Plan de l’Encyclique Fratelli tutti

L’intention de ce travail est de proposer une hypothèse de plan analytique de la troisième lettre encyclique du pape François [1]. Et d’ainsi offrir un guide de lecture. En effet, intuitive, concrète, jaillissante, non réflexive, l’écriture du pape argentin ne livre que rarement son fil directeur. Cela ne signifie surtout pas qu’un logos ne l’anime pas, mais il appartient au lecteur assidu de le repérer.

Les scolastiques nous ont appris que l’un des principaux outils pour comprendre un texte est d’en montrer l’ordre interne, autrement dit en révéler le plan. Ils appelaient cet outil, la divisio textus. L’on objectera que le plan est fourni par la table des matières, en l’occurrence, ici par les huit chapitres de l’encyclique Fratelli tutti et par les subdivisions des chapitres (en l’occurrence deux niveaux de subdivisions internes à chaque chapitre). Mais l’ordre dit plus que la simple répartition matérielle en chapitres ou parties ; il rend compte formellement de cette organisation. De fait, la simple lecture des têtes de chapitres ne suffit pas à en manifester l’organisation : pourquoi huit chapitres plutôt que dix ou cinq ? Pourquoi ce chapitre avant celui-ci ?

La divisio textus a pour fonction de répondre à ces questions. Elle révèle, derrière la texture des mots le squelette qui la sous-tend. Comment procède-t-elle ? Sans proposer un cours de logique, sans entrer dans le détail [2], disons qu’elle convoque des distinctions le plus souvent dichotomiques à partir d’un point de vue plus général pour descendre dans des considérations de plus en plus particulières. En l’occurrence, ici, nous tenterons de descendre jusqu’à la distinction des 287 numéros (que j’indiquerai entre parenthèses).

Point de départ : l’objet et la thèse

Avant d’entrer dans le détail du plan, demandons-nous quel est son objet et sa thèse. C’est, en effet, à partir de l’objet et de la thèse générale que se détermine le plan.

  1. Quel est l’objet de la lettre encyclique ? Autrement dit, de quoi parle-t-elle ?

L’objet est indiqué par le titre même qui, dans toute encyclique pontificale, se prend des premiers mots de celle-ci : la fraternité (humaine).

  1. Quelle est la thèse ou problématique de l’encyclique ? Autrement dit, qu’est-ce que le pape dit de son objet qu’est la fraternité ?

Là encore, nous avons de la chance, il suffit de considérer plus attentivement le titre. Au substantif « frères » est joint l’adjectif indéfini « tous ». La thèse est donc : tous les hommes sont frères. Autrement dit, la fraternité est universelle. C’est ce que dit le Pontife romain : « Les pages qui suivent n’entendent pas résumer la doctrine sur l’amour fraternel, mais se focaliser sur sa dimension universelle, sur son ouverture à toutes les personnes » (6. Souligné par moi). En termes concrets : « chaque être humain est mon frère ou ma sœur » (125).

Le pape exprime aussi de manière imagée cette fraternité universelle en la qualifiant de fraternité ouverte (sous-entendu à l’autre, quel qu’il soit), qui présente l’intérêt d’exprimer aussi son contraire : la fraternité fermée ou repliée sur elle-même, sur sa particularité.

Plan des huit chapitres

Il s’agit d’une « encyclique sociale ». Or, la doctrine sociale ou l’enseignement social de l’Église fait partie de sa doctrine morale, donc pratique. Mais la discipline pratique peut s’organiser de différentes manières, à partir de divers principes de répartition : la distinction éthique fin-moyen ; la démarche pastorale de l’Action catholique : voir-juger-agir ; la démarche médicale : diagnostic symptômatique-diagnostic étiologique-thérapeutique ; la démarche spirituelle de conversion (notamment les quatre semaines de saint Ignace). Nous les verrons à l’œuvre [3].

Ici, le pape François pour une organisation originale qui combine plusieurs des principes d’organisation ci-dessus :

1) Le diagnostic (chapitre 1)

2) Le remède

a) Le but

En montrant la finalité, le pape démontre aussi la thèse. Pour cela, il fait appel à trois approches qui sont les trois voies de l’éthique : le modèle ou l’exemple ; la vertu et la norme. La première est moins classique, surtout dans une encyclique.

