La Bataille de Gaulle 2. J’écris ton nom
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Pays:
Français
Thème (s):
Guerre, Morale, Politique
Date de sortie:
26 juin 2026
Durée:
2 heures 40 minutes
Évaluation:
***
Directeur:
Antonin Baudry
Acteurs:
Simon Abkarian, Niels Schneider, Anamaria Vartolomei
Age minimum:
Adolescents et adultes

La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom, biopic français co-écrit et réalisé par Antonin Baudry, 2026. Il s’agit de la suite du film La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer et la deuxième partie du diptyque, consacré aux années 1943-1944. Adapté de l’ouvrage de Julian T. Jackson, De Gaulle : une certaine idée de la France, (trad. Marie-Anne de Béru, Paris, Seuil, 2019). Avec Simon Abkarian, Niels Schneider, Simon Russell Beale, Anamaria Vartolomei, Thierry Lhermitte.

Thèmes

France, guerre, morale, politique.

Comme le premier volet (tout proche) et peut-être plus encore, le spectateur pourra être agacé par quelques parti-pris. Mais autant que le premier, il sera sans doute saisi par la grandeur d’un homme qui a fait la grandeur de son pays.

 

  1. Passons brièvement sur le premier point. Pourquoi emprunter à Paul Éluard non seulement le titre du film, mais la longue citation finale ? Certes, le poème Liberté, paru clandestinement en 1942, est un appel à la résistance. Mais pourquoi avoir préféré les paroles moins connues d’un poète communiste à celles d’un de Gaulle qui ne l’était assurément pas, paroles fameuses entre toutes qui ont salué la libération de la capitale et donc plus conformes à l’objet même de cet épisode ? Pourquoi nous infliger en direct les scènes atroces de torture de l’héroïque Jean Moulin, alias « Rex », ajoutant l’horreur à la colère ? Pourquoi sombrer dans le manichéisme entre méchants vichyssois et bons résistants, sans indulgence pour l’histoire ni compassion pour une période troublée par les conflits de loyauté et pas seulement compromise par les tendances à la lâcheté et un irrecevable antisémitisme ? Depuis les origines, l’Église se méfie de ces montanistes et de ces cathares qui jugent avec intransigeance les plus faibles et les plus aveuglés au point de leur refuser le salut.

 

  1. Mais ne boudons pas notre plaisir qui tient autant au grand spectacle qu’aux grands hommes et à la grande histoire.

Si le premier volet faisait connaître la triste figure de Darlan, ce deuxième se centre sur l’heureuse figure de celui qui se fera appeler « Leclerc ». Son personnage ressort grand vainqueur du film, comme sa personne l’a été de la bataille Ksar Ghilane et de celle pour la libération de Paris. Selon sa sensibilité, le spectateur vibrera au militaire qui se tient debout, impavide, alors que les bombes explosent autour de lui et que le tirs se font toujours plus ajustés ; à l’homme qui, avec compassion, prend soin des blessés et les fait évacuer, puis, avec héroïsme, demeure au milieu des derniers soldats et se bat jusqu’au dernier souffle face à un ennemi largement supérieur en nombre et en armes ; ou bien le transgressif presque compulsif qui, en désobéissant au général Montgomery (Pip Torrens), et donc, à travers lui, à rien moins que le général Eisenhower (Daniel Betts) en personne, c’est-à-dire au commandant en chef du Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force (les forces alliées), loin d’être un anarchiste réactif, épouse l’esprit de la loi contre la lettre et, par cet édifiant exemple d’épikie, va ainsi libérer Paris du joug allemand.

Ce deuxième volet fait aussi découvrir (ou redécouvrir) un fragment peu connu de notre histoire nationale, de nouveau centré sur l’Afrique et nos colonies (ah ! les tirailleurs sénégalais qui sont ici mieux honorés qu’un récent film auto-flagellateur, plus inspiré par les postcolonial studies que par la vérité complexe de l’histoire). Or, comme souvent, derrière la grande histoire se cache un grand homme. On découvre en effet que De Gaulle, que l’on croyait enfin reconnu par les Alliés, demeure isolé et désarmé (que peuvent les 13 000 soldats de la France libre contre les 400 000 mobilisés par la France de Vichy ?). Pire, il est trahi par un Roosevelt qui planifie de manière volontariste et violente une reconfiguration de l’Europe occidentale où la France sort amputée d’un tiers de son territoire au nom d’une artificielle « grande Wallonie ». Si De Gaulle s’y refuse avec la dernière vigueur, c’est au nom, certes de son patriotisme, mais aussi d’un sens de l’histoire qui lui a montré qu’une telle humiliation ne pourrait conduire qu’à une réaction vengeresse préparant une troisième Guerre mondiale, comme celle de l’Allemagne a fomenté la Deuxième.

