Jupiter : Le Destin de l’univers (Jupiter Ascending), space opera écrit, réalisé et coproduit par les Wachowski, 2015. Avec Channing Tatum, Mila Kunis, Sean Bean, Eddie Redmayne et Douglas Booth.
Thèmes
Amour, service.
On sait le piètre accueil fait au long-métrage des réalisateurs du très remarquable Matrix (je parle toujours du premier volet, moins des deux autres et pas du tout du dernier…). Pourtant, il est loin d’être dénué de tout intérêt et de tout mérite.
- Certes, l’on sent tout de suite que les Wachowski n’ont pas fait leur deuil de la trilogie qui leur a valu un succès planétaire et rêvent de récidiver leur phénoménal chef d’œuvre. Mais ils regardent trop vers ce qui leur a valu cette réussite pour oser inventer du radicalement nouveau, dans le fond et dans la forme (par exemple, les combats spectaculaires).
Mais le problème principal est ailleurs : l’illisibilité de l’histoire. Les réalisateurs ont confondu le suspense avec le surprenant, le mystère avec l’obscurité – c’est tellement tentant ! Aussi ont-ils parié que les spectateurs accrocheraient suffisamment à la nouveauté constante (et, il faut le dire, créative) du début qu’ils auraient la patience d’attendre longtemps les explications qui ne manqueraient pas d’arriver tôt ou tard. D’où la conséquence ou plutôt les conséquences en cascade : nous commençons par mobiliser une bonne partie de notre énergie à retenir les scènes, les décors et les personnages pour les coordonner et deviner les motivations, détournant donc notre attention de ce qui pourrait nourrir heureusement notre émerveillement ; nous nous inquiétons (ou je m’inquiète seul) d’être largués et donc de ce qui est peut-être un déclassement (la nouvelle vague de SF ne s’adresserait-elle qu’aux générations Z et « petite poucette » ?) ; je finis par m’ennuyer ferme et m’attrister de ne pas savoir qui, dans les scènes d’action, est en train de l’emporter…
Ajoutons que la multiplication des scènes nocturnes, trop chargées et trop rapides ont perdu ce qui faisait le charme et la jouissance du premier Matrix (oui, je suis vraiment nostalgique !), à savoir la lisibilité diurne, plus, la chorégraphie que les films d’arts martiaux a enseignée à l’Occident.
- Mais passons de cette déprimante colonne débit à la réjouissante colonne crédit de ce film injustement boudé.
Les observateurs ont justement souligné la profuse créativité du monde subcréé des réalisateurs qui se trouvent être aussi les scénaristes et les producteurs. Même si l’on peut regretter que le budget ait été diminué de moitié, les univers sont riches, foisonnant et souvent très esthétiques (je songe en particulier à la surface polychrome et chatoyante de la grande planète gazeuse qui a donné son nom à l’héroïne). Passons la concession Star Wars-dépendante à ces xénomorphes que ne cèdent à la nécessaire diversité des peuples Alien qu’en concédant tout à la laideur.
Comme toujours, le plus capitvant réside dans l’intrigue et les personnages. Quelques choix psychologiques ou éthiques sont bienvenus.
Le bad guy (Balem) inaugure une forme inédite de perversion en se racontant l’histoire d’une humanité en surnombre qui doit être régulièrement sacrifiée pour ne pas succomber à son inflation démographique et y trouver un sens en servant au bien de populations « supérieures ». Dès lors, la décision que prend Jupiter de ne pas tuer le (très) méchant n’est pas seulement un refus d’identifier le justicier au super-vilain, mais une manière de conjurer sa problématique utilitariste et de la réfuter. Son ultime conversion le confirmera.
De son côté, en refusant la royauté, l’héroïne n’est pas tant misérabiliste ou anti-monarchiste que soucieuse de ne pas oublier que gouverner, c’est aussi servir. Aussi la dernière scène ne répète-t-elle la première en inclusion que matériellement. Alors que le pessimisme acédique de la première Jupiter lui faisait répéter : « Je déteste ma vie », la Jupiter renouvelée a désormais compris que la diakonie est la forme suprême de l’agapè – je traduis : « La charité est serviable » (1 Co 13,4) –, donc de la joie.
Enfin, comment ne pas se réjouir de ce que, en conjuguant, plus, en réconciliant aventure et amour, le scénario ne cède pas à l’inversion devenue si courante de la hiérarchie entre bien commun et bien privé ? Pour rappel, cette inversion est attestée peut-être en premier par le final de GoldenEye qui nous donne d’entendre l’atterrant échange entre les deux espions, l’un qui est devenu traître et donc méchant (tiens ! encore Sean Benn) et l’indéfectiblement fidèle 007 qui le tient par la main au-dessus du vide : « Alors, James, pour l’Angleterre ? », et la réponse de l’agent de sa très gracieuse Majesté : « Non, pour moi ! », c’est-à-dire pour ma vengeance. En effet, Jupiter refuse de subordonner le salut de sa famille à celui de toute la planète.
Plus encore, l’amour ici présent n’est pas seulement romantique, mais conjugal : les deux protagonistes principaux ont dû surmonter leur statut de solos farouchement opposés à l’engagement – doublé d’une histoire blessée répétant le schéma maternel du côté de Jupiter et le cloisonnement protecteur du côté de Caine – pour oser tenter l’aventure matrimoniale.
