Deuxième sous-partie : « La marche de l’Église et l’unité de tous les chrétiens »
L’unité de l’Église que désire ardemment l’œcuménisme et qui est en premier lieu le fruit de l’unité dans l’obéissance de la foi trouve en Marie une aide et un exemple ;
et cela vaut tant pour les Églises d’Occident que d’Orient où Marie est tant vénérée.
5) N. 29 : Marie est une aide particulière pour l’œcuménisme
Pour le détail, voir l’important travail du Père Jean-Marie HENNAUX, SJ, in Nouvelle Revue Théologique, Janvier-Février1989.
a) L’Église désire l’œcuménisme (§ 1 et premier membre de phrase du § 2)
– Cela vaut pour l’Église depuis toujours selon la première phrase du § 1. Remarquez encore une fois combien Jean-Paul II affectionne de se placer sous l’autorité de Vatican II, non pour éviter la responsabilité de ses propos, mais pour les éclairer par les sommets. C’est là acte d’humilité et non de démission.
– Mais cela vaut plus encore pour la marche de l’Église de notre temps : En effet, les chrétiens d’aujourd’hui désirent que le monde croie, qu’il soit évangélisé ; or, l’unité est un signe marquant pour susciter la foi du monde », selon la parole centrale pour l’œcuménisme de Jean 17,21, rappelée par Jean-Paul II.
b) Application à Marie (§ 2, fin)
Marie est l’exemple premier et le plus évident de l’obéissance de la foi. Or, la foi est ce qui par excellence ce qui unit l’Église. Donc, Marie a un rôle exemplaire à jouer dans l’œcuménisme. Jean-Paul II y joint déjà un signe (le culte marial en Orient) qu’il détaillera plus loin (n. 31 et s).
6) N. 30 : Rôle de Marie dans l’œcuménisme avec l’Occident
Notez en passant la précision du vocabulaire de Jean-Paul II (d’ailleurs héritée de Vatican II) qui ne parle pas seulement d’Églises d’Occident, mais aussi de Communautés ecclésiales : car toutes les confessions protestantes (c’est le nom sous lequel on les regroupe plus habituellement et que Jean-Paul II n’utilise pas du fait de la résonnance éventuellement un peu négative) ne méritent pas d’être appelées Églises (cf. Jérome HAMER, article à retrouver). Œc n’est pas naïveté, unité n’est pas uniformité.
a) Rôle de Marie dans le travail œcuménisme qui est à faire (§ 1)
En effet, l’unité que cherche l’œcuménisme est fondée en premier lieu sur l’unité de al foi, ainsi qu’il vient d’être dit. Or, les deux points de désaccord doctrinaux (c’est à dire touchant la foi) sont : d’une part, le mystère et le ministère de l’Église, d’autre part, le rôle de Marie dans l’œuvre du salut. Mais la contemplation de Marie introduit à une plus grande intelligence des deux mystères qui viennent d’être évoqués, les ministères dans l’Église et le salut : en effet, nous voyons depuis le début combien sont intimement connectés les trois mystères du Christ Rédempteur, de Marie et de l’Église.
b) Place de Marie dans le travail œcuménisme qui est déjà fait (§ 2)
Jean-Paul II donne deux exemples l’un concernant l’Incarnation (Marie Mère de Dieu) l’autre la Rédemption (le rôle de Marie au pied de la croix).
c) Conséquence de cette démarche inductive (§ 3)
Pourquoi ne pas considérer Marie comme notre Mère commune ?
7) N. 31 à 33 : Rôle de Marie dans l’œcuménisme avec l’Orient
en matière doctrinale et liturgique
Jean-Paul II en fait va seulement montrer ce qui est fait (à savoir la profonde unité qui règne entre l’Église catholique, l’Église orthodoxe et les anciennes Églises orientales) et non ce qui est à faire. De plus, et c’est instructif, Jean-Paul II s’attache plus à manifester les richesses, la beauté des traditions orientales, puisqu’il s’adresse surtout à un public occidental qui n’est que peu compétent en ces domaines. Son origine polonaise l’a de plus davantage sensibilisé à ces questions.
