L’agenouillement et prosternation est le signe de l’adoration de Dieu.
1) Le Magistère
De nombreux Pères mentionnent une coutume aujourd’hui tombée en désuétude, mais riche d’enseignement. Elle fait l’objet d’un canon du concile de Nicée, en 325 : on s’agenouille, pendant l’année liturgique, spécialement aux temps de jeûne et de pénitence, mais, le dimanche et pendant le temps pascal, on prie debout, à cause de la résurrection : « Comme quelques-uns plient le genou le dimanche et au jour de la Pentecôte, le saint concile a décidé que, pour observer une règle uniforme, tous devraient adresser leurs prières à Dieu en restant debout ces jours-là [1] ».
Saint Basile explique : « Chaque fois que nous fléchissons les genoux, et que nous nous redressons, nous montrons en acte que le péché nous a jetés à terre et que l’amour de notre Créateur pour les hommes nous a rappelés au ciel [2] ».
2) La Tradition
Une des traditions les plus anciennes est celle qui concerne l’apôtre Jacques le Mineur, frère, c’est-à-dire parent, du Seigneur (Mt 3,18 ; 15,40), qui mourut évêque de Jérusalem [3]. Eusèbe de Césarée, dans sa grande Histoire de l’Église, cite saint Hégésippe au II° siècle, d’après lequel Jacques le Mineur « entrait seul dans le Temple de Jérusalem et s’y tenait à genoux, si bien que ses genoux s’étaient endurcis comme ceux d’un chameau, car il était toujours à genoux, adorant Dieu et demandant pardon pour le peuple [4] » (56).
Eusèbe de Césarée nous apporte une autre preuve que l’agenouillement est une façon de prier spécifiquement chrétienne, et traditionnelle. Des soldats chrétiens, de la légion appelée Mélitène, empêchés de combattre par la soif intense qui les étreignait, prièrent Dieu. « Ils mirent le genou en terre, conformément à notre manière familière de prier, et adressèrent à Dieu des supplications ». La pluie vient aussitôt, abondante, tandis qu’un violent orage met l’ennemi en fuite [5].
Saint François de Sales, dans un sermon, fait une allusion à un ermite du désert, nommé Paul, qui fut trouvé mort dans l’attitude de la prière à genoux, en sorte que « même le cadavre du saint homme, par cette attitude, continuait à prier le Dieu pour qui tout vit [6] ».
3) L’exemple des Saints
a) Le saint curé d’Ars
Avant de célébrer le saint sacrifice, le saint curé d’Ars, nous disent les témoins de sa vie, « à genoux sur les dalles du chœur, restait immobile, les mains jointes, les yeux fixés sur le tabernacle. Rien n’était alors capable de le distraire [7] ».
Cependant E. Bertaud précise : « Il n’est nullement interdit de prier à genoux pendant les autres jour de la semaine et le reste de l’année liturgique ; il semble même que ce soit la coutume du chrétien. Les génuflexions là un seul genou demeurent pratiquées en tout temps [8] ».
b) Sainte Gertrude
Un mercredi saint, comme on entonnait à la messe l’introït « Qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers » (Ph 2,10), Sainte Gertrude (1256-1302) se sentit poussée par amour à suppléer par de nombreuses génuflexions à toutes les négligences apportées par elle-même, et par les fidèles, même les saints quand ils étaient sur notre terre, dans la révérence due à Dieu. Alors, dans une vision, elle voit le Fils de Dieu se lever, devant son Père, et dire :
« Je suis très honoré par l’expiation que cette créature vient de m’offrir. L’esprit humain ne peut saisir quelle récompense est réservée à cet acte ; cependant je la garde pour l’avenir, lorsque cette âme sera capable de la recevoir béatitude éternelle [9] ».
c) Confirmation en creux
Une sentence des Pères du désert rapporte une vision du diable reçue par l’abbé Apollon : Satan est contraint par Dieu de se montrer à lui comme un personnage de haute taille, noir, horrible à voir ; ses membres sont d’une maigreur effrayante, mais il n’a pas de genoux [10] ! En effet, il n’a jamais voulu s agenouiller devant Dieu et qui, dès l’origine, selon la tradition, comme bien plus tard le peuple hébreu à ses heures de rébellion, a lancé à Dieu le cri par lequel il s’est lui-même condamné : « Je ne servirai pas » (Jr 2,20).
Pascal Ide
[1] Concile de Nicée, can. 20.
[2] Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit, trad., coll. « Sources chrétiennes » n° 17, Paris, Le Cerf, p. 236-238.
[3] Sur Jacques le Mineur, évêque de Jérusalem, cf. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, chap. 9, 1 et le commentaire de Emil Schürer, The History of the Jewish People, vol. I, Edinburgh. 1973, p. 430 s.
[4] Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, II, 23, 6. Hégésippe appartient à la première succession des apôtres (Ibid., 3).
[5] Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, livre V, chap. 5, 1-6, coll. « Sources chrétiennes » n° 41, Paris, Le Cerf, p. 29, avec les notes 1 et 2. L’événement miraculeux aurait eu lieu en 172.
[6] Saint Jérôme, Vie de saint Paul, premier ermite, texte latin et traduction dans l’édition de Vivès, tome II, p. 415. Cité par saint François de Sales dans un sermon : « La révérence extérieur aide beaucoup à l’intérieure […]. Bref, il faut que tout l’homme prie » (Œuvres complètes, tome 9, Annecy, 1897, p. 66).
[7] Mgr. F. Trochu, Le Curé d’Ars, saint Jean-Marie-Baptiste Vianney, Lyon-Paris, 1925, p. 380. De même avant les confessions (p. 378) ; après la messe, pour faire son action de grâces (p. 383) ; et pour dire le bréviaire (p. 384).
[8] Dictionnaire de spiritualité, vol. 6, col. 218.
[9] Le héraut de l’Amour divin, révélations de sainte Gertrude, tome 2, Paris, 1952, p. 107.
[10] Les sentences des Pères du désert, vol. 3, Genève, Ad Solem, 1976, p. 43-44.