CHAPITRE 3
ANALYSE DETAILLEE DE L’ENCYCLIQUE
Introduction de l’encyclique
Cette introduction est ardue, longue, abstraite et dense. Elle pourrait décourager plus d’un lecteur. Sans dommage, il peut directement aller à la première partie, quitte à revenir à cette introduction, car elle annonce déjà tous les thèmes développés par l’encyclique, forte qu’elle est de la méthode de Jean-Paul II pour laquelle chaque partie est prégnante du tout (un peu comme dans l’Évangile).
L’introduction montre à la fois l’objet de son propos (c’est-à-dire quelle est son intention), ses sources, le plan suivi et son importance ou occasion. Ces différents aspects sont enchevêtrés ce qui ne favorise pas la lecture. Néanmoins on peut discerner trois points principaux que l’on peut ranger sous les trois questions essentielles : de quoi parlons-nous ? pourquoi en parler ? comment en parler ? Autrement dit : l’objet, l’importance et le chemin.
a) L’objet
Jean-Paul II donne l’objet général de son encyclique (n. 1 et 2).
b) L’importance
Jean-Paul Il montre l’importance de l’encyclique en exprimant son intention et en dégageant l’opportunité (n. 3).
c) Le chemin
Jean-Paul II articule les notions essentielles donnant les fondements de l’ordre qu’il suit, à savoir l’articulation entre le Christ, Marie et l’Église (n. 4 à 6)
1’) La relation Christ-Marie
le mystère de Marie s’éclaire dans le mystère du Christ (n. 4).
2’) La relation Marie-Église
Le mystère de l’Église s’éclaire dans le mystère de Marie (n. 5 et 6). Or, on se rappelle que cette double articulation constitue le plan des trois parties (la première d’un côté et les deuxième et troisième de l’autre).
1) Objet (n. 1-2)
a) Thèse (n. 1, § 1 et 2, première phrase)
Les deux premiers numéros donnent l’objet de cette encyclique. « La mère du Rédempteur a une place bien définie dans le plan du salut », ainsi que commence l’encyclique. Mais précisons.
1’) Première formulation
D’abord Jean-Paul II donne cette thèse avec les mots même de l’Écriture : Ga 4, 4 à 6. Ce passage est le seul dans toutes les épîtres de S. Paul où il est question de Marie (même si elle n’y est pas nommé, il ne peut que s’agir d’elle) ; mais ce passage est extrêmement riche, comme cela va être développé dans un instant. D’autre part, Lumen Gentium, ch. 8, n. 52 commence sa réflexion par la même citation : c’est dire la convergence des perspectives de ces deux documents (même si Jean-Paul II va prolonger Vatican II : il part du même point).
2’) Deuxième formulation
Puis, dans le second §, première phrase, le Pontife romain énonce précisément la thèse, à savoir que la Bienheureuse Vierge Marie tient une place unique dans le plan du salut. Lisons cette unique phrase attentivement car déjà on voit préciser deux points qui sont les clefs de lecture de toute l’encyclique
a’) Cette place est unique
Cela est vrai et dans le mystère du Christ et dans celui de l’Église (et le premier est cause du second). C’est ce qui constitue l’articulation générale de l’encyclique et sa première clef de lecture : on ne peut jamais dissocier les trois mystères du Christ, de Marie et de l’Église, ce qui n’exclut pas un certain ordre.
b’) Ce rôle s’exerce selon deux modes
C’est, dit le texte, « une présence active et exemplaire ». Il y aurait beaucoup à commenter, car ces deux adjectifs résument non seulement les deux « catégories » à partir desquelles Jean-Paul II va essayer de rendre compte de la participation de Marie dans l’œuvre du salut, mais elles sont les deux schèmes que la Tradition a toujours utiliser.
1’’) Exposé
Précisons cette distinction.
– la présence active renvoie à l’efficacité, à la cause efficiente.
Et Marie exerce une type de causalité efficiente bien particulier : la médiation maternelle.
– la présence exemplaire renvoie bien sûr à la cause exemplaire.
Et Marie exerce ce rôle en partie par sa foi (même si celle-ci a une efficience ; car c’est alors en tant qu’elle fonde la médiation maternelle).
On voit donc que nous avons ici, de manière encore implicite la seconde clef de lecture de l’Encyclique, à savoir que l’on ne peut comprendre le rôle de Marie qu’à partir d’au minimum deux catégories (d’où la complexité) et qu’on ne peut les séparer sans déformer son visage
2’’) Conséquences
Ainsi la théologie protestante s’accorde de plus en plus à reconnaître une place exceptionnelle à Marie du fait de sa foi, et cela est déjà immense. Mais elle se refuse à lui accorder un rôle particulier dans le salut, de peur que cela n’altère le rôle de l’unique médiateur qu’est le Christ (Jean-Paul II répond en détail à cette question dans la troisième partie, nous le reverrons. La clef, disons-le tout de suite, tenant dans la coloration particulière de la médiation de Marie, à savoir qu’elle est maternelle).
