Rupert Sheldrake, Âme de la nature ou esprit de la nature ?

« Un vide n’est pas inerte et dénué de caractéristiques, mais vivant et palpitant d’énergie et de vitalité [1] ».

 

Rupert Sheldrake (1942-), est un chercheur en biochimie, controversé et critiqué par la communauté scientifique. Deux exemples parmi beaucoup. John Maddox, principal éditeur de la prestigieuse revue Nature, écrit à propos du premier livre de Sheldrake, Une nouvelle science de la vie [2], qu’il est bon à être brûlé [3] (qui a parlé d’Inquisition ?) et, presque trente ans plus tard, Adam Rutherford, rédacteur en chef adjoint de la même revue, que non plus cet ouvrage, mais l’ensemble de ceux publiés par le biochimiste, doivent être ignorés… À bon entendeur salut !

Il est tout de même permis de se mettre à l’écoute de la cosmologie sous-jacente de ce scientifique qui a le mérite de ne pas en demeurer à la vulgate mécaniste, de regarder du côté de la philosophie (notamment Bergson) et de faire des propositions novatrices. Ajoutons qu’il affirme être un anglican pratiquant [4]. Si donc il s’est intéressé à l’hindouisme ou au soufisme [5], ce n’est pas un auteur New Age [6] : « Je passais sept années dans l’Inde du Sud. À ma grande surprise, je constatai qu’au fil des ans mon intérêt pour le christianisme se ravivait [7] ». Je me permets également d’ajouter que Sheldrake a notamment un fils, le biologiste Merlin, à qui l’on doit un remarquable ouvrage de mycologie, qui m’a ouvert à la dimension pneumatologique du monde des champignons [8].

1) Thèse

Face à l’abondante bibliographie de l’auteur [9] qui s’associe volontiers des co-auteurs[10], nous nous limiterons à un ouvrage récapitulatif, qui s’intitule littéralement La renaissance de la nature : le verdissement de la science et de Dieu [11]. Tout en trahissant la référence religieuse peut-être trop explicite pour un public biberonné à la laïcité, le titre français emprunte à un thème philosophique, l’âme du monde [12], qui en exprime justement la thèse : la nature est vivante.

De fait, Sheldrake s’oppose non pas seulement à une vision mécaniste de la nature, mais aussi, et c’est plus original, à une vision platonicienne [13]. C’est ainsi que la notion de champ morphogénétique dont nous allons parler a été appréhendée par certains biologistes simplement comme des « schèmes spatio-temporels complexes d’une interaction physicochimique mal comprise », donc à partir d’une vision reconduisant le vivant à l’inerte, le tout à la partie ; d’autres ont affirmé qu’il est « régi par des équations du champ morphogénétique qui existeraient dans un domaine platonicien de formes mathématiques éternelles », de sorte que, « les équations du champ morphogénétique des dinosaures, par exemple, existaient de tout temps, même avant le big bang [14] ». Ce double repoussoir contrasté suffit à interdire une vision trop simpliste, notamment nouvelâgiste, des propositions du chercheur.

Entre ces deux visions extrêmes, Sheldrake propose une interprétation qu’il qualifie (sans originalité) d’holistique. Voici comment notre auteur la présente :

 

« Il existe une troisième manière de concevoir ces champs. Selon l’hypothèse de la causalité formative, c’est un nouveau type de champs aujourd’hui inconnu de la physique, lequel possède une nature essentiellement évolutionniste. Les champs d’une espèce donnée – la girafe, par exemple – ont évolué ; ils sont hérités par les girafes présentes de girafes passées. Ils renferment un type de mémoire collective dans lequel chaque membre de l’espèce puise, et auquel il contribue à son tour. L’activité formative des champs n’est pas déterminée par des lois mathématiques intemporelles […]. Plus un schème de développement se répète, plus il susceptible de se répéter à nouveau. Les champs sont le moyen par lequel les habitudes de l’espèce se forgent, se préservent et se transmettent [15] ».