En tout cas, Jean-Paul II indique ainsi une autre voie pour l’œcuménisme : non pas d’abord celle d’accords doctrinaux qui de fait existent, mais plutôt celle de la reconnaissance de la profonde unité existant (et ce autour de Marie). De plus l’œcuménisme n’est pas la recherche d’un plus petit dénominateur commun, mais la reconnaissance des richesses mutuelles, compte tenu que l’essentiel est commun.
o) Le premier § du n. 31 est introductif, programmatique
D’une part il donne la thèse : Orient et Occident catholique sont profondément unis autour de Marie. Mais rappelons l’intention de notre auteur : montrer la richesse de la présence de Marie dans l’Orient chrétien. D’autre part, il évoque le plan : cette unité est tant doctrinale que liturgique (la distinction est un peu artificielle, car elle est plus propre à l’Occident qu’à l’Orient).
a) Unité plus doctrinale (n. 31, fin)
(Voir si les traditions coptes et éthiopiennes acceptent Ephèse)
– D’une part, présence de Marie à l’histoire même de la foi des Églises orientales § 2, début).
– D’autre part, présence de Marie au cœur même de la foi des différentes Églises orientales (§ 2, dernière phrase et § 3) : tant grecque que copte et éthiopienne. Et Jean-Paul II d’illustrer à chaque fois son propos par un exemple.
b) Unité plus liturgique (n. 32 et 33)
– La prière liturgique (n. 32)
Marie est aussi extrêmement présente tant dans l’Office divin que dans la prière eucharistique (§ 1). Or, toutes ces prières ont pénétré la totalité de la spiritualité orientale (§ 2).
– Les icônes (n. 33)
Jean-Paul II évoque ici la présence de Marie dans les icônes qui tiennent une telle place dans l’Orient. Il le fait de deux manières : d’abord en les répartissant selon le thème qu’elles représentent (§ 1) ; ensuite, s’attachant à la Russie (à l’Ukraine et à la Biélorussie) en rappelant deux icônes parmi les plus célèbres (§ 2).
8) N. 34 : Application à l’œcuménisme
Or, la reconnaissance de toutes ces richesses de l’Orient favorise, aide le progrès de l’œcuménisme dont le but, selon le beau mot qu’aime tant Jean-Paul II, est de faire respirer pleinement l’Église selon ses « deux poumons ».
Et la dernière phrase de faire transition : en effet, nous allons voir que le Magnificat est le chant même de la foi. Or, l’œcuménisme est d’abord fondé sur la foi. Voilà pourquoi plus l’œcuménisme grandit, plus l’Église chante parfaitement le Magnificat.
Troisième sous-partie : « Le ‘Magnificat’ de l’Église en marche »
L’Église en marche chante le Magnificat jailli de la foi même de Marie et y trouve
à la fois l’expression de la vérité non voilée de Dieu
et la manifestation de son amour préférentiel pour les pauvres et les humbles.
9) N. 35 et 36 : L’Église en marche chante le Magnificat avec Marie
o) Énoncé
Enonçons d’abord à part la raison générale montrant la thèse qui vient d’être énoncée. En effet, elle se répartit sur un peu plus de deux numéros. Elle a la forme d’un syllogisme.
– En effet, l’Église chemine dans la foi (n. 35, § 1).
– Or, la foi s’exprime en toute sa profondeur dans le Magnificat chanté par Marie : amorcé dans le n. 35, § 2 et démontré dans le n. 36.
– Donc, l’Église en marche chante le ‘Magnificat’ avec Marie : c’est ce que dit la première phrase du n. 37 (résumant et concluant les n. 35 et 36).
Passons au détail
a) En effet, l’Église chemine dans la foi (§ 1)
Jean-Paul II l’établit ou plutôt en résumant dans sa première phrase, ce qu’il a dit dans les deux premières sous-parties, puis en faisant appel de nouveau, dans les deux autres phrases, à Lumen Gentium. Le Saint-Père rebondit toujours sur Vatican II, tel le scribe de l’Évangile qui tire de son trésor du neuf comme de l’ancien.
b) Or, la foi s’exprime en toute sa profondeur dans le Magnificat
1’) C’est suggéré dans le n. 35, § 2
Car, dit Jean-Paul II, ce cantique a « jailli des profondeurs de la foi de Marie ». Mais cette raison n’est au total qu’indicative.