Inversement, ne parler que de la médiation de Marie sans montrer que son fondement est sa foi court le risque de ranger Marie plus du côté de Dieu que des créatures et de rendre sa médiation quasiment parallèle à celle du Christ, alors qu’elle lui est essentiellement subordonnée (cf. tout le numéro 3 de cette encyclique). Ce second aspect permet donc d’éviter les excès et de dire avec Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus cette parole à méditer : « Marie est plus mère que Reine ».
c’) En fait, c’est toute la thèse de l’Encyclique qui est ici énoncée.
Nous y faisions allusion dans le chapitre 2. Car la nature de la place unique de Marie est explicitée comme présence unique (dans son efficace et son exemplarité) dans la vie de l’Église : ce qui est la thèse même.
b) Exposé (n. 1, §2, fin à n. 2)
Jean-Paul II va montrer ce rôle unique, cette présence de Marie de deux manières complémentaires qui couvrent toute l’étendue de l’histoire (qui a toujours une très grande importance pour lui et ce qui est aussi dans la logique de la perspective adoptée puisqu’il est parti de la « plénitude des temps » dont parle Galates).
1’) Marie est présente au commencement (fin du n. 1)
a’) Preuve par les paroles de Galates que commente Jean-Paul II
– D’abord il annonce ce qu’il va dire (deuxième phrase du § 2), à savoir : la présence des trois personnes de la Sainte Trinité (distinctement) et de Marie à la « plénitude des temps ».
1’’) Problème
Si on s’en tient à ce que dit la note 2, cela pose un problème. En effet, cette note détaille le sens de ces mots : d’abord en général puis dans le texte de Ga 4, 4 ; et alors le sens serait alors celui d’achèvement, de réalisation d’une promesse, ce qui irait contre ce que nous voulons montrer, à savoir que c’est un commencement !
2’’) Solution
Elle va en fait être donnée par l’explicitation du passage de Galates 4, 4 à partir d’autres textes de l’Écriture. Aussi Jean-Paul II va-t-il maintenant l’exposer, le développer (première partie du § 3) : que signifie en fait cette « plénitude des temps » ?
Si on se réfère aux autres textes de l’Évangile (ici sont cités Jn 3, 16 et 1, 1.14) pour éclairer les mentions aux trois Personnes divines, on voit que cette plénitude correspond au temps du salut (qui est aussi le temps de l’Église). Or, ce temps du salut peut à la fois être considéré comme un achèvement, dans la mesure où il n’y a plus un autre temps de salut à attendre ; d’un autre côté, ce temps implique aussi un déploiement, une durée, et toute extension requiert un commencement ; voilà pourquoi il y a aussi dans cette plénitude un commencement qui, comme tous les commencements joue un rôle capital. Or, Marie y est associée, dit le texte de S. Paul.
Cette difficulté que nous avons posée n’est pas explicitée dans le texte est très réelle. Elle dit toute la tension de la vie du chrétien. Le grand exégète protestant Oscar Cullmann l’a rendue célèbre en remarquant que toute la vie du disciple du Christ s’inscrit dans la tension entre un « déjà là » et un « pas encore » : oui, les derniers temps sont là, puisque le Christ est « la plénitude de la Révélation » comme l’affirme Vatican II dans Dei Verbum, n. 2. En même temps chaque jour se charge de nous rappeler combien le péché, la mort font encore leur œuvre dans notre monde qui est loin d’accepter le salut en sa totalité. Et c’est notre condition d’être à la fois concitoyen des cieux comme l’affirme S. Paul et d’appartenir à la cité terrestre. « Pour moi, mourir est un avantage, mais
b’) La liturgie le confirme (dernière et longue phrase du n. 1)
En effet, « la liturgie […] acclame Marie […] comme son commencement ». Et de le montrer par deux raisons (qui ne sont qu’évoquées dans cette seule phrase surchargée de richesses et d’allusions théologiques) : l’une tirée du mystère de la Rédemption (puisque Marie a été conçue immaculée, sans la faute du péché originel ; or, c’est parce qu’elle fut sauvée, par prévention, de par la grâce pascale du Christ) ; l’autre tirée du mystère de l’Incarnation (où bien évidemment, Marie est associée au Christ (1) : précisément, ils sont associés à quatre titres énumérés dont chacun demanderait un chapitre entier : encore le texte ne donne les titres que d’un côté (nous complétons entre parenthèses)
– du côté du Christ : Seigneur (créature) et Tête (membre) ;
– du côté de Marie : épouse du Christ (et celui-ci époux) et mère (et le Christ, fils).
c’) Remarque
Vous saisissez, à la longueur (voulue, la suite sera plus sobre, ne vous inquiétez pas !) de notre commentaire, combien la lettre de Jean-Paul II est chargée de réminiscences et riche, surtout dans cette introduction, nous le concédons volontiers.