 

Contre le mécanisme et avec l’éternalisme platonicien, le champ fait appel à une transmission qui n’est pas seulement efficiente, mais formelle, à une communication morphologique. Avec mécanisme et contre l’éternalisme, en revanche, il est historique, en l’occurrence évolutif, et immanent. En particulier, cette causalité formative, sur lequel insistait le premier ouvrage de Sheldrake, s’enracine dans l’histoire passée, ce que développe son second livre [16].

2) Induction

Pour établir sa thèse, Sheldrake fait appel à un concept nouveau, celui de « champ morphique ». Il en montre l’existence à partir ce que j’aime appeler une induction scalaire qui parcourt les différents échelons de la nature : l’inerte, la vie, la raison, voire la religion – ce qui traverse les trois ordres pascaliens (corps, esprit, charité), en les enrichissant de la vie (qui ne peut se réduire aux corps inorganiques).

a) Le monde inerte

Le terme champ a été introduit en physique dans les années 1830, par Michael Faraday quand il a voulu rendre compte de l’action du magnétisme et de l’électricité. Il a visualisé de manière célèbre le champ magnétique entourant les deux pôles d’un aimant en fer à cheval par de la limaille de fer, et il a obtenu un certain nombre de courbes s’organisant de manière géométrique. Pour la première fois, le vide apparent entre deux réalités solides apparaissait structuré à partir de forces. Ainsi le physicien britannique a désiré expliquer la matière en termes de forces et non plus les forces à partir de la matière [17]. Il ambitionnait même d’expliquer tous les phénomènes physiques selon des vibrations de forces déployées dans l’espace [18]. En fait, ce fut le travail des différentes découvertes physiques ultérieures : la relativité d’Einstein ; puis la physique quantique. Sans entrer dans le détail, les atomes insécables, solides et déterministes ont laissé place en grande partie à une énergie vibratoire et indéterministe, la matière hadronique ne constituant plus qu’un pourcentage infime de la matière totale.

Ce qui est vrai au point de vue microscopique l’est au point de vue mésoscopique. Des lieux différents sur la Terre secrètent des ambiances différentes. Or, celles-ci ne proviennent pas seulement de caractéristiques physiques, chimiques, géologiques. Les Anciens ne parlaient-ils pas d’un genius loci, un « esprit du lieu » – qu’ils peuplaient volontiers de naïades (esprits des eaux), dryades (esprits des arbres), néréides (esprits des mers), oréades (esprits des montagnes) [19]. Or, ces entités qui n’étaient peut-être pas qu’une naïve croyance mythologique prélogique, ont été interprétées par un archéologue comme des sortes de champs ; ainsi les chutes d’eaux seraient des « champs de naïades [20] ». C’est ce que tente d’exprimer l’écrivain britannique D. H. Lawrence :

 

« Des lieux différents à la surface de la Terre ont des émanations vitales différentes, des vibrations différentes, des exhalaisons chimiques différentes, des polarités différentes avec des étoiles différentes : appelez cela comme vous voulez. Mais l’esprit du lieu est une grande réalité [21] ».

 

Au plan macroscopique, Sheldrake, sans surprise, mobilise les travaux de James Lovelock sur l’hypothèse Gaïa qu’il réinterprète à partir du champ morphique. En effet, par ses capacités d’auto-régulation et de résilience, Gaïa préserve l’intégrité du système, en coordonne les éléments et le régénère après une lésion. De plus, Gaïa paraît pouvoir « entrer en interaction avec la résonance morphique d’autres planètes semblables à elle, dans d’autres régions de l’univers ». Enfin, Gaïa « contient, par autorésonance, une mémoire inhérente ». Donc, « la notion de champ morphique de Gaïa apparaît […] comme une autre façon de baptiser l’âme de la Terre [22] ».

Ainsi Sheldrake rend le champ coextensif à la totalité de la nature. Voire, il étend sa démonstration au constat universel qui n’est pas sans susciter l’étonnement : l’extrême régularité des processus naturels, qu’exprime l’application ubiquitaire des mêmes lois. Or, elle s’explique pour lui par la transmission des mêmes propriétés grâce aux champs morphiques : « les régularités de la nature […] apparaissent régies par des habitudes héritées par résonance morphique [23] ».

b) La vie

Sheldrake réserve l’expression de champ morphogénétique au monde du vivant, précisant ainsi que l’organisme animé est le milieu où le champ acquiert une capacité formative interne. Le champ morphogénétique est donc une espèce de champ morphique appliquée ou limitée au seul vivant.