1’) La voie de l’exemple (chapitre 2)

2’) Les voies de la vertu et de la norme (chapitre 3)

b) Les moyens particuliers (chapitre 4)

François se concentre d’abord sur les deux grands défis actuels à la fraternité universelle.

c) Les moyens généraux

François expose les différents moyens pour vivre l’amitié sociale.

1’) Les moyens immanents

a’) La promotion de la fraternité universelle : les moyens politiques (chapitre 5) et sociaux (chapitre 6).

b’) La guérison de la fraternité blessée : les moyens thérapeutiques (chapitre 7).

2’) Les moyens transcendants : les moyens religieux (chapitre 8).

Introduction

A) L’objet

1) Énoncé (1)

Dès le premier n., le pape formule la thèse de toute l’encyclique que nous avons énoncée ci-dessus : tous les hommes sont frères ; ou plutôt : tous les hommes doivent être frères.

2) Illustration

Dans la continuité de la lettre encyclique Laudato sì, cette encyclique se met à l’école de saint François d’Assise, frère universel (2). C’est ce que prouve « sa visite au Sultan Malik-el-Kamil » (3). Et la raison de cette fraternité universelle est de « communiqu[er] l’amour de Dieu » (4). Le pape le développera dans les chap. 3 et 5.

B) Sources (5)

En fait, l’encylique se présente plus comme sur une synthèse des différentes interventions du pape sur le sujet.

C) Destinataire (6)

Traitant de la fraternité « universelle », l’encyclique s’adresse à « toutes les personnes de bonne volonté ».

D) Importance

Cette lettre est rendue très actuelle par la pandémie qui a dévoilé notre « incapacité d’agir ensemble » (7). Son intention est donc de « faire renaître un » rêve : notre « désir universel d’humanité » (8).

Plan du chapitre 1 : « Les ombres d’un monde fermé »

Dans ce premier chapitre, le pape propose un diagnostic sur le mal entravant la fraternité universelle aujourd’hui (9). De tous les chapitres, il est le plus difficile à organiser [4].

A) Les faits

1) L’humanité a progressé vers la fraternité (10)

2) Mais aujourd’hui, la fraternité régresse

Différents signes l’attestent que ce rêve de fraternité s’est brisé : le recul du sens social (11) ; le primat de l’économique (12) ; la « perte du sens de l’histoire » (13) ; les « nouvelles formes de colonisation culturelle » (14).

B) Les causes

Après le diagnostic positif, le diagnostic étiologique.

1) L’absence de projet commun

François parle de l’absence de « projet pour tous » (15, etc.), d’« horizon » (26, etc.), de « cap commun » (29, etc.). Prenons cette indication comme boussole [5].

a) Les faits

La politique ne poursuit pas de « projets à long terme » (15). Nombreuses sont les conséquences du point de vue de la fraternité.

1’) En général

« Les distances augmentent » : « entre nous » (16) ; et avec la nature, « la Maison commune » dont parle Laudato sì (17).

2’) En particulier

a’) La marginalisation de l’autre

« Certaines parties de l’humanité » sont « sacrifiées » (18), notamment les personnes âgées (19), les divers groupes rejetés, par exemple par le racisme (20) ou l’exclusion économique (21).

b’) La particularisation des droits

Les droits de certains sont respectés au détriment de ceux des autres (22), en particulier les femmes (23) et ceux qui sont en situation d’esclavage (24).

c’) La violence

La multiplication des « situations de violence » (25) provient de « l’absence d’horizons à même de nous unir » (26) et aussi de « certaines peurs ancestrales ». Elle conduit à « élever des murs » (27) et à faire proliférer « les groupes mafieux » (28).

b) Les causes

Le pape isole notamment trois causes qui sont autant de perte d’un « cap commun » : au progrès de la science et de la technique s’associe une « détérioration de l’éthique » (29) ; « les sentiments d’appartenance à la même humanité s’affaiblissent » (30) ; l’égoïsme prime la recherche du « bonheur partagé de l’humanité » (31).

