Introduction à la lecture de l’Encyclique Redemptoris Mater de Jean-Paul II 2ème partie 1/2

Deuxième partie

La Mère de Dieu au centre de l’Église en marche

Après avoir étudié Marie dans sa relation au mystère du Christ (première partie), nous allons voir sa relation au mystère de l’Église. Et comme Jean-Paul II a envisagé deux aspects dans sa comparaison du Christ et de Marie, à savoir la foi et la médiation maternelle, de même il compare maintenant l’Église et Marie sous ces deux points de vue : quant à la foi dans la seconde partie ; quant à la médiation maternelle, dans la troisième partie.

Cette seconde partie (et il en sera de même pour la troisième) est plus simple et moins dense que la précédente : notre commentaire sera donc lui aussi plus léger et le texte d’autant moins long.

Plan

1) Remarque générale préliminaire

Notons d’emblée que les n. 25 à 28 qui recouvrent la première sous-partie de ce chapitre sont bien typiques de la forme de pensée de Jean-Paul II. En effet, ils sont une suite de variations sur un même thème, revenant constamment sur lui, l’enrichissant d’harmoniques ou de contre-chants nouveaux. De manière plus rigoureuse (plus logiciste), ce thème est constitué par une problématique et un moyen terme

– La thèse (ou problématique) : Marie est présente au pèlerinage de l’Église. Ou, sous une forme plus précise : l’Église (en marche) prend part au pèlerinage de Marie.

– Le moyen terme, la raison de cette présence, de cette participation est la foi de Marie et de l’Église, de sorte que la thèse enrichie de sa raison devient : l’Église en marche participe à la foi de Marie.

2) Principe général : Marie est présente à l’Église en marche.

a) Présence de Marie à l’Église en général
1’) Énoncé

Marie est présente à l’Église en marche par la foi (n. 25).

2’) Exposé : Comment Marie est-elle présente à l’Église par la foi ?

– Au commencement (n. 26).

– A toute la vie de l’Église (n. 27).

b) Présence de Marie à l’Église de notre temps (n. 28).

3) Conséquences concrètes

Ces conséquences concernent en quelque sorte dans l’espace et dans le temps.

a) Quant à l’Église en son extension : Marie et l’œcuménisme (n. 29 à 34)
1’) Rôle général de Marie dans l’œcuménisme (n. 29).
2’) Rôle particulier dans l’œcuménisme avec

– les Églises d’Occident (n. 30).

– les Églises d’Orient : en matière doctrinale (n. 31) et en matière liturgique (n. 32 et 33).

3’) Conclusion (n. 34).
b) Quant à l’Église en son cheminement : le ‘Magnificat’ de l’Église en marche (n. 35 à 37)

1’) Preuve que l’Église en marche chante le ‘Magnificat’ (n. 35 à 36).

2’) Conséquence (n. 37).

Première sous-partie : « L’Église, Peuple de Dieu présent dans toutes les nations de la terre »

L’Église qui est née à la Pentecôte et marche dans la foi, en particulier l’Église de notre temps, prend part à la foi vive de Marie qui a avancé toute sa vie, dans le pèlerinage de la foi.

1) N. 25 : Marie est présente au pèlerinage de l’Église

Comme nous venons de le dire, nous allons voir mis à l’œuvre, déjà, thèse et moyen terme.

a) L’Église est actuellement ne pèlerinage
1’) Existence de ce pèlerinage (§ 1)

Jean-Paul II II, selon une méthode qui lui est chère, l’établit en partant de Vatican II, en l’occurrence, en reprenant deux paroles décisives de Lumen Gentium (n. 8 et 9). On remarquera d’ailleurs que la seconde citation est déjà centrée sur la foi (passage que Jean-Paul II souligne) : tout le décor est dressé.

Les deux passages sont tirés du second chapitre de Lumen Gentium qui a pour objet le peuple de Dieu ; or, cette notion qui a un profond enracinement dans l’Écriture (en particulier dans l’Ancien Testament, mais aussi chez S. Paul) fut introduite dans la constitution sur l’Église (et c’est la première fois qu’un Concile parlait de l’Église comme peuple de Dieu), notamment en vue de montrer son caractère pérégrinant ; en comparaison la notion tout aussi scripturaire d’Église corps du Christ manifeste par exemple plus le caractère organisé, différencié de l’Église, car il est propre à un corps d’avoir différents organes. La citation est donc judicieusement choisie.

2’) Nature de ce pèlerinage (§ 2)

Ce pèlerinage présente un double caractère, aspect : d’une part extérieur, visible, à travers l’espace et le temps (et c’est généralement à lui que l’on s’arrête) ; d’autre part, et c’est l’aspect le plus important, intérieur, invisible. Or, ce pèlerinage intérieur n’est rien d’autre que « le pèlerinage par la foi ». Et comme l’Esprit-Saint donne la foi, est l’âme de l’Église (l’âme étant ce qui est invisible), ce pèlerinage de l’Église est un pèlerinage dans l’Esprit Saint.

b) Application à Marie qui est présente à ce pèlerinage de l’Église dans la foi (§ 3)

– Or, Marie est par excellence celle qui a cru, ainsi que l’a montré la première partie : elle « rassemble et reflète les requêtes suprêmes de la foi », comme le dit le Concile que cite Jean-Paul II. Er celui-ci a la belle et forte image du miroir pour décrire la foi de Marie.

