CHAPITRE 2
ANALYSE GENERALE DE L’ENCYCLIQUE
0) Méthode
Nous procèderons en trois touches : nous donnerons d’abord la thèse ou l’idée générale de l’encyclique, puis nous en manifesterons les grandes articulations (donnant à la fois le plan des chapitres ou des parties plus générales et des subdivisions ou numéros à l’intérieur de chaque chapitre ou partie plus générale, nous laissons pour plus tard à l’analyse détaillée, la répartition précise des § au sein des numéros) ; enfin nous verrons quelles sont les principales conclusions auxquelles aboutit le Pape.
Cette première approche est logique et permet déjà une bonne vue d’ensemble : elle satisfait une intelligence qui souhaiterait n’avoir qu’un premier contact lui donnant cependant le cœur ; elle permet aussi à celui qui est pressé d’aller directement à l’essentiel. C’est un peu comme si, pour savoir ce qu’est Paris, nous disions qu’elle est la capitale de la France et qu’elle a telle situation sur la carte (thèse), nous en parcourions la carte (le plan), nous visionnions sur place ou dans un livre les lieux les plus célèbres ou un échantillon représentatif de ses quartiers (conclusions principales).
Après, il ne resterait qu’à déambuler dans les rues, s’arrêter, jouer au badaud, parler avec les gens. Et le texte d’une encyclique de Jean-Paul II comme une ville ou comme une personne demande alors une longue fréquentation pour livrer toutes ses richesses et tous ses secrets, une fois le premier contact pris ! En fait, on peut toujours y revenir sans jamais en épuiser toute l’intelligence, car l’esprit qui en est la source nous fait toucher l’infini.
Appliquons ce cadre général à l’encyclique que nous étudions.
1) Thèse de l’encyclique
La thèse, rappelons-le, s’efforce d’énoncer en une phrase ce que l’auteur veut dire. Nous reviendrons sur cet exercice de style excessivement fructueux et capital : il intéresse autant notre lecture que la rédaction éventuelle de textes (articles, dissertations, ouvrages..).
La thèse de l’encyclique est donc la suivante : Marie est présente au cheminement de l’Église sur la terre. C’est ce que Jean-Paul II affirme dès le premier numéro : sa réflexion porte « sur sa présence (sous-entendu de Marie) […] dans la vie de l’Église ».
2) Plan général de l’Encyclique
Par souci de clarté, nous procèderons en deux temps : l’Encyclique est divisée en 3 x 3 sous parties ; nous rendrons compte d’abord de l’ordre des trois parties principales puis de l’ordre des trois sous-parties découpant chacune de ces parties. Quant à l’ordre des 52 numéros singuliers, pour ne pas nous perdre dans le détail et clarifier l’exposé, nous le verrons à l’occasion de l’étude particulière, dans le chapitre 3.
a) Plan des trois parties
Nous nous rappelons que le pape envisage le mystère de Marie dans le double éclairage du Christ et de l’Église, la relation de Marie au Christ fondant ce qui sera dit de la seconde relation, celle unissant Marie à l’Église. Nous en avons confirmation si nous complétons la citation incomplète donnée ci-dessus : elle montre à quel point le souverain Pontife ne dissocie jamais Christ, Marie et Église : « ma réflexion sur le sens du rôle qu’a Marie dans le mystère du Christ et sur sa présence active et exemplaire dans la vie de l’Église ». (n. 1)
Remarquons que cette manière de procéder, éminemment scripturaire, sauvegarde la primauté du Christ. Elle rend aussi le propos plus complexe, mais c’est en vue de conserver les justes équilibres.
1’) Premier temps
Marie dans le mystère du Christ : première partie.
2’) Second temps
Marie dans sa relation au mystère de l’Église (en marche, ainsi que nous l’avons vu) : c’est tout le développement des parties 2 et 3. Or, nous le redirons plus bas, le mystère de Marie est considéré à un double point de vue dans le chapitre 1 : celui de sa foi (n. 13 à 19) et celui de sa médiation maternelle (n. 20 à 24). Cela nous donne l’ordre des deux chapitres
– Relation de Marie considérée dans sa foi au mystère de l’Église pérégrinante : seconde partie.
– Relation de Marie considérée dans sa médiation maternelle au mystère de l’Église pérégrinante : troisième partie.
Cela nous permet de redire à quel point la primauté du Christ, comme rédempteur de l’homme, est sauvegardée et fonde toute l’Encyclique.
b) Plan des sous-parties au sein des trois grandes parties
0’) L’Encyclique s’ouvre sur une introduction (n. 1 à 6).