2) La pandémie révélatrice

La pandémie de Covid-19 n’est pas tant une cause qu’un révélateur [6].

a) Le fait

Certes, la pandémie a réveillé momentanément notre fraternité mondiale (32). Mais elle a surtout révélé fragilité de nos liens (33).

b) La cause

La pandémie révèle que la réalité (la nature et l’histoire) souffrent (34).

c) L’invitation à l’action

Elle nous invite donc à tirer les leçons : en plein, passer des « autres » au « nous » (35) ; en creux, dépasser « l’illusion collective » pour une authentique « communauté d’appartenance » (36).

3) La déshumanisation des migrants

Les migrations interrogent doublement la fraternité universelle.

a) Du côté des migrants

1’) Le fait : le non-accueil des migrants (37).

2’) La cause : l’attrait des migrants ; et les conséquences : les multiples souffrances des migrants (38).

b) Du côté des pays d’accueil

1’) Le fait : le migrant dévalorisé (39).

2’) La cause : la perte du « sens de la responsabilité fraternelle » (40).

3’) L’invitation à l’action (41).

4) La communication illusoire

L’inflation des connexions numériques engendrent une double peine

a) Souffrance de la relation à l’autre

1’) Chez les individus

La communication numérique suscite : une perte de la vie privée d’autrui (42), affaiblit les liens réels (43) et augmente l’agressivité (44).

2’) Au plan collectif (45)

3’) Et même dans les milieux religieux, y compris chrétiens et catholiques (46).

b) Souffrance dans le rapport à la vérité

Cette souffrance se traduit par : une déformation de la réalité (47), une perte de l’écoute de la personne (48), une information immédiate (49) et cumulative, donc superficielle (50).

5) L’autodépréciation de sa propre culture

a) Le fait

Le modèle culturel des pays économiquement prospères conduit à déprécier la culture des pays défavorisés (51).

b) Conséquences

Cette autodépréciation ou mésestime de soi favorise la domination (52) et le déracinement (53).

C) Conclusion

Après cet exposé du mal contemporain, la conclusion se présente comme une transition sous forme d’espérance.

1) Les raisons d’espérer : le don de soi de l’homme (54).

2) L’appel à espérer (55)

Plan du chapitre 2 : « Un étranger sur le chemin »

Pour montrer la fraternité universelle, le pape fait d’abord appel à la voie exemplaire, au « modèle » (66). En l’occurrence, il convoque la parabole du bon Samaritain (Lc 10,25-37).

A) Intention

Proposer cette parabole de Jésus à « toutes les personnes de bonne volonté » (56).

B) Contexte biblique

1) L’Ancien Testament

  1. a) En négatif : l’histoire des frères, Caïn et Abel, donc l’anti-fraternité (57).
  2. b) En positif : Dieu, fondateur de la fraternité dans le livre de Job (58) et l’élargissement de la fraternité dans le judaïsme (59).

2) Le Nouveau Testament

  1. a) L’appel général à la fraternité universelle (60)
  2. b) L’appel particulier à accueillir l’étranger (61) et ne pas se replier en « des groupes fermés » (62).

C) Le texte

1) « L’abandonné » ou l’homme blessé

Le pape donne à l’homme blessé de la parabole le beau nom suggestif d’« abandonné ».

a) Exposé du sens littéral (63)
b) Sens moral

Le sens moral applique le sens littéral à la situation du lecteur. François invite à s’interroger en nous (64) et à observer autour de nous (65).

2) Le bon Samaritain

a) Exposé du sens littéral (66)
b) Sens moral

1’) Exposé : face à la souffrance, la seule attitude est celle du bon Samaritain (67).

2’) Fondement anthropologique : l’homme est fait pour aimer (68).

D) L’actualisation sociale

Après avoir invité à l’appropriation personnelle (sens moral), François élargit et applique la parabole à notre situation sociale actuelle qui en est une répétition.

1) La répétition en général

  1. a) Répétition superficielle : mêmes personnages (69)
  2. b) Répétition de la vraie différence : entre les indifférents et les compatissants (70).
  3. c) Répétition dans les motivations (71)

2) La répétition en particulier

a) Les brigands (72)
b) Les personnages indifférents

1’) Leurs différentes motivations (73)

2’) Une caractéristique : ce sont des « personnes religieuses » (74).

3’) Leur complicité avec les brigands (75)

c) Le blessé (76)
d) Le bon Samaritain

Il est exemplaire en : sa responsabilité (77), son appui sur l’aide locale, l’hôte (78) et la gratuité de son service (79).

