La Réparation
Loading...
Pays:
Français
Thème (s):
Personnalité Narcissique, Relation père-fille, Secret de famille
Date de sortie:
16 avril 2025
Durée:
1 heures 44 minutes
Évaluation:
**
Directeur:
Régis Wargnier
Acteurs:
Julia de Nunez, Clovis Cornillac, Julien de Saint Jean
Age minimum:
Adolescents et adultes

La réparation, drame français de Régis Wargnier, 2025. Avec Julia de Nunez, Clovis Cornillac, Julien de Saint Jean.

Thèmes

Relation père-fille, secret de famille, personnalité narcissique.

L’étrange histoire humaine que raconte le dernier film de Régis Wargnier paraît, au terme, être étrange à l’humanité elle-même.

 

  1. Détonnant avec les autres films de l’auteur (pour en rester aux deux plus célèbres, qui sont des romances dramatiques : Indochine, 1991 ; Est-Ouest, 1999), La réparation commence, très lentement, comme une histoire familiale. Il multiplie les conflits de loyauté, les double binds (injonctions contradictoires) et les rivalités mimétiques (un régal pour le psychologue). Sans être la seule à les vivre, la fille condense toute les difficultés : entre ses deux amants et amis ; entre son véritable amant et son père ; entre son amour du métier et son besoin de faire autre chose ou tout simplement de partir ; entre son réel talent multiplié par la compétence acquise et le désir d’explorer d’autres parties d’elle-même ; etc.

 

  1. Puis, brutalement, le soir de la troisième étoile Michelin, le film se transforme en un thriller. Saisi, le spectateur se demande réellement ce que sont devenus le père et l’amant prohibé. De fait, comme il s’agit d’une partie de chasse, toutes les possibilités, y compris les plus tragiques, sont ouvertes. Mais, alors qu’il prenait tout son temps dans la première partie au risque d’ennuyer son spectateur, Régis Wargnier devient soudain étrangement pressé. Dans un cut incompréhensibe, il passe du soir de la disparition à l’enquête quinze jours plus tard. Dans un second cut tout aussi peu intelligible, il passe du deuil à ce qu’est devenue Clara deux ans plus tard. Interdisant la première fois d’entrer dans la tristesse de la séparation et la deuxième dans une rage de l’investigation. Cependant, une fois arrivés à Taipéi, nous devinons très vite la présence d’au moins l’un des deux disparus, ce qui déflore largement le suspense.

 

  1. S’ouvre alors à Taïwan la troisième partie du film qui, renouant avec le drame, justifie son titre. À partir de deux réflexions. Celle, trop transparente, de l’amant occidental : « Je cherche comment réparer ». Celle, trop stoïque, de l’amoureux (encore un autre) oriental : « Le silence, c’est laisser une porte ouverte ».

 

On le voit donc, de scénaristiquement chaotique, le film devient psychologiquement dérangé et éthiquement dérangeant. La première question est centrée sur cette fille si indécise, la deuxième sur ce père si tyrannique et la troisième sur cet amant si culpabilisé. L’explication psycho-éthique qui est donnée de ces attitudes, à savoir la fuite, est-elle crédible ? En effet, passé le premier geste, impulsif, de retrait, vient le second, réflexif. La seule solution raisonnable, corroborée par les faits et un témoin n’est-elle pas la mort par chute ?

Surtout, remettons en question ce que le film, lui, veut mettre en scène : la réparation. En effet, celle-ci est un acte complexe : éthiquement, elle est l’action de la justice par laquelle un préjudice est compensé ; psychologiquement, elle est l’action compulstive de celui qui n’en finit pas de payer une dette imaginaire ; spirituellement, elle est l’acte d’amour par excellence qui répond à la faute par le surcroît du pardon [1].

Or, tout le film veut faire croire que nous oscillons entre la première et la troisième conceptions de la réparation, alors que nous sommes enfermés dans la deuxième. D’abord, l’amant n’est en rien coupable de ce qui n’est qu’un accident. Ensuite, il est d’autant moins responsable du silence que le père fait régner la terreur par son hypercontrôle culpabilisant, ses colères paralysantes et son gouvernement dictatorial. Disons plus, faisant de son histoire de résilient la justification et la mesure paradoxale de tous ses excès, Paskal Jankovski étouffe tout le monde de son narcissisme envahissant, sa fille la première : témoin obligé de son (réel) génie culinaire, elle a tellement intériorisé ses paroles qu’elle est transie de honte et d’angoisse.

Enfin, la solution à tout ce micmac destructeur qu’a trouvée le cinéaste est la pire de toutes : le silence qui confirme l’omertà familiale, l’ignorance sur une vérité dorénavant connue, l’illusion couverte par le journaliste gastronomique, la perpétuation du secret de famille, dans la passion du prodige chinois qui est aussi divisé que la jeune femme (aime-t-il la fille de Jankovski ou Clara ?), le sacrifice expiatoire de l’amant qui n’a pas d’autre issue que de répéter le génie du père intouché.

 

Comme souvent, le réalisateur est fasciné par une femme qui devient le centre de son film. Ici, on l’a compris, il s’agit de Clara, qui fut révélée par son rôle de Brigitte Bardot dans la mini-série télévisée éponyme (1 saison, 6 épisodes, Danièle et Christopher Thompson, 2023). Celle qui ouvre et clôt longuement le long-métrage est de tous les plans et finalement investie romantiquement comme la Dame d’un conte courtois – le narcissisme (sa première réaction n’est-elle pas : « Je ne savais pas si tu m’aimais » ?) et la figure paternelle (qui est aussi idolâtrée que la femme était adorée dans les films romantique) en plus. Décidément, nous ne sortons pas du triangle amoureux. Sauf que, en nous dupant, le cinéaste semble se duper lui-même.

Pascal Ide

[1] Cf. Pascal Ide, « Approches psychologiques de la réparation. Pierres d’attente pour la spiritualité du Sacré-Cœur ? », Louis-Pierre Dupont (éd.), Réparer l’irréparable, Colloque de Rome, 1er au 5 mai 2024, Paris, Éd. de l’Emmanuel, 2025, p. 175-205.

Paskal Jankovski (Clovis Cornillac) est un chef cuisinier qui va bientôt recevoir sa troisième étoile au guide Michelin. Mais il disparaît corps et biens avec son principal collaborateur, lors d’une partie de chasse. Sa fille Clara (Julia de Nunez), jeune adulte et compagne de Antoine (Julien de Saint Jean), celui qui secondait son père au restaurant, tente de prendre leur succession…

[/vc_c

Les commentaires sont fermés.