Tout d’abord, les biomolécules s’organisent à partir de tels champs. En effet, on le sait, ces longues chaînes (en particulier les protéines) se structurent de manière tridimensionnelle de manière fort complexe, et cela non pas à partir de lois mathématiques universelles, mais à partir de schéma passé ; or, celui-ci se répète avec plus de probabilité, par mémoire cumulative. C’est ce qu’atteste la comparaison avec l’artefact : « Quand on cristallise pour la première fois une substance chimique organique », comme un nouveau médicament, « il n’y a pas de résonance morphique ». En revanche, « la prochaine fois que la substance se cristallisera, en quelque point du monde que ce soit, la résonance morphique des premiers cristaux rendra plus probable ce schème particulier de cristallisation, et ainsi de suite [24] ». De même, des mouches drosophiles développent plus souvent des anomalies lorsque d’autres l’ont déjà fait, comme si l’ouverture d’une nouvelle voie favorisait sa répétition [25].

Passons du dynamisme biologique au comportement. En mai 1994, Pamela Smart et ses parents ont commencé à noter es trajets et les réactions de Jaytee. Cet article décrit les résultats de réalisées Entre mai 1994 et février 1995, ils ont réalisé 96 séries d’observations au cours desquelles Pamela s’est éloignée jusqu’à 51 km de son domicile. Résultat : à 82 reprises, Jaytee a réagi 10 minutes ou plus avant le retour de la jeune femme, alors qu’il n’a montré aucune réaction anticipée dans 14 cas. Il existe donc une corrélation très significative entre le moment où le chien a réagi et le moment où Pamela part pour revenir à la maison. La distance parcourue par PS ne semblait pas atténuer les réactions de Jaytee. Ajoutons que les horaires de retour étaient non pas fixes, mais aléatoires. Dans l’une des expériences enregistrant sur vidéo les réactions de Jaytee et les actions de Pamela, l’on a constaté que le chien réagissait 11 secondes après que Pamela a obéi à une injonction de rentrer qui était donc jusqu’alors inconnue d’elle, ce qui exclut une influence antérieure. Ces observations suggèrent donc que les réactions de Jaytee dépendent de sa maîtresse, selon une médiation inédite [26]. Médiation qui présente toutes les caractéristiques de la résonance morphique. Cette expérience étonnante a été reproduite – malheureusement avec les mêmes chercheurs [27] – et élargie [28]. Mais elle a été critiquée pour son manque de rigueur [29].

Voici une autre expérience réalisée par les mêmes chercheurs sur cette formation causative. Partant de l’affirmation selon laquelle certaines personnes réveillent des personnes ou des animaux endormis en les fixant du regard, Rupert Sheldrake et Pamela Smart. ont examiné plus de 240 témoignages recueillis sur une période de 30 ans auprès d’informateurs au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne et dans plusieurs autres pays. La plupart de ces témoignages (145 cas) concernaient le réveil de chiens et de chats endormis par le regard ; certains décrivaient le réveil de personnes par le simple fait de les regarder, et d’autres provenaient de personnes réveillées par le regard d’animaux ou d’autres personnes. Lorsque des animaux étaient réveillés par le regard d’une personne, 26 % d’entre eux auraient réagi en fixant directement la personne qui les observait. Certaines personnes ont déclaré avoir elles-mêmes réagi de la même manière au regard d’animaux ou d’autres personnes à leur réveil, mais la proportion de réactions humaines directionnelles était nettement inférieure (11 %) à celle des réactions animales. Or, les explications comme la présence de sons subtils ou la simple coïncidence, semblent peu probables. La capacité d’être réveillé par un regard fixe impliquerait donc une forme de perception nouvelle, que les auteurs proposent d’appeler scopegersis (du grec scop, « regarder » et égersis, « réveil ») [30]. Notre auteur y voit la présence d’une influence à distance qui passe par la médiation de la résonance morphique.