E) L’application à la fraternité universelle

Enfin, le pape François applique toute son analyse au thème de l’encyclique.

1) Preuve

La parabole est une puissante invitation à cette fraternité sans frontières. Elle invite à « nous faire proches, prochains » (80) ; « devenir proche de toute personne », y compris étrangère (81), même païenne, donc impure (82) ; l’amour universel (83).

2) Confirmation et fondement

La fraternité universelle trouve son fondement dans : l’identification de Jésus à chaque étranger (84) ; le salut du Christ offert à tous et la communion trinitaire (85).

3) Conséquence pratique

L’invitation de tous à vivre cette fraternité sans limite (86)

Plan du chapitre 3 : « Penser et gérer un monde ouvert »

Dans ce chapitre, le plus central de l’encyclique, le pape en montre la thèse. Éthique, celle-ci n’est pas seulement descriptive – la fraternité humaine est universelle –, mais prescriptive : la fraternité humaine doit être universelle (87). Il le montre à partir de son acte (88-105), de son objet (106-111) et des deux (autres) voies de l’éthique : la vertu (112-117) et la norme (118-127).

A) L’acte : l’amour

C’est « l’amour [qui] crée des liens » et donc la fraternité (88).

1) Exposé de cet amour universel

a) L’amour comme ouverture

En effet, l’amour fait « sortir de soi-même » (88). Ensuite, il nous ouvre plus largement à l’autre (89) ; un signe en est la pratique de l’hospitalité (90).

b) L’élargissement de l’amour

Cet élargissement se comprend du côté du sujet : l’amour orientant les vertus (91). Du côté de son « objet », c’est-à-dire la vie humaine (92). Et du côté de l’acte : l’identification de l’autre à soi (93) et la communion (94).

c) L’amour comme fraternité universelle

Enfin, « l’amour nous met en tension vers la communion universelle ». Cela est vrai entre personnes individuelles (95). Cela est aussi vrai entre pays (96), entre groupes différents (97), et notamment avec les personnes porteuses de handicap (98).

2) Les maladies de l’amour universel

Si l’on songe ici au mal qu’est l’individualisme ou aux particularismes (communautarismes ghettoïsants) qui s’opposent bien entendu à l’universalité de l’amour, le pape François songe ici aux déformations même de cet amour universel. Aussi parle-t-il des « Compréhensions inadéquates d’un amour universel »

a) Le mépris pour son peuple

Un premier « faux universalisme » est le « mépris pour son propre peuple » (99).

b) L’universalisme abstrait
1’) Les signes

Une autre est l’« universalisme autoritaire et abstrait » (100).

2’) Les causes

Cette seconde forme de faux universalisme naît de la déconnexion entre la personne et la fonction (101) ; elle naît aussi de la réduction du prochain à partenaire (102).

3’) Les remèdes

Un premier remède consiste à connecter avec la fraternité : la liberté (102) et l’égalité (104).

Un second est la luttre contre la racine qu’est l’individualisme (105).

B) L’objet : la valeur

De même que tout acte se fonde sur un objet, de même l’amour a un objet : la valeur (c’est-à-dire le bien). Sur quel bien se fonde « l’amitié sociale » (99) ou « la fraternité universelle » (99 et 106) ?

1) Exposé

Cette valeur est l’être humain (106). De la découle « le droit de vivre dans la dignité » (107). Et cette valeur et cette dignité incluent les « personnes fragiles » (108).

2) Application

Une société de la fraternité universelle : ne pourra se fonder sur les seuls « critères de liberté du marché et d’efficacité » (109) ; inclura tout le monde (110) ; promouvra « le droit de chacun » s’il est « ordonné au bien plus grand » (111).

C) La voie de la vertu

Pour mettre en œuvre cette valeur qu’est la fraternité universelle, le pape emprunte deux chemins complémentaires : la vertu et la loi. L’acte habituel devient culture ou vertu.

1) La vertu de bienveillance

Elle est exposée en plein (112) et en creux (113).

2) La vertu de solidarité

a) La solidarité entre les personnes

La « vertu morale » de solidarité concerne d’abord les personnes : les familles (114) ; les personnes fragiles (115), en particulier « les laissés-pour-compte » (116).

b) La solidarité étendue à la nature (117)

D) La voie de la norme

La deuxième voie d’incarnation de l’amitié sociale est la loi, à savoir ici : la propriété possède une « fonction sociale ». Ce principe est parfois appelé : destination universelle des biens (de la terre).