1’) Première partie
Dans la logique de sa perspective (toujours mieux montrer que le Christ est le rédempteur de l’homme), Jean-Paul II part de la place unique que tient Marie dans le mystère du salut (à l’instar de Lumen Gentium).
a’) Marie tient une place unique dans le dessein de salut de Dieu : « Pleine de grâce » (n. 7 à 12).
b’) Après avoir vu l’existence de cette place, étudions-en la nature. Or, elle se caractérise à un double point de vue : cette place unique tient son origine :
1’’) de la foi de Marie : « Bienheureuse celle qui a cru » (n. 13 à 19).
2’’) de sa médiation maternelle, de son rôle maternel : « Voici ta mère » (n. 20 à 24).
Notons tout de suite, que ce second aspect n’est pas séparé du premier mais trouve en celui-ci son fondement et sa justification : Marie est mère et médiatrice par sa foi.
2’) Deuxième partie
L’objet de cette partie est de montrer que Marie prend part au cheminement dans la foi de l’Église.
a’) Exposé ou preuve
« L’Église, Peuple de Dieu présent dans toutes les nations de la terre » (n. 25 à 28).
b’) Conséquences et applications
Elles sont de deux ordres :
1’’) La première concerne la relation de l’Église aux autres confessions chrétiennes, c’est-à-dire l’œcuménisme : « La marche de l’Église et l’unité de tous les chrétiens » (n. 29 à 34).
2’’) La seconde concerne plus le rapport de l’Église au monde, notamment aux défavorisés : « Le ‘Magnificat’ de l’Église en marche » (n. 35 à 37).
3’) Troisième partie
Ici, Jean-Paul II applique à l’Église le second aspect du mystère de Marie qu’est sa médiation maternelle. Le plan est similaire à celui de la seconde partie dans son articulation principale (a’ – b’)
a’) Exposé ou preuve : « Marie, Servante du Seigneur » (n. 38 à 41).
b’) Conséquences ou applications
Là encore, elles sont de deux ordres :
1’’) La première est générale : « Marie dans la vie de l’Église et de chaque chrétien » (n. 42 à 47).
2’’) La seconde est pour aujourd’hui, située à l’occasion de l’Encyclique : « Le sens de l’Année mariale » (n. 48 à 50).
4’) Conclusion
Elle rappelle ce qui fut dit dans l’Encyclique d’une part de manière synthétique et d’autre part sous forme non plus d’un exposé spéculatif, mais d’une prière. Or, elle le fait en montrant deux attitudes qu’étudient les deux numéros 51 et 52.
c) Une autre organisation
En filigrane se dessine un autre ordre. En effet, nous avons dit dans le chapitre 1 que la méthode de Jean-Paul II est à cheval entre la vision systématique et la visée plus scripturaire. Nous venons de voir le dessin plus systématique, mais celui-ci se greffe sur un ordre plus temporel, la vie même de Marie telle qu’elle est décrite par l’Écriture. Cela est d’ailleurs surtout net pour la première partie de l’encyclique. Montrons-le dans un tableau :
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Plan systématique |
Plan scripturaire et chronologique |
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Première partie |
Première sous-partie (n. 7-12) |
L’Annonciation |
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Deuxième sous-partie (n. 8-19) |
La vie cachée (de la Visitation au Recouvrement) |
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Troisième sous-partie (n. 20-24) |
La vie publique (de Cana à la Passion) |
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Deuxième partie (n. 25-37) |
La Pentecôte |
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Troisième partie (n. 38-50) |
L’Assomption et la vie céleste, dans la gloire |
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3) Les grandes conclusions de l’encyclique
a) Première thèse
Elle peut s’énoncer comme suit : l’Église, en son cheminement sur la terre, a part (ie. participe) à la foi de Marie. Ou inversement, ce qui revient au même : Marie, par sa foi, est présente au cheminement de l’Église sur la terre.
b) Deuxième thèse
Maire est médiatrice maternelle (sous-entendu entre le Christ et l’Église).
c) Connexion entre ces deux thèses
Ces deux thèses centrales sont reliées en un raisonnement qui est développé dans les numéros 20 à 24.
De sorte que l’on peut dire que la première thèse est la plus importante dans la mesure où elle fonde tout. C’est ainsi que certains en sont restés là, implicitement gênés par la médiation maternelle de Marie (la seconde thèse). Or, cette thèse est la plus importante, car elle est l’apport vraiment original de Jean-Paul II : c’est elle qu’il voulait particulièrement manifester, ainsi que nous l’avons dit au chapitre 1.
Pascal Ide