c) L’homme

En 2003, Sheldrake propose une expérimentation relative à la scopesthésie, c’est-à-dire la sensation d’être observé à son insu. En l’occurrence, il bande les yeux du sujet et lui demande s’il a ou non l’impression qu’on le regarde. Le chercheur effectue une dizaine de milliers d’essais. Résultats : quand le sujet est effectivement observé, il perçoit ce regard dans plus de 60 % des cas ; en revanche, il le devine dans la moitié des cas, quand n’est pas regardé. Or, le sujet pouvant répondre par « oui » ou par « non », a donc une chance sur deux d’avoir raison (ou de se tromper). Sheldrake conclut donc à la présence d’une capacité, faible, mais réelle, à ressentir le regard de quelqu’un, mais à l’absence de capacité à ressentir le fait de ne pas être vu [31]. Ces résultats, qui ont été critiqués par l’AFIS (l’Association Française pour l’Information Scientifique) [32], ont été confirmés dans une autre étude [33].

Or, comment expliquer l’effet psychique du regard sans la médiation du sens externe ? Par la présence d’une autre entité, le champ morphogénétique qui est influencée par l’acte visuel.

d) La religion

Selon Sheldrake, les activités religieuses sont elles-mêmes soumises à cette logique morphique. Dans sa démonstration, il n’hésite pas à enrôler « les lieux sacrés » [34] et Dieu lui-même à qui il consacre son avant-dernier chapitre [35], avant de conclure en invoquant « l’expérience mystique » [36] et « la force de la prière » [37]. De fait, les religions sont structurées à partir de rites auxquels participent les fidèles. Or, dans la Bible, ces rites sont l’actualisation présente d’événements passés et fondateurs [38]. De même, les lieux de sanctuaire sont choisis par la puissance du lieu où se répètent miracles et visions – et de citer les lieux d’apparition mariale [39].

3) Détermination

Ainsi donc, « les forces invisibles qui organisent la nature animée se dessinent sous la forme de champs [40] ». Passons de la description à la détermination causale. En quoi consiste le champ morphique et morphogénétique ?

a) Les caractéristiques du champ morphique

Plus intéressante encore est la description transversale que Sheldrake donne de ces champs. La lecture attentive de son propos permet de le systématiser en cinq propriétés :

Qui dit champ, dit lieu. De fait, le terme anglais field, « champ » vient de feld ou folde, qui signifie « terre » ou « terrain » [41]. Et ce lieu ne s’identifie pas à une entité délimitée, configurée, subsistante ; il est plutôt situé entre différentes entités, c’est un in-between.

Loin d’être statique champ est actif. En l’occurrence, le champ est transformant. Voilà pourquoi il suscite une ambiance.

L’action de ce champ ne procède pas de manière mécanique par impulsion, par mouvement local, par transmission de manière et même d’énergie, mais par vibration et transfert d’information. Rupert Sheldrake a forgé une autre expression, « résonance morphique ». La conséquence en est que « la résonance morphique ne s’épuise pas avec la distance [42] » et peut donc communiquer l’information sans perte et de manière ubiquitaire.

Le champ se transmet à partir d’un passé. Précisément, les structures et organismes se développent sous l’influence de structures et organismes similaires et antérieurs – et cela par la « résonance morphique ». Ainsi, les informations peuvent se diffuser de manière inchangée non seulement dans l’espace, mais dans le temps.

b) Application au pneuma

Nous avons montré ailleurs les différentes caractéristiques du pneuma-souffle [43] : la fluidité par laquelle il circule entre les entités subsistantes et engendre une atmosphère ; la subtilité par laquelle il les pénètre ; la rythmicité par laquelle il fait entrer les êtres en résonance ; sa nature communicative ; sa finalité unificatrice autant que différenciatrice. Enfin, il ne se comprend pleinement qu’intégré dans la dynamique quaternaire du don, c’est-à-dire à partir de l’échange entre un donateur et un récepteur. Le paragraphe suivant confirmera que ces champs ne peuvent opérer qu’entre ces deux pôles, émissif et réceptif.