En effet, la foi nous fait penser comme Dieu, dit André Frossard. Aussi, plus nous sommes purs, plus nous laissons Dieu agir en nous et plus nous pouvons réfléchir la vérité même de Dieu, ce qu’est Dieu en nous ; et cela se fait par la foi. C’est pour cela que les Pères de l’Église aimaient attribuer à la foi la béatitude de la pureté des cœurs (cf. Mt 5,8).

– Voilà pourquoi elle est présente au pèlerinage de l’Église. Et c’est donc que Marie est présente d’abord au pèlerinage intérieur de l’Église.

Mais il reste maintenant à montrer comment Marie est présente par sa foi à ce pèlerinage dans la foi. Car, ne nous fions pas à la présence seule des même mots, Jean-Paul II n’a fait que rapprocher la foi de Marie de celle de l’Église en marche ; il ne nous a pas dit comment elles se rencontraient.

2) N. 26 : Marie est présente au commencement du pèlerinage de l’Église dans la foi

a) Le fait (§ 1 et 2)

– Énoncé (§ 1) : L’Église a commencé son pèlerinage dans la foi le jour de la Pentecôte. Remarquez que Jean-Paul II ne dit pas que l’Église a commencé purement et simplement ce jour-là, car il aurait rencontré une autre opinion très fréquente chez les Pères selon laquelle l’Église est née lorsque le côté du Christ fut ouvert sur la Croix (selon une très belle image patristique, de même qu’Eve est née du côté du Christ endormi, de même l’Église, nouvelle Ève, est née du côté du nouvel Adam endormi sur la Croix).

Or, les Actes des Apôtres précisent expressément que Marie était présente avec les apôtres le jour de la Pentecôte. Donc Marie était présente au commencement du pèlerinage de foi de l’Église.

– Conséquence (§ 2) : Or, le cheminement de foi de Marie commence avec l’Annonciation, a montré la première partie (Jean-Paul II le montre en reprenant la définition de la foi tirée de Dei Verbum déjà rappelée avant). C’est donc que « son cheminement de foi est […] plus long ». Mais cette antériorité temporelle est aussi une antériorité de préparation, car l’Annonciation a permis l’Incarnation et donc l’existence de l’Église.

b) La cause, le comment (§ 3 à 5)

Comment l’itinéraire de Marie croise-t-il le début du cheminement de l’Église dans la foi, demande Jean-Paul II à la fin du § 2 ?

1’) Comment l’Église commence-t-elle son cheminement dans la foi ? (§ 3)

Par le témoignage de Pierre et des autres Apôtres, répond Jean-Paul II : c’est assez nous dire combien l’Église est constitutivement, essentiellement missionnaire. C’est ce que l’on voit le jour de la Pentecôte, bien entendu, et c’est aussi la promesse même du Christ : le fruit de la présence de l’Esprit-Saint qui a été donné le jour de la Pentecôte fut que les Apôtres (terrorisés : « ils s’enfuirent tous », note Marc 14,50 : quel changement spectaculaire fut donc opéré par l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte) devinrent des témoins (cf. Actes 1,8).

2’) Or, quel fut le rôle de Marie dans ce début de l’Église, donc dans ce témoignage des Apôtres ? (§ 4 et 5)

– Ce ne fut pas à titre d’évangélisation extérieure et visible : « Marie n’a pas reçu directement cette mission apostolique ». (§ 3, 2 premières phrases) Car Jésus ne l’a pas instituée en vue de cette mission. Ce n’est pas là sa vocation.

Mais ce fut à un double titre positif que Marie a joué un rôle absolument unique

– D’abord, ce fut comme témoin unique du mystère du Christ (fin du § 4)

En effet, les Apôtres connaissent une partie importante de la vie de Jésus, seulement grâce à Marie (Jean-Paul II fait allusion à toute la vie cachée du Christ qui nous est connue par Marie seule ; peut-être est-ce aussi pour faire pièce à un certain nombre d’exégètes qui ont remis en question la vérité historique des récits de l’enfance du Christ ; c’est oublier la présence de ce témoin privilégié qu’était Marie au milieu des Apôtres). De plus, et c’est encore plus profond, ils contemplaient ce qu’ils savaient de la vie du Christ à travers le regard de Marie, car elle est Mère de Jésus, jouissant donc d’un regard privilégié sur son fils Jésus. Il serait facile de développer : qui nous connaît mieux que notre mère ?

– Ensuite, ce fut comme prémisse et même comme condition de la foi de l’Église (§ 5)

En effet, le jour de l’Annonciation, l’ange dit à Marie que le règne de Jésus n’aurait pas de fin ; et Marie crut toutes les paroles, ainsi que Jean-Paul II l’a dit dans la première partie, même si ce fut dans l’obscurité.