2’) Marie est présente au pèlerinage, à la marche de l’Église (n. 2) et non pas seulement à son commencement
a’) C’est la thèse énoncée dans le § 1
Le pape le dit avec ses propres mots et le reprend avec ceux du Concile Vatican II au n. 58 : ces termes de « pèlerinage de foi » ne sont donc pas de Jean-Paul II. Or c’est ce que développera toute la seconde partie. Le pape nous dit donc humblement où il a puisé l’intuition majeure de son encyclique.
b’) Fondement de cette thèse (§ 2 et 3)
Jean-Paul II en profite pour révéler ses sources. D’une part et principalement (§ 2) : la Constitution Lumen Gentium (nous en avons déjà parlé dans le chapitre 1) ; d’autre part (§ 3), les autres documents magistériels parus depuis lors et dus à Paul VI (et que je vous encourage vivement à lire, surtout l’exhortation sur le culte marial, Marialis cultus, de 1974). Le point de vue des documents de Paul VI est différent et bien complémentaire de celui du Concile Vatican II et de cette encyclique, car il est cultuel, tourné vers la dévotion à Marie. Voilà pourquoi leur lecture ne peut qu’être recommandée.
C’est d’ailleurs une habitude qu’un document magistériel fasse référence et mentionne les autres documents récents du Magistère : cela manifeste combien la doctrine proposée, pour être éventuellement nouvelle, s’inscrit dans une continuité.
2) Opportunité, l’importance (n. 2-3)
a) Thèse générale
Il faut parler de Marie aujourd’hui, maintenant. L’affirmation se subdivise donc en deux assertions qu’il va falloir montrer :
– d’une part, le « maintenant » auquel notre pape est si intéressé. En effet, il est un des premiers à insister si fort sur le conditionnement, la situation historique de ses actes et de ses ensiegnements.
– d’autre part, le « il faut parler », l’opportunité plus générale de révéler le mystère de Marie.
b) Pourquoi une encyclique sur Marie « maintenant » ?
1’) Thèse (§ 1)
Il convient de fêter à l’approche de l’An 2000 le Jubilé de la naissance de Marie.
2’) Preuve (§ 1 et 2) : La raison théologique est simple à comprendre
L’an 2000 est le Jubilé du bimillénaire de la naissance du Christ (et on peut d’ailleurs noter que la date est tout aussi approximative) (§ 1).
Or, même, si on ne peut déterminer quand précisément, il est évident que Marie a précédé le Christ. C’est d’ailleurs ce que montre la liturgie : l’Avent est le temps qui précède Noël, donc la naissance du Christ ; or, la liturgie de l’Avent donne une grande place à Marie. C’est aussi ce que confirme l’image fort classique d’ »étoile du matin » : le Christ est le soleil de Justice (cf. par exemple Luc 1,78) ; or, l’étoile du matin brille à l’aurore, avant le lever du soleil.
Donc il convient de fêter avant l’an 2000 le Jubilé du second millénaire de la naissance de Marie.
c) Pourquoi en parler ?
En effet, l’an 2000 fête ce qui est central dans la révélation, à savoir le salut, « le plan providentiel de la Trinité » (par là Jean-Paul II fait encore référence mais implicitement à Gal 4, 4 à 6 et donc au n. 1) ; or, nous avons vu que Marie occupe une place unique dans ce plan providentiel. Donc il faut la mettre en valeur.
Ici, Jean-Paul II fait allusion à un notion qui est très chère à Louis-Grignon de Montfort, mais en en faisant que la suggérer. Cette idée montfortienne peut se résumer ainsi : autant Marie fut cachée lors du premier avènement de son Fils, autant son mystère doit être révélé par la suite, et surtout dans les derniers temps qui sont les nôtres (le temps de l’Église). C’est l’application d’une loi profondément évangélique et que Marie justement chantait dans son Magnificat : « Il élève les humbles ». (Luc 1,52 ; cf. aussi toute la dynamique de l’extraordinaire hymne aux Philippiens : « C’est pourquoi… » : 2,9). Ne cherchons pas notre gloire, notre manifestation aux autres hommes, Dieu s’en charge.