1) Exposé

a) Argument rationnel

La raison en est que « le monde existe pour tous » (118).

b) Arguments d’autorité

C’est ce qu’affirme les Pères de l’Église (119) et le Magistère ecclésial (120).

2) Application

a) Aux personnes

En plein, ce droit au développement s’adresse à tout homme (121).

La conséquence, en creux, en est que sont subordonnés le droit d’accumuler des richesses (122) et celui d’entreprendre (123).

b) Aux peuples

Le principe de « destination commune des biens doit s’appliquer aujourd’hui également aux pays » (124).

Suivent différentes conséquences : la responsabilité à l’égard du développement des autres pays (125) ; la mise en place « d’un nouveau réseau dans les relations internationales » (126) ; l’entrée dans « une autre logique » (127).

Plan du chapitre 4 : « Un cœur ouvert au monde »

Ce chapitre affronte deux grands champs concrets où se joue la question de la fraternité universelle : la migration et la mondialisation (128). Mais François n’en reste pas à décrire les maux qui sont autant de défis comme dans le chapitre 1, il propose des remèdes qui sont politiques autant qu’éthiques.

A) Les migrations

1) Les prescriptions (normes) politiques

  1. a) Norme générale (129)
  2. b) Normes plus particulières (130), en particulier la citoyenneté (131) et la coopération internationale (132).

2) Les raisons éthiques de la migration

a) La raison intéressée : le don
1’) Le don de l’autre culture

a’) En général : le premier don (133) et le don en retour (134)

b’) En particulier : quelques exemples américains (135) ; la rencontre de l’Occident et de l’Orient (136).

2’) L’échange des dons (137-138).
b) Deuxième raison : l’accueil gratuit

1’) Principe : la gratuité (139) dont Dieu est le modèle (140)

2’) Application à la question des migrants (141).

B) La mondialisation

Sous le titre « Local et universel », François problématise aussitôt la question de la mondialisation : en quoi l’universel qu’est le mondialisé respecte-t-il les cultures qui sont locales et singulières ?

1) Énoncé des deux pôles (142)

2) Analyse des deux pôles

a) Le pôle local

1’) La relation saine du local et du global

Le local est à la fois source (143) et condition de la richesse du global (144).

2’) La relation malade qui est le trop d’universel (145)

b) Le pôle universel

1’) La relation malade qui est le trop de local (146 et 147).

2’) La relation saine de l’universel et du local (148 à 150).

3) Rétroaction de l’universel sur le local

a) Rétroaction saine

« L’universalité peut préserver les particularités » (151), comme le montrent les relations de voisinage (152)

b) Rétroaction malade (153)

Plan du chapitre 5 : « La meilleure politique »

Ce chapitre aborde les moyens politiques, qui sont nécessaires pour réaliser la fraternité universelle (154).

A) Les maladies du politique

En matière de fraternité, l’on rencontre deux pathologies du politique qui ferment le monde.

1) Le populisme

a) Le mal

Le populisme est une classification inadéquate (156) et ignore ce qu’est véritablement le peuple (157).

b) Le remède

Il relève de la juste notion de peuple (158) et de son juste gouvernement, ce qui suppose : le sens du bien commun (159), l’ouverture vivante (160), le refus de l’immédiateté (161) et l’accès au travail (162).

2) Le libéralisme

Même si le titre parle de « Valeurs et limites des visions libérales », le pape François souligne seulement les limites.

a) L’individualisme
1’) Le mal

La vision libérale réduit la société à une somme d’individus et d’intérêts personnels (163).

2’) Le remède

C’est la charité politique dont il sera parlé longuement plus loin : elle unifie le mythe (le rêve) et l’institution (164) et permet la rencontre du prochain (165).

b) La concupiscence effrénée
1’) Le mal

Le libéralisme favorise notre « tendance constante à l’égoïsme » (166)

2’) Le remède

L’éducation remédie à cette « fragilité humaine » (167).

c) Les illusions de la liberté du marché

Loin de résoudre les problèmes, la liberté du marché multiplie les injustices (168). La conséquence en est l’absence d’intégration des pauvres (169).

