Doute
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Pays:
Américain
Thème (s):
Discernement, Doute, Laxisme, Loi, Rigorisme
Date de sortie:
11 février 2009
Durée:
1 heures 45 minutes
Évaluation:
***
Directeur:
John Patrick Shanley
Acteurs:
Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Viola Davis
Age minimum:
Adolescents et adultes

Doute (Doubt), drame américain écrit et réalisé par John Patrick Shanley, 2008. Avec Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Viola Davis.

Thèmes

Doute, loi, laxisme, rigorisme, discernement.

Si le film de John Patrick Shanley est troublant parce qu’il est trouble, il invite à une réflexion en profondeur sur le doute, théorique et pratique.

 

  1. Le doute a le mérite et le courage de montrer le danger d’une trop grande certitude. Et cela, chez deux personnalités qui sont aussi des types représentant des écosystèmes ecclésiaux, types dont l’un se définir lui-même comme progressiste, ce qui fait de l’autre un conservateur.

D’un côté, avec sœur Aloysius (belle composition de Meryl Streep, capable d’épouser les rôles les plus divers !), la rigueur jusqu’à la rigidité, l’ascèse jusqu’au jansénisme et, pour le sujet qui nous concerne, la suspicion jusqu’à la transgression (par exemple, la religieuse ment, manipule la mère de David).

De l’autre, avec le père Brendan, la bienveillance jusqu’à la mollesse, la tolérance jusqu’au laxisme et, toujours pour notre propos, l’auto-justification jusqu’à la posture hors-la-loi.

Bref, nous oscillons entre excès et défaut de la loi, nous rappelant que le défaut conduit à l’anarchie et que, symétriquement, le sommet de la loi (summa lex) s’identifie au sommet de l’injustice (summa injuria).

 

  1. Écartons une fausse interprétation. Les deux protagonistes sont des tempéraments forts (expression qui, au fond, ne veut pas dire grand chose, car l’adjectif englobe autant le plus caractériel, c’est-à-dire le plus désobéissant, que le plus saint comme cette âme de feu qu’était le converti du chemin de Damas !) et peu influençables, qui tracent leur chemin en faisant ce qu’ils veulent (par contre, au sens noble et non capricieux du dernier verbe). Cependant, ils ne semblent pas incapables de changer, au moins pour une part : au terme, la religieuse reconnaît être assaillie par des doutes ; le prêtre cède et quittera l’école. Non sans une nuance paradoxale. Alors qu’on croit percevoir une préférence du scénariste et réalisateur pour l’ouverture et la bonté du personnage masculin, le protagoniste qui évolue le plus est la religieuse, puisque, dans une inclusion volontaire, elle rejoint au terme par expérience (par connaissance réelle) ce qu’elle a entendu au début en théorie (par connaissance notionnelle) : le doute.

 

  1. Le film serait un désespérant apologue du scepticisme et une concession lassante à l’esprit du temps (rappelons-nous l’homélie de Ralph Fiennes dans le film Conclave), s’il n’invitait à réfléchir et ne proposait une figure plus équilibrée que ces extrêmes.

Le doute n’est pas gagnant, déjà si l’on prend conscience de ce que les deux postures symétriques dévalorisent jusqu’à l’oublier. En effet, d’une part, Sœur Aloysius a le culte de la norme, donc de l’universel, jusqu’au déni des faits. Poussée dans ses retranchements, elle reconnaît d’ailleurs elle-même que son soupçon ne se fonde que sur des indices, tous ambivalents et que son dernier argument se réduit à une conviction intime aussi assurée qu’indémontrable. D’autre part, le père Brendan a le souci du bien-être, notamment du plus exclu (David, black et gay), jusqu’à nier l’objectivité de la loi en son universalité et jusqu’à conseiller imprudemment (comme cette invitation lancée à la toute jeune fille de déclarer son amour).

Or, heureusement, le film donne place à des figures plus nuancées. Tel est le cas de la mère de David, admirablement jouée par cette actrice trop peu vue, Viola Davis (que l’on a notamment admirée dans La couleur des sentiments). Mais, prise, plus, broyée entre ses multiples peurs (la perte de son travail, la violence de son mari, le renvoi de David hors de l’établissement) et l’amour inconditionnel de son fils, elle n’a pas le recul et la liberté pour poser le juste discernement. Excessive, la passion aveugle la raison.