3) Articulations principales (n. 4-6)
L’intention générale est donnée par la première phrase du n. 4. Comme souvent le pape utilise un mot crochet pour attacher ce numéro au précédent ; en l’occurrence, il s’agit de Vatican II et de sa préparation. Mais l’idée essentielle est que l’on doit voir « la mère de Dieu dans » le double éclairage du « mystère du Christ » (n. 4) « et de l’Église » (n. 5 et 6).
a) Le mystère du Christ éclaire le mystère de Marie (n. 4)
1’) Preuve
a’) Preuve générale
Il suffit de placer quelques conjonctions de coordination aux endroits adéquats pour que la raison apparaisse. En effet, le mystère du Verbe incarné seul éclaire le mystère de l’homme (comme le dit le concile Vatican II, et comme surtout l’encyclique Redemptor Hominis l’a abondamment montré) ; or, Marie est par excellence un homme (au sens d’homo ou de Mensch, pas de vir ou de Mann) ; donc « c’est seulement dans le mystère de Christ que s’éclaire pleinement son mystère ».
b’) Preuve propre (à partir de « Du reste… » en milieu de §)
C’est tout le sens de la proclamation de ce que l’on peut considérer comme premier des quatre grand dogmes mariaux, celui de ce que l’on appelle la maternité divine de Marie, au troisième concile dit œcuménique (il y en a 21 en tout), le Concile d’Ephèse, en 431. (2). En effet, c’est en s’interrogeant sur le mystère du Christ que les Pères, les évêques d’alors furent amenés à poser que Marie est la mère de Dieu.
Pourquoi ? Jean-Paul II ne l’explicite guère. Développons un peu pour voir toute la portée de son propos
La grande question débattue à l’époque était de savoir s’il y avait une ou deux personnes dans le Christ (personne devant s’entendre au sens fort et métaphysique comme centre de conscience et de décision libre), compte tenu du fait que l’on savait qu’il était à la fois homme et Dieu (cf. le concile de Nicée en 325). Deux opinions s’affrontaient : celle du patriarche de Constantinople (l’actuelle ville d’Istanbul), Nestorius et celle de l’évêque d’Alexandrie, Saint Cyrille. Or, pour sauvegarder l’unité d’être du Christ, il fallait affirmer que la personne du Christ était unique (autrement dit, il n’y a qu’un moi dans le Christ : celui qui a cette assertion stupéfiante en Jean 8,58 : « avant qu’Abraham fut, je suis »). Donc la position de Nestorius était erronée.
– Or, une femme donne la vie non pas à une partie d’individu, mais à une personne : elle n’est pas mère du corps de son enfant, mais elle est bien mère d’Yves ou d’Elodie.
– Voilà pourquoi tenir que Marie était mère de Dieu était du même coup tenir que le Christ était Dieu. Et Nestorius de manière tout-à-fait logique disait que Marie n’était pas mère de Dieu, Theotokos (en langue grecque : littéralement : « qui accouche Dieu »).
Attention cependant à une méprise fréquente qui fait que l’on refuse ce titre : dire que Marie est mère de Dieu ne veut surtout pas dire qu’elle est l’auteur de l’être de Dieu, qu’elle en est l’origine, ce qui serait absurde, puisqu’elle est créature. Mais il en est de même dans la venue au monde, à la vie de petits d’homme : c’est Dieu qui crée l’âme en chacun d’eux : et c’est ce qu’évoque le si beau mot de pro-créateur : les parents participent à l’œuvre de création. Pourtant, on dit bien qu’ils sont parents non pas du corps mais de tout l’être, comme on le remarquait plus haut, dans la mesure où, selon le plan de Dieu, ils amènent à son terme l’apparition d’un nouvel homme. Dieu a donné à l’homme non pas d’être passifs mais la dignité de cause participant à son œuvre.
2’) Conséquence (dernière phrase)
C’est pour cela que, de même que c’est le Christ qui donne son nom de mère de Dieu à Marie et ainsi, éclaire son mystère (on le verra mieux dans la première partie), de même « le dogme de la maternité divine de Marie […] est pour l’Église comme un sceau authentifiant le dogme de l’Incarnation ».
Vous saisissez ainsi combien le Christ est toujours au centre et que loin de ternir la gloire de son Fils donner toute sa place à Marie l’honore.
b) Le mystère de Marie éclaire à son tour celui de l’Église (n. 5 et 6)
1’) Thèse (première phrase)
« Présenter Marie […], c’est … une manière d’approfondir la connaissance du mystère du Christ ».