B) La politique saine

Elle a besoin de deux moyens dont le second, auquel le pape accorde un développement beaucoup plus conséquent, est majeur.

1) Le pouvoir international

a) Nécessité de ce pouvoir

Trois faits montrent l’importance d’institutions internationales. Nous n’avons pas tiré les leçons de « la crise financière de 2007-2008 » (170). « La multiplication des faux droits » conduit à l’injustice (171). « La dimension économique et financière, de caractère transnational, tend à prédominer sur la politique » (172).

b) Nature de ce pouvoir

1’) L’Organisation des Nations Unies (173).

2’) Les engagements et accords multilatéraux (174).

c) Le correctif apporté par les structures de la société civile (175)

2) La charité politique [7]

Aujourd’hui, la politique est critiquée. Pourtant, elle est nécessaire pour conduire à la fraternité universelle (176). Encore faut-il qu’elle soit « appropriée » à son essence. Si j’osais un jeu de mots, elle doit être saine et sainte.

a) Une « saine politique »

Elle revêt aujourd’hui trois caractéritiques : « la politique ne doit pas se soumettre à l’économie » (177) ; elle « œuvre pour les grands principes et en pensant au bien commun à long terme » (178) ; elle ne rapièce pas, mais opère « des révisions de fond » (179).

b) Une politique informée par la charité

La « charité » sociale est le « cœur de l’esprit de la politique » (187).

1’) Preuve

La raison est que la charité est la voie efficace de la fraternité universelle (180). Une autre raison est que l’amour s’exprime dans toutes les relations, y compris les « macro-relations » politiques (181).

La conséquence en est que l’on doit cesser le peuple et la personne (182).

2’) Nature de la charité sociale

La charité sociale ou politique est non pas d’abord affective, mais effective, c’est-à-dire est un « dynamisme » (183). Elle n’est pas d’abord un « sentimentalisme », mais, pour « être universelle », a besoin de la vérité (184), en particulier, de la foi et de la raison, dont les sciences (185).

3’) Applications

a’) Cadre général

L’application de la charité à la politique requiert la distinction entre l’amour « élicite », c’est-à-dire les actes intérieurs et donc personnels de charité, et l’amour « impéré », c’est-à-dire la charité inspirant les institutions (186).

b’) La sollicitude pour les pauvres

La charité politique « est toujours un amour préférentiel pour les derniers », c’est-à-dire les pauvres (187) ; en particulier, elle prend soin « de la fragilité des peuples et des personnes » (188) ; plus particulièrement encore, de ceux qui ont faim (189).

c’) L’ouverture à tous

La charité politique est ouverte « à tous les hommes » (190). La conséquence en est l’assomption de « toute différence » (191) et donc « la culture de la tolérance, de la coexistence et de la paix » (192).

d’) La conversion de l’homme politique

1’’) Nécessité

« Tout homme politique […] est appelé à vivre l’amour dans ses relations interpersonnelles quotidiennes » (193).

2’’) Nature

Cet amour se caractérise par la tendresse, c’est-à-dire un « amour qui se fait proche » (194).

3’’) Mise en œuvre

La mise en pratique de cette charité politique suppose de : chercher, non pas le grand succès, mais l’attention à chacun (195) ; avoir « confiance dans les réserves de bien qui se trouvent dans le cœur du peuple » (196) ; être centré non pas sur soi, mais sur le bien du peuple (197).

Plan du chapitre 6 : « Dialogue et amitié sociale »

Ce chapitre développe un autre type de moyens pour établir la fraternité ouverte : les moyens sociaux.

A) Le dialogue

1) Nécessité du dialogue

L’amitié sociale dont traite le précédent chapitre s’incarne dans le dialogue (198).

2) Nature

a) Le dialogue sain (199)
b) Les contrefaçons du dialogue

Ces monologues se présentent sous la forme d’échanges d’opinion (200), de disputes médiatiques (201), de simples négociations (202).

3) Les moyens

Le respect des personnes (203), la communication interdisciplinaire (204), les techniques de communication (205).