Or, la promesse du règne sans fin ne commence à se réaliser que maintenant : là encore on peut constater combien Marie « a cru, espérant contre toute espérance » (Rm 4,18). En effet, c’est l’Église qui réalise ce règne sans fin, ar l’action de l’Esprit Saint.

On peut donc dire que Marie est la première qui a cru à l’Église et que sa foi nous vaut l’Église.

3) N. 27 : Toute l’Église participe à la foi de Marie

o) Thèse (§ 1, début)

Après avoir rappelé et résumé les deux numéros d’avant, Jean-Paul II donne sa problématique. D’une part il élargit son propos à toute l’Église (« il en sera toujours ainsi ») ; d’autre part, il le précise : non seulement la foi de l’Église pérégrinante et la foi de Marie se rencontrent et se croisent (n. 26), mais la première prend part à la seconde, en participe (n. 27 : c’est la dernière phrase du § 1).

a) Preuve (§ 1, fin ; à partir de « En effet … »)

En effet, l’Église est constituée de tous ceux qui ont part à la révélation du Christ, plus précisément de ceux qui en héritent, via les Apôtres. Or, Marie est présente dans cet héritage, puisqu’elle est présente dès le commencement de la révélation. Jean-Paul II ne précise guère plus, mais on comprend que c’est à un double titre : à la fois objectif, car on ne peut séparer le mystère du Christ de celui de Marie ; et subjectif, par la foi de Marie. Donc, l’Église prend part à la foi de Marie.

b) Confirmation (§ 2)

Élisabeth a dit que Marie était bienheureuse parce qu’elle avait cru. Or, selon un de ces rapprochements verbaux que le Saint-Père affectionne et qui sont réellement riches, Maire prophétise dans le Magnificat que « Tous les âges me diront bienheureuse ». La présence de ces deux adjectifs dans la même scène d’Évangile (la Visitation) autorise à conclure que « tous les âges », autrement dit, toute l’Église, loue la foi de Marie. Plus précisément, l’Église y fait appel et cherche dans cette foi un soutien pour sa foi : c’est donc qu’elle a part à la foi de Marie.

c) Conclusion (dernière phrase du n. 27)

Et de conclure que la participation à la foi de Marie la raison (le moyen terme) principal pour lequel Marie est présente au pèlerinage de l’Église.

4) N. 28 : L’Église d’aujourd’hui participe particulièrement de la foi de Marie

a) Principe général (§ 1)

Jean-Paul II reprend, rappelle ce qu’il a établi dans les numéros précédents : « la foi de Marie devient constamment la foi du Peuple de Dieu en marche ». Et si on est attentif à la formulation, on peut remarquer qu’il insiste encore davantage sur la relation existant entre la foi de Marie et celle de l’Église : elle est plus que de participation, elle tend vers la relation causale.

Jean-Paul II nous en offre une preuve par analogie, tirée de Lumen Gentium : de même que le Christ est né dans le sein de Marie, de même l’Église naît-elle dans le cœur, la foi de Marie.

b) Application à notre temps (§ 2 et 3)

Marie est particulièrement présente à l’Église dans le monde de notre temps.

– Première raison (§ 2)

En effet, aujourd’hui, grâce à l’enseignement de Vatican II, l’Église est plus consciente de son unité, de son mystère de communion. Or, l’Église ne peut se réunir autour de son Roi qu’avec Marie sa Mère qui priait au milieu des Apôtres.

– Deuxième raison (§ 3, première phrase)

L’introduction nous rappelait que nous vivons un temps de vigile, dans l’attente du deux millième anniversaire de la naissance du Christ. Or, elle nous montrait aussi que l’on ne peut dissocier la nativité du Christ de la présence de Marie qui a « fait entrer dans le monde le Règne du Fils ».

– Troisième raison (§ 3, milieu) : ici, la raison avancée est plus inductive. Jean-Paul II évoque l’existence concrète, factuelle, la présence actuelle de Marie, tant en ses différents modes (des individus aux églises paroissiales en passant par les églises domestiques, selon le mot que notre Saint-Père affectionne pour désigner la famille) qu’en ses divers lieux (d’Israël au sanctuaire de la Vierge noire de Jasna Gora en Pologne).

– Dernière raison (§ 3, fin, à partir de : « On pourrait parler… »).

En effet, dans la foi de Marie s’est rouvert en l’homme l’espace intérieur dans lequel le Père éternel peut nous bénir (selon les paroles de l’hymne au x Ephésiens dont parlait le début de l’encyclique : on réalise à quel point Jean-Paul II aime revenir sur les intuitions de départ et qu’il ne les quitte jamais). Or, dans l’Église subsiste cette ouverture par laquelle Dieu s’unit à l’homme.

A noter que on peut aussi lire ces dernières phrases comme une conséquence (cela dépend du point de vue). La thèse serait alors : le pèlerinage est le lieu de l’affermissement de la foi. La raison en serait que le pèlerinage crée un espace où Dieu se donne.

c) Conclusion générale de toute la première sous-partie (§ 4).

En même temps, Jean-Paul II assure discrètement la transition en parlant de la récapitulation de toute l’humanité, donc de l’unité et par là de l’œcuménisme dont la seconde sous-partie va désormais traiter.

Pascal Ide

23.3.2026
 

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