Dans cette situation inconfortable et ce conflit de loyautés, sœur James est la seule à ne pas céder au simplisme marmoréen des réponses unilatérales. Elle demande à s’éloigner afin de prendre soin de son frère, mais sans doute aussi pour y voir plus clair. Et, quand elle revient, elle sait, dans un équilibre rare, à la fois s’opposer courageusement à l’intransigeance de sa supérieure et lui manifester obéissance, écoute et compassion. Sœur Aloysius ne s’y trompe d’ailleurs pas qui la prend pour confidente de ses doutes. Dans l’autre sens, sœur James, que séduit l’attitude miséricordieuse du prêtre sait aussi garder son jugement vis-à-vis de ses zones d’ombre.

 

Je ne peux assurément pas être en accord avec le tropisme du film pour ce prêtre au comportement beaucoup trop autojustifié (sans rien dire d’un évêque qui est au minimum dramatiquement absent et au maximum complice). Mais, vu avec recul, il est une invitation à d’abord douter de ses certitudes (non pas tant fausses qu’unilatérales), pour ensuite douter de ses doutes, quand ils conduisent au scepticisme et, pire, à la dureté injuste. Et enfin sortir vers la lumière selon la double règle de vérité pratique qui conjugue celle des faits (en leur singularité) et celle des normes (en leur universalité).

Pascal Ide

En 1964, dans une église catholique du Bronx, le père Brendan Flynn (Philip Seymour Hoffman) prêche sur le doute. Le lendemain soir, sœur Aloysius (Meryl Streep), directrice de l’école catholique de Saint-Nicolas, liée à l’église, parle du sermon avec les autres religieuses des sœurs de la Charité de New York et demande ce qu’elles pensent du sujet du sermon, voire si le père Flynn a des doutes.

Car tout oppose sœur Aloysius, qui dirige de main de maître l’établissement, croyant dur comme fer à l’ordre, la rigueur et l’intimidation, dans une époque troublée, et le père Flynn, prêtre de la paroisse et entraîneur de l’équipe de basket-ball, qui sent que le vent a tourné et que les mentalités ont évolué et inspire la sympathie, notamment aux enfants.

Un jour, sœur James (Amy Adams), jeune enseignante d’histoire, apprend à sœur Aloysius que Flynn porte un intérêt trop marqué à Donald Miller (Joseph Foster), jeune garçon afro-américain de 12 ans qui est le premier élève noir à entrer à Saint-Nicolas. Sœur James rapporte que le père Flynn a reçu Donald seul et que celui-ci sentait l’alcool à son retour en classe. La directrice soupçonne le prêtre de vouloir séduire l’enfant. Le prêtre ne dépendant pas d’elle d’un point de vue hiérarchique, sœur Aloysius organise une entrevue en présence de sœur James. Le père Flynn explique avoir protégé Donald qui avait bu du vin de messe et ne devrait plus pouvoir servir la messe. Sœur James est satisfaite de ces explications qui ne convainquent pas la directrice. Celle-ci après avoir reçu la mère de Donald (Viola Davis) entreprend de faire démissionner le prêtre en évoquant son passé dans de précédentes paroisses pour pouvoir assurer la continuité du suivi de l’enfant qui en sortant de cette école pourra avoir une bonne scolarité ce qui n’était pas du tout courant dans les années 1960. Flynn se défend en disant notre impuissance à comprendre vraiment ce que l’on est mais il cède à l’évocation de son passé ce qui pour sœur Aloysius représente un aveu de sa culpabilité. Il part pour devenir curé et directeur d’une autre école, ce qui représente une promotion bien que sœur Aloysius ait prévenu l’évêque des raisons de la demande de mutation du père Flynn.

Sœur James, toujours convaincue de l’innocence de Flynn, se sent très mal vis-à-vis de la conclusion de l’affaire. Elle confie à sœur Aloysius son regret de ne pas être comme elle, persuadée de la culpabilité de Flynn. Contre toute attente, sœur Aloysius qui semblait ne douter de rien aux yeux de la jeune sœur fait alors part de ses propres questionnements et du doute qui ne l’épargne pas non plus, mais un doute existentiel dépassant les faits auxquels elle disait pourtant vouloir s’en tenir : elle révèle qu’elle a menti en disant qu’elle avait contacté une religieuse de l’ancienne paroisse de Flynn et explique que si c’était faux, la ruse n’aurait pas fonctionné. Pour elle, sa démission est la preuve de sa culpabilité. Sœur James, qui croit toujours à l’innocence de Flynn, est choquée par son mensonge, mais Aloysius réitère : « Dans la poursuite du mal, on s’éloigne de Dieu ». Cependant, elle ajoute que cela a un prix. Elle s’exclame alors en larmes : « J’ai des doutes… J’ai tellement de doutes ! ».

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