Ray
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Pays:
américain
Thème (s):
Amour, Drogue, Guérison, Musique
Date de sortie:
23 février 2005
Durée:
2 heures 32 minutes
Directeur:
Taylor Hackford
Acteurs:
Jamie Foxx, Kerry Washington, Regina King
Age minimum:
Adolescents et adultes

Ray, biopic américain de Taylor Hackford, 2005. Avec Jamie Foxx, Kerry Washington, Regina King.

Thèmes

Musique, drogue, guérison, amour.

Nous avons vu la détestation de soi, ennemi du chemin de construction. Comment, en plein, s’édifie l’estime de soi ? Il se pose une difficulté de taille. D’un côté, l’homme a besoin d’être aimé inconditionnellement ; et ce besoin, loin d’être limité à l’enfance, s’étend à toute la vie ; se couper de la source n’est donc pas la solution. De l’autre côté, l’enveloppement d’amour risque de maintenir en posture régressive. Il n’y a qu’une seule manière d’éviter le double écueil de la rupture et de la fusion : intérioriser la source. C’est ce que montre Ray, qui raconte de manière romancée l’admirable histoire du grand jazzman américain Ray Sugar Robinson.

On connaît l’artiste génial qui, malgré sa cécité, s’est hissé, à force de travail et d’héroïsme, au sommet de la gloire. On connaît moins son histoire tourmentée : orphelin de père, élevé dans la misère et l’exclusion, culpabilisé d’avoir vu, très jeune, son frère Georges se noyer dans une bassine sans être intervenu. Et, malgré une reconnaissance de plus en plus large de ses talents, Ray est héroïnomane. Or, non seulement, il court le même risque que Will Hunting, celui de gâcher, voire de détruire ses talents, mais il fait terriblement souffrir son entourage. Pris alors qu’il portait de la drogue, il est emprisonné et contraint de faire une cure de désintoxication. Il finit par accepter. Nous le retrouvons, dans la longue scène finale qui commence avec son médecin traitant, le Dr. Ed Hacker (la scène se déroule de 2 h. 14 mn. 45 sec. à 2 h. 19 mn. 0 sec.).

Pour que toute poursuite judiciaire cesse et parce que le seul traitement médical ne suffit pas, le médecin exige que Ray suive une psychothérapie. Celui-ci essaie de pactiser, jouant la séduction. Si souvent, nous nous dérobons à ces moyens humains, pourtant nécessaires, au fond parce que nous avons peur de nous affronter à nos démons. Mais le psychiatre ne se laisse pas manipuler : « Monsieur Charles, vous êtes loin d’être la première célébrité droguée que j’ai soignée ». Or, juste avant, Hacker pose une question sans préavis : « Qui est George ? » Alors que Ray ne tient jamais en place, en proie au prurit du junkie, il se fige soudain, silencieux. Son visage traduit une inquiétude profonde. Que se passe-t-il ?

Décidément non manipulable, le psychiatre laisse Ray seul avec la question, dans une pièce aussi vide que la solitude intérieure, abyssale, du musicien. D’un geste brutal, d’une violence qui vient de loin, il renverse la table face à lui, se lève, butte et chute… dans l’eau.

En touchant celle-ci, Ray hoquette d’angoisse et ce sentiment l’étouffe tellement que, loin de se relever, il avance à quatre pattes. Ses mains buttent sur une bassine, sur la bassine. Nous pressentons que cette humble marche le conduit vers la lumière… Mais, avant que celle-ci brille, Ray va devoir toucher et entendre. Toucher l’eau de la bassine, agiter le contenu de manière compulsive, en haletant, à la recherche de ce frère disparu qui manque toujours. Entendre sa voix l’appeler : « Ray ! » Mais, soudain, une autre voix se superpose : « Il n’est pas là ! » Bien que féminine, cette voix a l’autorité d’un père.

Ray est si impressionné que, pour la première fois, nous le voyons ôter ses lunettes. Il voit sa mère assise (l’autorité), habillée en jaune et blanc (la lumière) et lui dire : « Je fais partie de toi. Et même toute cette dope ne l’empêchera pas ». La première phrase énonce le principe d’intériorisation. Et elle est d’une telle importance que, à peine entendue, Ray se lève. Cette parole le met debout. Le verbe grec égéiren ne signifie-t-il pas à la fois « se lever » et « ressusciter » ?

Sa mère continue : certes, « tu es allé plus loin que je n’ai jamais rêvé. Mais tu es quand même devenu un infirme ». Ray baisse la tête. La tristesse creuse des sillons dans son visage. Mais, on le sait, sans la chaleur de l’amour inconditionnel, la vérité n’est qu’une lumière froide. Aussi sa maman ajoute : « Approche, bébé » et elle l’entoure de ses bras. Ray se met alors à pleurer à chaudes larmes. Enfin. Mais quelle parole pourra le consoler de sa tristesse ? Une douce voix d’enfant retentit à nouveau : « Ray ! » Apparaît le visage de Georges, le regard intense. Et il prononce, yeux dans les yeux, les mots qui délivrent Ray de sa culpabilité : « C’était pas de ta faute ! »

Après ce rêve résolutoire plus vrai que le réel et un résumé du tourbillon de gloire que furent les quarante prochaines années d’ « un des artistes les plus aimés du monde », nous le retrouvons dans sa terre natale tant aimée de Géorgie. L’Etat qui l’avait banni à vie, voici 18 ans, lui fait aujourd’hui une standing ovation.

Mais le moment le plus important est ailleurs : « Ce serait beau si ta maman était là », murmure Emma, son épouse. Réponse de Ray qui fait écho au « Je fais partie de toi » : « Elle est là ! Elle ne m’a jamais quitté ! » Puis l’on voit une photo montrant la mère de Ray qui, pour la première fois, le tient dans ses bras : non seulement le passé est contemporain du présent, mais ce passé fondateur est celui de la mère enveloppante. Son amour inconditionnel est la source que Ray a intériorisé et n’a jamais cessé de le faire vivre. Enfin, l’on entend en voix off, le fruit libre de cet amour approprié, le choix, aussi simple que décisif : « Ray a tenu parole. Il n’a jamais repris d’héroïne ». La source est pour le fleuve et le fleuve pour la mer.

Pascal Ide

Ray Charles, c’est d’abord un mythe : cinq décennies de succès, une carrière musicale exceptionnellement riche, féconde et diverse, émaillée de dizaines de classiques qui ont fait le tour du monde et inspiré des générations de jeunes artistes. Mais derrière cette image légendaire se profile l’histoire émouvante, méconnue, d’une vie, l’itinéraire d’un homme qui réussit à surmonter ses handicaps et ses drames personnels.

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