Lara Croft Tomb Raider. Le berceau de la vie
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Pays:
Américain, Britannique, Japonais, Allemand
Année:
2003
Thème (s):
Justicier, Morale, Puissance
Durée:
1 heures 57 minutes
Évaluation:
***
Directeur:
Jan de Bont
Acteurs:
Angelina Jolie, Gerard Butler, Djimon Hounsou
Age minimum:
Adolescents et adultes

 

 

Lara Croft Tomb Raider. Le berceau de la vie, film d’aventures américain de Jan de Bont, 2003. Avec Angelina Jolie, Gerard Butler, Djimon Hounsou.

Thèmes

Puissance, morale, justicier.

    ab title= »Critique longue » tab_id= »1417642379-2-33″]

    Disons-le sans détour, voire à la hussarde : le récit ne présente guère d’intérêt ; répétons ce que disait l’introduction, le voisinage de grands films comme ceux de Rohmer ne signifie en rien une parenté dans la profondeur. Certes, depuis le premier épisode de la série, la trame narrative s’est enrichie (sans grande difficulté : le précédent tournait autour de trois scènes centrales spectaculaires vaguement reliées par des scènes de remplissage !), les personnages se sont multipliés et épaissis ; bref, on est sorti du rythme game-boy pour accéder à une plus grande rigueur narrative. Pour autant, le récit échappe encore difficilement à la logique, proche de l’incohérence, du « copier-coller ». On peut le regretter : la double figure de la boule et de la boîte, le contraste de la lumière et de la musique, l’opposition encore plus forte du berceau de la vie avec la boîte de la mort qui le contient, autant de symboliques qui, exploitées, auraient pu donner de l’épaisseur au récit. Seulement, il aurait fallu que ces multiples idées heureuses soient ressaisies dans un récit qui leur aurait donné une signification en les intégrant dans une narration unifiée. Comme trop de blockbusters américains, le film demeure un prétexte pour une succession de scènes spectaculaires qui sont autant de sacrifices du symbolique à l’imaginaire, donc de l’unité supérieure qui fait sens au multiple dispersé qui plaît aux sens (seuls). De plus, si l’intrigue est souvent ingénieuse, il demeure que la fin est invariablement la même : le monde sera sauvé, de justesse, le méchant sera puni, cruellement, et la belle héroïne s’en sortira, à peine égratignée. Les obstacles se multiplient, Lara risque sa vie à de multiples reprises ; mais comment trembler, quand on sait que cette existence demeure intouchable ? Le spectateur hérite de la toute-puissance de l’aventurière, donc de son insensibilité.

    Le problème – et l’intérêt – est ailleurs et touche directement le sujet de ce livre. Posons-le sous la forme d’une question : quel homme ne rêverait d’épouser une femme jeune, intelligente, cultivée, autonome, voire volontaire, belle, riche, autant d’adjectifs qui peuvent être dopés d’un « très » sans exagération ? J’oubliais : célibataire. Cette rare créature existe : elle s’appelle Lady Lara Croft. Mais la question est en réalité inverse : Lara veut-elle rencontrer l’autre ? Voire, le peut-elle ? La réponse n’est pas si simple qu’il y paraît.

    Pour trois raisons, narrative, psychologique, mythologique, Lara Croft ne rencontre pas l’homme. Elle n’a cependant pas fermé toutes les portes. Reprenons brièvement le triple point de vue.

    Tout d’abord, le film ne nie pas toute évolution chez Lara. C’est ce qu’atteste la différence, somme toute éloquente, entre l’une de ses premières phrases – « Tout ce qui est égaré est appelé à être retrouvé », concernant la boule – et sa toute dernière – « Il est parfois des choses qu’il vaut mieux ne pas retrouver ». Une telle inclusion ne saurait être involontaire. Or, autant la première phase dit la toute-puissance, autant la dernière exprime un consentement à la finitude. À la remarque : « Cela ne t’arrive jamais de faire dans la simplicité ? », la réplique redoublée est qu’elle veut étonner son compagnon, donc le séduire. Se ménage-t-il ici une ébauche d’entrée dans la relation ? Même vite enfouie, la réponse constitue une promesse de rencontre.

    Par ailleurs, Lara l’omnipotente apparaît comme un être vulnérable et attachant. Un psychiatre aurait beau jeu de soupçonner un versant hystérique : la jeune femme éveille le désir ; puis, pour peu que la conquête souhaite passer de la promesse à son accomplissement, elle fait comprendre de la manière la plus claire que le mandant s’est leurré sur ses intentions. Et il n’est pas besoin d’avoir lu Freud pour s’interroger sur la figure paternelle d’autant plus investie et idéalisée qu’elle est disparue et ne craint plus la rivalité : qui remplacera ce père si aimé ? Si l’héroïne se jette à corps perdu dans l’existence, au risque de perdre son corps, c’est que le seul être tendrement chéri a été perdu, corps et biens.

    Enfin, Lara Croft ne se réduit pas à la figure d’Athéna. La femme qui, dans la mythologie, a ouvert la boîte de Pandore est celle qui, dans le film, s’y refuse – non sans avoir été tentée – et sauve ainsi l’humanité. Or, être donnée à tous est une vocation à part entière. Lara ne fait-elle pas partie de ces figures messianiques, inventées par Marvel, qui fourmillent aujourd’hui (de Batman à Superman en passant par Spiderman et Daredevil) et dont le renoncement à la relation exclusive permet la disponibilité à tous ? Une nouvelle fois, la perte est féconde.

    Pascal Ide

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