The beast in me, mini-série américaine de thriller psychologique en 8 épisodes, créée par Gabe Rotter, diffusée le 13 novembre 2025 sur la plateforme Netflix. Avec Claire Danes, Matthew Rhys, Brittany Snow, Natalie Morales.
Thèmes
Personnalité narcissique, blessure.
La mini-série qui commence comme un thriller à suspense bien ficelé, bascule inexplicablement à mi-parcours vers le survival psychologique téléguidé.
- La première moitié, au rythme lent, est porté par l’interprétation d’une actrice qui, depuis la série culte Homeland (Howard Gordon et Alex Gansa, 8 saisons, 96 épisodes, 2011-2020), n’a plus rien à prouver dans le registre de la femme à la fois forte et vulnérable, et d’un acteur, Matthew Rhys, qui joue admirablement de l’ambivalence victime-bourreau. Elle est aussi portée par un ingénieux scénario qui joue du besoin croisé d’écriture pour vivre et . Et si l’homosexualité d’Aggie est éthiquement désordonné, elle devient scénaristiquement utile parce qu’elle interdit le sentiment amoureux ou du moins la fascination érotique qui aurait troublé le lien entre les deux protagonistes principaux.
- Tout bascule lors de la scène où Nile Jarvis tue l’agent du FBI avec une très inquiétante jouissance. Lorsque la fausse victime devient un véritable persécuteur, et de la pire espèce, la jubilatoire ambivalence s’évapore d’un coup, l’espoir mêlé de crainte que le promoteur immobilier soit innocent laisse subitement la place aux sentiments beaucoup plus archaïques et rudimentaires de l’angoisse et bientôt de l’horreur. Même si le bad guy a façonné un piège très astucieux pour faire accuser sa trop curieuse voisine, aucun spectateur ne croit sérieusement qu’il réussira et donc tout suspense se trouve totalement éventé. Les épisodes ne seront plus qu’un sauve qui peut. Nous nous mettons alors à bâiller en espérant que les épisodes s’enchaînent plus vite, sans douter un instant que justice sera rendue et vérité connue. Sauf que (oui, vous avez bien repéré qu’il y avait non pas deux, mais trois * !)…
- Sauf qu’un retournement astucieux vient titiller l’attention du moraliste qui se love en nous : que va devenir Nina, la femme actuelle de Jarvis qui, apparemment complice, s’avère finalement être une victime collatérale ? Dans la scène, qui est pour moi la plus intense et la plus belle de la série, Aggie fait basculer l’épouse par un double acte.
Un acte de vérité d’abord, en invitant sa voisine à connecter en elle à cette zone qu’elle refoule, alors qu’elle sait que son mari est coupable. Pour la convaincre ou plutôt pour la faire voir, il lui suffit de la faire passer de l’inconscient ou plutôt du subconscient (qui est l’inconscient conscientisable) au conscient, et du simple simpliste au multiple convergent, à savoir les multiples signes et doutes qu’elle ne cesse d’accumuler depuis le début sur la responsabilité de son conjoint.
Surtout, un acte d’humilité. Aggie adopte la posture basse qui est aussi, mais de son point de vue, un acte de vérité : elle a sa part de responsabilité et même de complicité. Certes, elle n’a en rien séquestré et assassiné Teddy Fenig. Certes, elle n’est pas coupable de cette faille qui a été créée par la perte de l’enfant tant aimé. Certes, enfin, elle a totalement subi la manipulation de ce sociopathe grand format qui, comme tous ceux de son espèce, est un surdoué de l’empathie cognitive (il intuitionne toutes les faiblesses psychologiques de ses victimes) et un sous doué de l’empathie affective (il ne ressent aucunement la souffrance de l’autre).
Donc, en nommant sa part de responsabilité, l’écrivain (et le scénario aussi) ose(nt) révéler ce qui est devenu un interdit dans la chasse aux sorcières qu’est le victimisme ambiant : les personnalités narcissiques se nourrissent non pas purement et simplement des belles âmes, mais des belles âmes blessées. Disons-le et redisons-le autant de fois qu’il est nécessaire : jamais la victime n’est coupable de la haine du violent, mais il est porteur d’une faille sans laquelle cette violence serait impossible. Concrètement, Aggie n’est pas responsable de la haine de son « bourreau », mais de la haine qu’elle a entretenue en elle contre le meurtrier involontaire de son fils. Avec une lucidité courageuse sinon héroïque, la victime d’une personnalité narcissique pouvait dire, au terme de son chemin, que celle-ci avait été le révélateur de ses blessures et l’accélérateur de sa guérison. The beast in me n’est pas seulement la malice qui se dissimule dans le méchant…
Pascal Ide
Bref résumé de l’histoire
Depuis la mort de son fils, Agatha « Aggie » Wiggs (Claire Danes), autrice reconnue, vit recluse, incapable d’écrire. Son quotidien bascule lorsque son nouveau voisin se révèle être Nile Jarvis (Matthew Rhys), puissant promoteur immobilier suspecté dans la disparition de sa femme.
Résumé détaillé de l’épisode 1
L’auteure Agatha « Aggie » Wiggs (Claire Danes) peine à écrire son prochain livre, inconsolable depuis la mort de son jeune fils Cooper, décédé des années plus tôt dans un accident de la route causé par un conducteur ivre. Elle apprend que Nile Jarvis (Matthew Rhys), un promoteur immobilier soupçonné du meurtre de sa première femme, Madison (Leila George), s’est installé dans la maison voisine. Aggie rencontre Nile et sa seconde épouse, Nina (Brittany Snow) ; Nile ne parvient pas à la convaincre de soutenir la construction d’une piste de jogging dans le quartier. Le jour anniversaire de la mort de Cooper, Aggie et son ex-« femme », Shelley (Natalie Morales), se recueillent sur sa tombe et aperçoivent Teddy Fenig (Bubba Weiler), le conducteur ivre, qui dépose des fleurs avec sa mère, provoquant une altercation. Plus tard, Aggie accepte de déjeuner avec Nile, qui juge son projet de livre actuel inintéressant et lui suggère d’écrire plutôt sur lui. Elle lui parle de la mort de Cooper et lui confie avoir un jour souhaité la mort de Teddy, car il avait échappé à la prison. En partant, ils aperçoivent Teddy non loin de là. Le soir même, l’agent du FBI Brian Abbott (David Lyons) rend visite à Aggie et la met en garde contre Nile. Elle apprend alors qu’Abbott a dirigé l’enquête sur la disparition de Madison. Le lendemain matin, Aggie apprend que Teddy est mort, apparemment par suicide.