. Cf. Id., Évangile et mystère. Les enjeux théologiques de l’épître aux Ephésiens, Paris, Le Cerf, 1992.
[2] Ibid., p. 183.
[3] Ibid., p. 188-189.
[4] Ibid., p. 197.
[5] Ibid., p. 198.