Enfin, et c’est pour moi la leçon la plus précieuse, le film continue à illustrer deux manières de faire la guerre qui sont d’abord deux visions de la politique : pragmatique et éthique. Une telle opposition, faut-il le préciser ?, me semble autrement plus riche de sens que l’opposition polaire évoquée ci-dessus entre gauchisme et droitisme. Nous voulons parler, bien évidemment, de l’opposition incarnée par Churchill et De Gaulle. Avec une résolution inébranlable et une lucidité sans compromis, tous deux poursuivent un même objectif : la disparition de l’ennemi, Hitler, et donc la fin de la guerre. Toutefois, les moyens mis en œuvre diffèrent du tout au tout.

Sans compromis avec l’adversaire, le premier ministre britannique est aussi sans état d’âme sur les moyens efficaces pour arriver à ses buts – y compris vassaliser l’Europe et, avec elle, la France. Il sera ainsi conduit à se rapprocher des États-Unis au point d’exprimer que, à choisir entre le Nouveau et le Vieux continent, il se désolidariserait de celui-ci.

S’il défend farouchement la valeur de son pays, le chef de la France libre, lui, se refuse à se commettre et à se compromettre avec un gouvernement qui a cédé au nazisme et, avec lui, à son antisémitisme. Or, l’un des mérites du film est de montrer que l’intransigeance morale du général n’est pas l’effet d’un égo surdimensionné, de cette posture hautaine jusqu’à paraître inhumaine, ou d’une insensibilité qui n’est en réalité qu’une vulnérabilité constamment maîtrisée, mais le fruit d’une politique lucide, puissante et intégratrice qui sait joindre les idéaux les plus élevés (la souveraineté de la France qui jamais ne cède moralement au nom de prétendus intérêts supérieurs) aux considérations les plus concrètes. En cela, le général De Gaulle ne se sépare pas seulement de ses homologues anglophones, mais du général Giraud qui, en concédant tout à Roosevelt, sacrifie l’âme de son pays en lui cédant son corps. Or, car c’est de cela qu’il s’agit, cette âme ou cet esprit qui vivifie le corps du peuple français ne peut être perçu adéquatement que par un regard supérieur – cette supériorité n’étant pas celle de la superbe surplombant le « crotté » et le « sans grade », mais celle, redisons-le, d’un regard ou plutôt d’une vision. Précisément, d’une vision spirituelle de la France et de son histoire sur la longue durée (nous entendrons De Gaulle citer deux fois Jeanne d’Arc et nous le verrons aussi à deux reprises abîmé dans la lecture de ses classiques, incarnés dans lesdits « classiques Garnier » ! Un seul regret : nous ne le verrons ni prier ni se réjouir en famille comme dans le premier volet.

Comment enfin ne pas admirer que cet homme à nouveau isolé tienne (malgré l’adversité récidivante et croissante), contienne (sa peur comme son découragement) et maintienne (le cap malgré les avis contraires apparemment prudents) ?

 

Comment dès lors ne pas se réjouir que, à l’issue du film, la salle parisienne si souvent individualiste et froide ait salué le film par des applaudissements nourris et enthousiastes !

Pascal Ide

Le film suit le parcours du général de Gaulle (Simon Abkarian) pendant la Seconde Guerre mondiale pour se faire reconnaître comme le représentant de la France libre, et notamment sa lutte politique avec le général Giraud (Thierry Lhermitte) en Afrique française ainsi que ses relations tendues avec le président américain Franklin Delano Roosevelt (Campbell Scott) et moins ses démêlées avec Winston Churchill (Simon Russell Beale).

Le film décrit également différents épisodes historiques de la guerre du Désert, notamment la bataille de Ksar Ghilane menée par le général gaulliste Philippe Leclerc de Hauteclocque, plus connu sous le nom de général Leclerc (Niels Schneider), ainsi que l’unification de la Résistance française par Jean Moulin (Félix Kysyl), jusqu’à la Libération de Paris.

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