De cette convergence frappante, nous devons conclure que le champ morphique est le nom par lequel Sheldrake appelle le pneuma.

4) Évaluation philosophique

a) Une relecture à la lumière de l’esprit-souffle

Sheldrake ne se contente pas de confirmer d’autres développements présents sur ce site relatif à la pneumatologie cosmologique, il l’enrichit de deux apports, inédits et puissants. Le premier est l’enracinement de cette âme (esprit) de la nature dans la mémoire et donc dans le passé. Or, cet abouchement en amont exprime autant qu’il effectue la relation au donateur. Ajoutons une prémice à l’expérimentation et l’argumentation de Sheldrake : tôt ou tard, « il faut s’arrêter » (anagkhè sténai). Comme le célèbre axiome épistémologique d’Aristote doit se doubler d’un principe ontologique : « Il faut commencer », notre auteur conjure donc un risque permanent des pneumatologies philosophiques, le joachimisme, en soulignant l’origine du champ.

Le second considère l’aval. Sheldrake qualifie le champ de morphique : l’âme est un flux fléché qui provient non seulement d’une source, mais vise un terme, la constitution d’habitudes et de structures. Or, cette organisation n’émerge que par la réception du pneuma, dont il est le fruit. Ce n’est pas le lieu ici d’entrer dans le détail. Donné autant que reçu, fluide, mais tourné (transitoirement) vers le solide, la cosmologie sheldrakienne fausse compagnie derechef au tentateur joachimite semper redidivus.

b) Une limite

Selon une convergence qui vaut confirmation, la cosmologie philosophique de Sheldrake est affectée de la même interprétation erronée que le stoïcisme antique : le matérialisme. En découvrant le champ, c’est-à-dire l’énergie-information omniprésente, en sa différence avec la matière pesante, il croit rencontrer une entité non matérielle, alors qu’elle est seulement non hadronique et donc extrêmement fluide et subtile.

Ajouter que l’auteur d’Une nouvelle science de la vie manque l’interprétation amative de ces flux qui ne communiquent que parce qu’ils donnent et reçoivent serait intenter un mauvais procès. On ne peut demander à un auteur qui n’est pas philosophe de formation et qui est déjà suffisamment attaqué pour ses propositions novatrices pour ne pas ajouter une herméneutique qui le rangerait définitivement dans le camp des allumés New Age [44].

5) Conclusion

Redisons-le. Nous n’avons pas la compétence d’évaluer les expérimentations que Sheldrake met en avant. Il revient à des chercheurs (qui ne sont pas aveuglés par leur biais scientiste, c’est-à-dire mécaniste et scientiste) de les valider ou de les infirmer.

Nous avons aussi vu que l’interprétation proposée par le biochimiste converge étroitement non pas avec Bergson ou le platonisme du Timée (l’âme du monde), ni avec le vitalisme de l’entéléchie, mais avec le stoïcisme (et l’ancien ou, à la rigueur, le moyen stoïcisme). En résonance (sic !) avec d’autres scientifiques qui sont aussi des philosophes [45], Sheldrake élabore avec audace et créativité un néo-stoïcisme, précisément une cosmologie pneumatique pour notre temps.

Pascal Ide

[1] Paul C. W. Davies, Superforce, London, Heinemann, 1984, p. 5.

[2] Rupert Sheldrake, A New Science Of Life: The Hypothesis Of Formative Causation, Los Angeles, J. P. Tarcher, 1981, 32009 : Une nouvelle science de la vie. L’hypothèse de la causalité formative, trad. Paul Couturiau, Christel Rollinat et Christian Supera, coll. « Sciences Humaines », Monaco et Paris, Éd. du Rocher, 2003.

[3] « L’étude de Sheldrake est un exercice pseudoscientifique. Beaucoup de lecteurs penseront qu’il a réussi à trouver une place pour la magie dans les débats scientifiques, et c’est sûrement l’un des objectifs de l’écriture d’un tel ouvrage » (John Maddox, « A book for burning? », Nature, 293 [1981] n° 5830, p. 245-246).

[4] Jonathan Benthall, « Rupert Sheldrake: Ways to Go Beyond and Why They Work », TLS. Times Literary Supplement, 6054 (12 avril 2019), p. 31.