Une conséquence est que Marie est donc présente au chemin de foi de l’Église : ce qui confirme ce que nous avions déjà vu dans la première sous-partie et le précise.
2’) N. 36 : Le Magnificat exprime le fond même de la foi
Il dit la foi de Marie et par delà la foi en son contenu essentiel.
a’) Première preuve (§ 1) : par le contexte du Magnificat
Le Magnificat, en effet, est la réponse de Marie à la salutation d’Élisabeth. Or, cette salutation d’une part dit de Marie qu’elle est bénie pour son enfant et d’autre part bénit Marie pour sa foi. Or, ces deux paroles renvoient à l’Annonciation qui nous livre le mystère même de l’Incarnation. Donc, la Visitation est à l’Annonciation ce que la foi (toute intérieure) du cœur est à la foi des lèvres (qui consiste en une confession extérieure, audible) (cf. la belle parole de Romains 10,10 : « « La foi du cœur obtient la justice, et la confession des lèvres, le salut ».)
b’) Seconde raison (§ 2) : par les paroles même du Magnificat
Elles nous parlent aussi de la foi.
Elle chante d’abord de la joie de la foi, car un des signes de la foi est la joie de l’esprit en présence de la plénitude de la Révélation qui est le Christ ; or, Marie chante sa jubilation : « Exulte mon esprit… ». On pourrait ajouter un signe : la foi nous donne de croire à l’Évangile qui signifie étymologiquement « bonne nouvelle ». On demandait parfois au Pasteur Roberts pourquoi il était joyeux. Il répondait invariablement : « C’est parce que je connais une bonne nouvelle ! On est toujours heureux quand on vient d’apprendre une bonne nouvelle ! »
Ensuite, Marie chante la promesse de Dieu « faite en faveur d’Abraham et de sa race à jamais » ; or, cette promesse est celle même de l’Alliance qui est le cœur de la foi.
c) Donc, l’Église en marche chante le Magnificat.
C’est ce que dit le début du n. 37, comme nous l’avons déjà dit. Mais Jean-Paul II en avait déjà donné un signe au n. 35, § 2 : ce cantique est chanté chaque jour par l’Église à l’office de Vêpres.
10) N. 37 : L’Église puise sa foi dans le Magnificat
Jean-Paul II tire une conséquence : le Magnificat nourrit la foi de l’Église de deux manières.
a) Quant à la doctrine (§ 1)
Le Magnificat enseigne à l’Église la vérité sur deux points essentiels (qui constituent un véritable résumé de l’histoire du salut)
1’) Le péché de l’homme.
2’) La vérité de Dieu. Et ce contre tous les soupçons insinués par le démon. Plus précisément, le Magnificat rappelle les deux actes de la bonté divine dans le plan du salut
– d’une part, la création ;
– d’autre part, la rédemption.
b) Quant à la mise en pratique, la praxis (§ 2 et 3)
De manière générale, l’Église désire éclairer les chemins de l’homme (c’est tout le thème de la première encyclique) par la vérité de Dieu. Or, nous venons de voir que le Magnificat nous éclaire sur la vérité de Dieu. Précisément, l’Église puise dans le Magnificat son amour pour les pauvres.
– Preuve : En effet, l’Église s’est toujours efforcée de vivre cet amour pour les pauvres (§ 2). Car le Christ fut envoyé par Dieu « porter la bonne nouvelle aux pauvres » (cf. Luc 4,18) ; or, l’Église poursuit la mission du Christ.
– Application à Marie (§ 3, début) : Or, le Magnificat invite admirablement à cet amour préférentiel pour les pauvres. Donc, le Magnificat éclaire la route de l’Église.
– Conséquence (§ 3, fin) : On ne doit pas séparer en Église ces deux éléments, l’un plus spéculatif, l’autre plus pratique que sont d’une part la vérité sur Dieu et d’autre part l’option préférentielle pour les pauvres.
c) Confirmation (§ 4)
L’Église doit vivre sans les séparer les deux éléments du message que sont la vérité sur Dieu et l’option en faveur des pauvres ; et ceux-ci sont organiquement connectés avec le thème de la liberté et de la libération. Or, Marie est l’exemple, « l’icône la plus parfaite de la liberté et de la libération ». C’est donc là encore et une dernière fois que Marie est présente au cheminement de l’Église à titre d’icône.
Pascal Ide