Notez la clausule restrictive (« une manière ») qui a un sens œcuménique mais d’abord ecclésiologique. C’est trop certain, parler de Marie et de sa relation à l’Église ne dispense pas d’élaborer une théologie de l’Église.
2’) Preuve
a’) Preuve statique (n. 5, § 1)
Là encore, il suffit de connecter ce qui est dit in extenso (cela n’est pas si fréquent chez Jean-Paul II pour qu’il soit la peine de le noter) : l’Église est corps du Christ (c’est tout l’enseignement des lettres de S. Paul) ; or, le mystère du Christ est lié au mystère de Marie (cf. tout le n. 4), ou, pour suivre le Concile dont décidément le pape veut montrer qu’il y puise tout le fondement de sa réflexion : le Christ est celui qui « est né de la Verge Marie ». Donc, Église et Marie sont corrélées.
b’) Preuve dynamique (fin du n. 5 et n. 6)
C’est surtout cet argument qui a de l’importance pour Jean-Paul II (« je veux évoquer surtout… »), car c’est lui qui va être développé tout au long de l’encyclique (cf. son titre : Marie dans la vie de l’Église en marche).
1’’) Elle l’énonce (n. 5, § 2)
Marie a cheminé dans la foi (le concile a le beau mot de « pèlerinage dans la foi ») et, y a eu une place à part dans ce pèlerinage (« la meilleure », dit Jean-Paul II lui appliquant qui est adressée à Marie sœur de Lazare) ; or, l’Église avance aussi historiquement dans la foi ; donc, Marie éclaire l’Église sous cet autre aspect, historique. Plus précisément, c’est le trois mystères de Marie, de l’Église et aussi du Christ (et non pas seulement les deux premiers) qui comportent une signification historique.
L’Église demeure toujours une réalité en partie mystérieuse. On ne peut bien la circonscrire qu’en lui appliquant des images, des symboles multiples et complémentaires (3) ; et les trois images essentielles sont celles de corps du Christ, de temple de l’Esprit-Saint et de peuple de Dieu (remarquez-en le caractère trinitaire). Or, Jean-Paul II met en relation statique Marie et l’Église envisagée comme corps du Crist (et temple de l’Esprit) et en relation dynamique Marie et l’Église envisagée comme peuple de Dieu (ce qui n’est pas pour étonner, puisque l’un des enjeux de cette notion qui joue un rôle si grand dans le Concile Vatican II est d’insister sur l’historicité de l’Église).
2’’) Confirmation, là encore sous le haut patronage du Concile (n. 5, § 3 et n. 6, § 1)
– La majeure notifie la relation de Marie à l’Église (n. 5, § 3). En effet, affirme le Concile, Marie est figure de l’Église : et pour le montrer, il utilise une double catégorie très utilisée chez les Pères, celle de vierge et de mère. Elle sera reprise et plus amplement développée au n. (ici elle n’est qu’évoquée).
– Or, « tout cela (le fait que Marie et l’Église soient vierges et mères) s’accomplit au cours d’un grand processus historique », d’un « pèlerinage de la foi ». (n. 6, § 1)
– Donc, « son pèlerinage de foi exceptionnel représente une référence constante pour l’Église ». Il sera précisé dans tout la seconde partie ce qui fait la connexion entre les deux pèlerinages de Marie et celui de l’Église.
3’) Difficulté implicite (n. 6, § 2)
a’) Énoncé
En effet, selon le souhait de Jean-Paul II, « nous voudrions être attentifs à la phase actuelle « (§ 1). Or, actuellement, « la Mère de Dieu est dans l’accomplissement eschatologique de l’Église », entendez par là dans la gloire et non plus dans la foi (puisque la gloire implique la vision et que la vision exclut la foi, selon 1 Co 13,8 à 13). Donc comment Marie pourrait être maintenant figure, modèle de l’Église qui chemine dans la foi.
b’) Réponse
Jean-Paul II fait allusion aux deux grands thèmes de toute théologie mariale et qui structurent aussi tout son exposé. Très adroitement il annonce les deuxième et troisième parties de l’encyclique.
Marie est d’abord un modèle comme terme de ce vers quoi nous tendons (et on sait combien la motivation, c’est-à-dire le sens de la finalité est dynamisante). C’est tout ce que développe la seconde partie.
Mais Marie n’est pas qu’un modèle, elle est un mère qui coopère efficacement pour tous les frères de son Fils, donc pour toute l’Église. C’est la médiation maternelle à laquelle la troisième partie est consacrée.
Pascal Ide