[5] Selon la notice Wikipédia en anglais (beaucoup mieux documentée et moins critique que la notice en français), Sheldrake « a déclaré avoir étudié auprès d’un maître soufi et pratiqué le soufisme lors de son séjour en Inde », mais « s’être senti ‘attiré vers une voie chrétienne’ durant ce même séjour ».

[6] Cf., par exemple, « A holistic sense of place in the quagmire of historye, The Guardian. 19 août 1987, p. 11 ; Carl T. Gunther, The Vital Dimension: A Quest for Mind, Memory and God in the Thickness of Time, Lincoln (Nebraska), iUniverse, 2006, p. 60 ; Kendrick. Frazier (éd.), The Hundredth Monkey and other Paradigms of the Paranormal, coll. « Best of Skeptical Inquirer », Buffalo, Prometheus, 1991, p. 171.

[7] Rupert Sheldrake, L’âme de la nature, trad. Paul Couturiau, coll. « L’esprit et la matière », Monaco et Paris, Éd. du Rocher, 1992 ; coll. « Espaces libres », Paris, Albin Michel, 2001

[8] Cf. Pascal Ide, « Pour une approche philosophique des champignons », Revue des questions scientifiques, 193 (2022) n° 3-4, p. 1-104. Texte accessible en ligne gratuitement sur le site de la revue.

[9] Outre les livres qui seront cités, cf., par exemple, Rupert Sheldrake, The Science Delusion: Freeing the Spirit of Enquiry, London, Coronet, 2012 ; Science and Spiritual Practices, London, Coronet, 2017 ; Ways To Go Beyond, And Why They Work: Seven Spiritual Practices in a Scientific Age, London, Coronet, 2019. Pour nous limiter aux traductions françaises : Sept expériences qui peuvent changer le monde. Petit guide pratique de la science révolutionnaire, trad. Thierry Piélat, coll. « Documents », Monaco et Paris, Éd. du Rocher, 2005 ; Le septième Sens. Les pouvoirs de l’esprit étendu, trad. Guy Abadia, Monaco et Paris, Éd. du Rocher, 2004 ; Réenchanter la science. Une autre façon de voir le monde, trad. Sylvain Michelet, Paris, Albin Michel, 2013.

[10] Pour nous limiter aux traductions françaises : Rupert Sheldrake, avec Ralph Abraham et Terence McKenna, Trialogues aux confins de l’Occident. Chaos, créativité et re-sacralisation du monde, trad. Claudine Chambaud et André Rielh, coll. « Science en conscience », Saint-Michel-de-Boulogne, Éd. Saint-Michel, Saint-Michel, 1993.

[11] Rupert Sheldrake, The Rebirth of Nature: The greening of science and God, New York, Bantam Books, 1991.

[12] Id., L’âme de la nature.

[13] Quand il étudie plus spécifiquement le monde organique, il se positionne entre la vision mécaniste et la vision vitaliste (cf. Ibid., p. 114-116).

[14] Ibid., p. 125.

[15] Ibid., p. 126.

[16] Id., The Presence Of The Past: Morphic Resonance and the Habits of Nature, New York, Times Books, 1988 : La mémoire de l’Univers, trad. Paul Couturiau, coll. « Esprit Matière », Monaco et Paris, Éd. du Rocher, 2002 (rééd. : La mémoire de l’univers. Une hypothèse révolutionnaire qui pourrait remettre en cause notre vision du monde. Suivi de Les champs morphiques et l’ordre impliqué : un dialogue entre Rupert Sheldrake et David Bohn, trad. Olivier Vinet, Paris, Guy Trédaniel, 2022). L’on notera, à nouveau, combien le titre français défaille à l’égard de l’intitulé original.

[17] Cf. William Berkson, Fields of Force: The Development of a World View from Faraday to Einstein, London, Routledge and Kegan Paul, 1974.

[18] Cf. Nancy J. Nersessian, « Aether/Or :The creation of scientific concepts », Studies in the History and Philosophy of Science, 15 (1984), p. 175-212.