B) Le fondement du dialogue : la vérité

1) La maladie : le relativisme (206)

2) La relation saine à la vérité (207)

3) Les moyens

a) La lutte contre les moyens mensongers

En général (208), en particulier (209). Ils sont sous-tendus par une logique de la force (210).

b) La promotion des moyens vrais

Le dialogue (211) finalisé par la recherche de la vérité – en général (212) et en particulier, la valeur de la personne (213) – et fondé ultimement sur la nature humaine créée (214).

C) La culture de la rencontre

Le pape François entend par là non pas la simple rencontre, mais la rencontre devenant habitus, c’est-à-dire culture, voire vertu.

1) Nécessité de cette culture (215)

2) Nature de cette culture (216 et 217)

3) Moyens

a) La rencontre avant le pacte (la norme)

1’) La relation malsaine : le pacte avant la rencontre (218)

2’) La juste relation : en général (219) ; en particulier avec les peuples autochtones (220)

3’) Un moyen : céder (221).

b) Une vertu particulière : la bienveillance

1’) Nécessité (222)

2’) Nature de la vertu (223)

3’) Pratique (224)

Plan du chapitre 7 : « Des parcours pour se retrouver »

Le souverain Pontife fait appel à un autre type de moyens, original, d’ordre thérapeutique. Il ne s’agit plus ici de seulement promouvoir la fraternité universelle, mais de « guérir » les « blessures » contre la « paix » (225).

A) Les vrais remèdes

1) La vérité

  1. a) Nécessité de la vérité (226)
  2. b) … en lien avec la justice et la miséricorde (227).

2) La paix

a) L’architecture

Cette image désigne l’aspect plus politique. La réconciliation requiert :

1’) de laisser une place à chacun (228)

2’) le primat de l’appartenance commune à l’humanité (229), selon l’image de la famille (230)

b) L’artisanat

Cette image désigne l’aspect plus éthique.

1’) Nature (231)

2’) Mise en œuvre : tâche infinie (232), incessante (233), à l’écoute des « derniers de la société » (234), par un « développement humain intégral » (235).

3) Le pardon

a) Les objections au pardon (236)
b) Exposé de la voie du pardon

1’) Exposé (237)

2’) Refus de son contraire, la violence, par Jésus-Christ (238) et les communautés chrétiennes primitives (239).

3’) Réponse à une objection (240)

c) Réponse aux objections
1’) Intégration de la justice

a’) Exposé (241)

b’) Condition (242)

c’) Mise en œuvre (243)

2’) Intégration du conflit

a’) Énoncé : la réconciliation « dans le conflit » (244)

b’) Exposé : « l’unité est supérieure au conflit » (245)

3’) Intégration de la mémoire

Le pardon est un acte personnel qui ne saurait être imposé (246)

a’) Différents exemples de pardon sans oubli : la Shoa (247), les bombardements atomiques et l’esclavage (248)

b’) La tentation de l’oubli (249)

c’) Exposé

Le pardon nécessite la mémoire (250). Le pardon se concilie avec la mémoire par le refus de la vengeance (251) et en différenciant les injustices (252).

d) Prière finale (254)

B) Les faux remèdes

L’accès à la paix doit écarter deux fausses réponses (255).

1) Une fausse solution collective : la guerre

a) Le fait : la menace constante de la guerre (256)
b) Proscription de la guerre
1’) De la guerre en général (257)
2’) En particulier, de la guerre juste

Désormais, l’on ne peut plus parler de guerre juste pour différentes raisons : démesure des moyens de destruction (258) ; en contexte de mondialisation (259), mais déjà en pleine guerre froide (260) ; les effets inhumains (261).

3’) En particulier, de la dissuasion nucléaire (263)

2) Une fausse solution singulière : la peine de mort

a) Énoncé : la proscription de la peine de mort (263)
b) Exposé
1’) Droit de l’autorité à la peine en général (264)
2’) Mais interdit de la peine de mort

a’) Arguments d’autorité (265)

b’) Arguments rationnels : la finalité médicinale de la peine (266) ; les erreurs judiciaires (267) ; l’instrumentalisation politique (268) ; « l’inaliénable dignité » de l’homme (269).

  1. c) Conséquence pratique : la conversion de notre violence (270).

Plan du chapitre 8 : « Les religions au service de la fraternité dans le monde »

Enfin, le successeur de Pierre considère les moyens religieux.

A) Thèse

« Les différentes religions […] offrent une contribution précieuse à la construction de la fraternité » (271).

