Introduction au livre : Les 4 sens de la nature

De l’émerveillement à l’espérance
Pour une écologie enracinée dans la grande histoire de la création

Introduction


« Il y a donc une mystique dans une feuille, dans un chemin, dans la rosée, dans le visage du pauvre. »
« La doctrine du quadruple sens prend les Écritures comme une totalité symbolique, à travers laquelle la nature entière et l’histoire à venir aussi bien que passée peuvent devenir l’objet de la même herméneutique. »
« J’ai aimé cette montagne [le mont Cervin], je l’ai aimée comme on peut aimer, non point une chose de roc et de glace, mais un être de chair et d’âme, et qui pense et qui sent et qui veut. »
Vis-à‑vis de la nature, l’homme d’aujourd’hui, notamment quand il est chrétien, se sent parfois perdu : les pertes subies par notre environnement sont-elles irréversibles ? l’être humain est-il supérieur au vivant ou seulement différent de lui ? En affirmant : « Soumettez la terre » et « dominez sur […] tous les animaux » (Gn 1, 28), la Bible serait-elle coupable de cet anthropocentrisme qui a conduit à la catastrophe écologique actuelle ? Ce très tard venu sur la planète qui l’héberge avec une telle générosité peut-il prétendre l’utiliser à ses propres fins ?

Nous ne nous sentons pas seulement perdus, mais aussi tiraillés.
D’un côté, nous comprenons bien qu’il faut en finir avec ce que certains osent appeler un « écocide » et le paradigme technocratique condamné par le pape François. De l’autre, nous ne nous reconnaissons pas dans un écocentrisme radical.
Enfin, nous nous sentons souvent culpabilisés par un discours écologique envahissant et craignons que l’année Laudato sì n’ajoute à notre honte et à notre découragement. L’entrée dans l’écologie par la panique ou la culpabilisation n’est pas seulement coûteuse, elle est peu efficace. Nous sommes partagés entre un sens aigu de notre responsabilité et une impuissance pesante face à la mondialisation galopante et notre incapacité locale à recycler convenablement, entrer dans une sobriété joyeuse, prendre soin de notre propre corps, etc. tout en nous sentant tristes de l’état de notre planète et de notre santé. Et la récente pandémie de SARS-CoV-2 nous a rendus encore davantage nostalgiques des chants d’oiseau, d’une nature plus présente, d’un rythme ralenti, de relations plus proches, etc.
Comment y voir clair ? Quelle attitude adopter ?
« Avant d’agir, commence par réfléchir », dit le sage (cf. Lc 14, 28).
Ce livre a pour intention de proposer non point des directives, mais une direction. Nous n’avons pas les compétences pour indiquer comment prendre soin de notre maison commune, individuellement, collectivement et institutionnellement. D’autres le font et le font bien – nous renverrons à leurs propositions. En revanche, nous souhaitons offrir une vision la plus large possible, afin d’inscrire les projets écologiques dans un projet écosophique.

En effet, « la vérité est le tout », disait le philosophe Hegel.
Autrement dit, les erreurs sont souvent des vérités partielles absolutisées.
Pour cela, nous allons proposer une grille de lecture inattendue : les quatre sens de l’Écriture. Notre hypothèse est la suivante : de même que l’Écriture présente quatre sens, de même la nature possède quatre sens. Et seule leur prise en compte intégrale offre une vision équilibrée de la nature.
La raison de ce parallèle, nous le verrons en détail, est que la nature, comme la Sainte Écriture, mais selon des lois différentes, raconte une histoire et une histoire qui présente une direction. Ce faisant, nous allons ainsi resituer l’histoire récente et chacune de nos histoires personnelles avec la nature, dans la grande histoire dont elles font partie. Et ainsi redonner du souffle en redonnant de la hauteur.


Après avoir exposé brièvement la doctrine des quatre sens de l’Écriture dans le premier chapitre, les trois parties l’appliqueront à la nature. Nous procéderons en trois moments résumés en trois mots : création, décréation, recréation. La première partie décrira en quoi consistent les quatre sens de la nature et comment ils dérivent de l’histoire. La deuxième partie s’interrogera sur les déformations de ces quatre sens aujourd’hui, ce qui donnera lieu à quatre paradigmes partiels et donc partiaux. La troisième et dernière partie proposera les attitudes pratiques qui découlent de cette vision intégrale et intégrative de la nature. Nous passerons ainsi de l’écosophie à l’écologie.

Pascal Ide

4.11.2020
 

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