Pascal Ide
Résumé très ramassé de l’histoire
Le film raconte l’histoire de Jupiter Jones (Mila Kunis), une femme de ménage ordinaire insatisfaite de son travail et de sa vie, et de Caine Wise (Tatum), un guerrier interplanétaire génétiquement modifié, mi-humain, mi-canin qui, lui donnant un odorat extrêmement développé , lui permet de suivre la trace d’un gène à travers l’univers. Caine révèle à Jupiter que son destin s’étend au-delà de la Terre.
Résumé détaillé de l’histoire
La Terre et d’innombrables autres planètes furent créées par des familles de transhumains et de membres de la royauté extraterrestre afin d’exploiter les organismes résultants et de produire un sérum de jouvence perpétuel destiné aux élites d’autres planètes. Après la mort de la matriarche de la Maison d’Abrasax, la plus puissante des dynasties extraterrestres, ses enfants – Balem Abrasax (Eddie Redmayne), Kalique (Tuppence Middleton) et Titus (Douglas Booth) – se disputent l’héritage. Balem hérite du contrôle de l’empire commercial d’Abrasax, tandis que Kalique reçoit la planète Cerise et que Titus dépense son héritage dans un vaisseau spatial somptueux. Aucun d’eux ne porte le titre de Souverain d’Abrasax. Ils sont désignés respectivement Premier, Deuxième et Troisième Souverain.
Après la mort de Maximilian Jones lors d’un cambriolage, sa femme Aleksa (née Bolotnikov), rencontrée à Saint-Pétersbourg, en Russie, nomme leur fille Jupiter, en hommage à sa planète préférée, et ils s’installent à Chicago chez sa famille. Des années plus tard, Jupiter (Mila Kunis) gagne modestement sa vie comme gouvernante chez ses riches voisins. Désirant acquérir un télescope, elle accepte de vendre ses ovules et utilise le nom de son amie Katharine Dunlevy (Vanessa Kirby) comme pseudonyme. Chez Katharine, des extraterrestres, les « Gardiens », attaquent les deux femmes. Jupiter les photographie, mais ils effacent immédiatement la mémoire des deux femmes. Plus tard, alors qu’elle attend dans une clinique de don d’ovules, elle remarque l’étrange photo sur son téléphone, mais n’en a aucun souvenir. Pendant l’intervention, on découvre que les médecins et les infirmières sont des Gardiens envoyés pour la tuer, mais Caine Wise (Channing Tatum), un ancien soldat dépêché par Titus pour la lui amener, la sauve.
Tandis que Caine et Jupiter s’enfuient, une escouade de Gardiens détruit leur vaisseau spatial, mais il repousse l’attaque et les élimine avant de détourner l’un de leurs véhicules, comprenant que Jupiter doit être très importante pour Titus et Balem, qui se révèlent être les instigateurs de l’envoi des Gardiens sur Terre. Caine emmène Jupiter dans la cachette de Stinger Apini (Sean Bean), un autre ancien soldat exilé sur Terre. Après avoir appris qu’elle peut contrôler les abeilles dans la demeure de Stinger, Jupiter découvre qu’elle est de sang royal galactique. Stinger accepte de l’aider, mais elle est capturée par les chasseurs de Balem et soudoyée par Kalique pour qu’elle amène Jupiter à son alcazar sur Cerise. Là, Kalique explique que Jupiter est génétiquement identique à la défunte matriarche de la Maison d’Abrasax et qu’elle est donc la propriétaire légitime de la Terre.
Soutenu par le capitaine Diomika Tsing, de la police intergalactique Aegis, Caine récupère Jupiter auprès de Kalique et l’emmène sur Orous, la planète capitale, pour revendiquer son héritage de Souveraine d’Abrasax. Une fois son titre acquis, Jupiter prendrait le contrôle d’Abrasax Industries et détrônerait Balem de la Terre. Dans une nouvelle tentative pour attirer Jupiter à lui, Balem envoie Greeghan kidnapper sa famille. Sur le chemin du retour vers la Terre, les hommes de main de Titus capturent Jupiter et arrêtent Caine pour le punir de ne pas l’avoir ramenée. Titus révèle alors à Caine son plan : épouser Jupiter, la tuer et s’emparer de la Terre. Il le jette ensuite dans le vide spatial et tente de séduire Jupiter, déclarant son intention de démanteler le trafic de sérum de jouvence, dont la Terre est la prochaine source. Caine survit à son éjection dans l’espace et revient avec Stinger pour sauver Jupiter à l’autel avant son mariage. Jupiter demande à rentrer chez elle, mais apprend que sa famille est retenue en otage par Balem.
Dans sa raffinerie située au cœur de la Grande Tache Rouge, Balem exige la Terre en échange de la famille de Jupiter. Comprenant que Balem ne peut s’emparer de la Terre sans son consentement, Jupiter refuse. Caine infiltre la raffinerie et endommage sa coque gravitationnelle, provoquant son effondrement. Pendant que les occupants évacuent, le vaisseau de Tsing intervient et sauve la famille de Jupiter. Jupiter survit à l’effondrement, mais atterrit aux pieds de Balem, qui tente de la tuer. Elle le repousse avant qu’il ne chute mortellement. Caine la sauve alors que la raffinerie est sur le point de s’effondrer. Tsing ouvre un portail vers la Terre et se prépare à évacuer, risquant d’abandonner Caine et Jupiter. Soulagée de les voir survivre et franchir le portail avec son vaisseau, elle constate que la famille de Jupiter rentre chez elle sans aucun souvenir de sa disparition, tandis que Jupiter conserve secrètement la propriété de la Terre. Le grade de Caine dans la Légion est rétabli, et lui et Jupiter entament une relation.