[19] L’âme de la nature, p. 192-195.

[20] Thomas Charles Lethbridge, The Essential T. C. Lethbridge, London, Routledge and Kegan Paul, 1980.

[21] David Herbert Lawrence, cité par Belder C. Lane, Landscapes of the Sacred: Geography and Narrative in American Spirituality, coll. « Isaac Hecker Studies in Religion and American Culture », New York, Paulist Press, 1988, p. 9. Souligné par moi.

[22] L’âme de la nature, p. 182. Cf. tout le chap. 7.

[23] Ibid., p. 127.

[24] Ibid., p. 127 et 128.

[25] Cf. Id., La mémoire de l’Univers.

[26] Cf. Rupert Sheldrake & Pamela Smart, « A dog that seems to know when his owner is returning: Preliminary investigations », Journal of the Society for Psychical Research, 62 (1998), p. 220-232.

[27] Cf. Id., « A dog that seems to know when his owner is coming home: Videotaped experiments and observations », Journal of Scientific Exploration, 14 (2000), p. 233-255.

[28] Cf. Rupert Sheldrake, Dogs That Know When Their Owners Are Coming Home: And Other Unexplained Powers of Animals, New York, Crown, 1999, 22011 : Les pouvoirs inexpliqués des animaux, trad. Jérôme Bodin, coll. « Aventure secrète », Paris, Éd. J’ai Lu, 2005.

[29] Cf. Richard Wiseman, Matthew David Smith & Julie Milton, « Can animals detect when their owners are returning home? An experimental test of the ‘psychic pet’ phenomenon », British Journal of Psychology, 89 (1998), p. 453-462 ; Id., « The ‘psychic pet’ phenomenon: A reply to Rupert Sheldrake », Journal of the Society for Psychical Research, 64/858 (2000), p. 46-49.

[30] Rupert Sheldrake & Pamela Smart, « Is it possible to wake sleeping people and non-human animals by staring at them? », Journal of Scientific Exploration, 38 (2024) n° 4, p. 603-613.

[31] Id., « The Sense of Being Stared At: Experiments in Schools », Journal of the Society for Psychical Research, 62 (1998), p. 311-323.

[32] Cf. « Expérience paranormale, résultats normaux. La sensation d’être observé », AFIS, 3 novembre 2010, http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1459. De manière plus générale, cf. Marilyn Schlitz, Richard Wiseman, Caroline Watt & Dean Radin, « Of two minds: Sceptic-proponent collaboration within parapsychology », British Journal of Psychology, 97 (2006) n° 3, p. 313-322.

[33] Rupert Sheldrake & Smart, « Directional scopaesthesia and its implications for theories of vision », Journal of Scientific Exploration, 37 (2023) n° 3, p. 312-329.

[34] L’âme de la nature, p. 195-201.

[35] Ibid., « Le renouveau de Dieu », p. 202-224.

[36] Ibid., p. 234-235.

[37] Ibid., p. 243-244.

[38] Ibid., p. 188-189.

[39] Ibid., p. 196-197.

[40] Ibid., p. 15.

[41] Eric Partridge, Origins: A Short Etymological Dictionary of Modern English, London, Routledge and Kegan Paul, 1958, p. 210.

[42] L’âme de la nature, p. 127.

[43] Cf., par exemple, l’article cité ci-dessus : Pascal Ide, « Pour une approche philosophique des champignons ».

[44] Contrairement d’ailleurs à nombre d’auteurs relevant de cette affiliation (honteuse qui n’est jamais une auto-dénomination !), Sheldrake se refuse au christiano-bashing (qui constitue d’ailleurs un des points communs paradoxaux avec le mécanisme). C’est ainsi qu’il qualifie l’opinion de Lynn White Jr (Nature, 1967) sur les « racines historiques », en l’occurrence bibliques de « la crise écologique » de « simpliste » (L’âme de la nature, p. 47).

[45] Par exemple, le mathématicien René Thom, qu’il cite d’ailleurs en passant (L’âme de la nature, p. 125). Cf. site pascalide.fr : « La sémiophysique de René Thom à la lumière du don ».

19.8.2026
 

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