B) Preuve

1) Pour les religions en général

a) Exposé

Différentes raisons attestent le rôle de la religion dans l’ouverture à la fraternité : si la raison comprend la fraternité, seule la religion permet de la créer (272) ; la religion fonde la dignité de l’homme en Dieu (273) ; elle protège de l’idole de l’idéologie (274).

b) Conséquences

La religion doit participer au débat public (275) et ne pas être privatiée (276).

2) Pour le christianisme en particulier

a) Exposé : apport du christianisme à la fraternité

L’Église valorise la fraternité au nom : du primat de la compassion et de la relation (277) ; de son attention à l’humain et de la maternité universelle de Marie (278).

b) Conséquences

1’) Le droit à la liberté religieuse des chrétiens (279)

2’) Le renforcement de l’lunité dans les différences (280).

C) Objection et réponse

Les affirmations ci-dessus suscitent l’objection selon laquelle la religion est source de violence. Le pape répond à cette objection implicite

1) Exposé

La religion est par essence non-violente parce que Dieu aime tout homme (281) ; ce qui demande que le croyant retourne à la source de sa foi (282).

2) Réfutation de l’erreur

La violence fondamentaliste viente d’une déformation de la religion (283) et de « l’imprudence de leurs responsables » (284).

3) Conséquences pratiques

  1. a) L’appel du pape et du Grand Imam Ahmad Al-Tayyeb à la non-violence (285)
  2. b) L’exemple de différents témoins de la fraternité universelle (286), en particulier du bienheureux Charles de Foucauld (287)

D) Prière (finale)

1) Prière au Créateur

2) Prière chrétienne œcuménique

Conclusion

L’encyclique Frateli tutti ne comporte pas de conclusion, puisque l’appel final avec ses deux prières et inclus dans le chapitre 8.

Cette divisio textus n’est qu’une proposition éminemment réformable [8]. Elle a l’inconvénient de la rigidité – surtout pour un pape latino-américain qui n’est pas coutumier des distinctions analytiques et des répartitions par exclusion [9]. Elle présente, en revanche, l’avantage de la clarification et, espérons-le, de l’aide à la lecture. Toute autre suggestion, toute critique sont les bienvenues. Surtout, cette proposition, dont je répète qu’elle est analytique et conceptuelle, est complémentaire d’autres approches, plus synthétiques ou plus narratives.

Pascal Ide

[1] Pape François, Lettre encyclique Fratelli tutti sur la fraternité et l’amitié sociale, 3 octobre 2020.

[2] Cf. Pascal Ide, L’art de penser. Guide pratique, Paris, Médialogue, 1992, chap. 4 : « Divisez pour régner ».

[3] Sauf la dernière, dont le père Frédéric Louzeau a montré avec pertinence qu’elle structurait en profondeur la lettre encyclique Laudato sì. Cf. Frédéric Louzeau, « Spécificité et originalité de Laudato Si’ », pro manuscripto. Cf. Id., François, Lettre encyclique Laudato sì sur la sauvegarde de la maison commune, Texte intégral, réactions et commentaires, de Frédéric Louzeau et Baudouin Roger (éds.), Paris, Parole et Silence, Collège des Bernardins, 2015 ; « Sciences environnementales et théologie : le cas exemplaire de l’encyclique Laudato sì », Annales des Mines. Responsabilité et environnement, 83 (2016) n° 3, p. 82-86.

[4] Certains numéros défient même l’articulation au moins interne, sinon externe (par exemple, le n. 45).

[5] L’organisation de ce passage m’apparaît toujours obscure. Par exemple, est-il unifié par cette cause unique que serait l’absence de bien ou but commun ? Toute suggestion qui se refuse à la juxtaposition est bienvenue.

[6] Ici, comme ailleurs dans ce chapitre, nous reprenons sous une autre formulation le plan voir-juger-agir.

[7] Comme le passage du chapitre 1 signalé ci-dessus, l’organisation du propos, pourtant profond et inédit, sur la charité politique, ne m’a pas sauté aux yeux.

[8] J’ai cité deux passages : n. 15-31 ; n. 176-197.

[9] Le parti-pris de synthétiser bien des interventions du pape (n. 5) n’a assurément pas aidé à un exposé continu et organique.

23.12.2020
 

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