Le Saint-Père, guérison de l’image du père. Témoignage de Souliko

Souliko a été battue par son père qui, de plus, lui a fait subir des sévices sexuels. [1] L’impact fut si radical que sa foi en a été profondément ébranlée :

 

« Des années après ma conversion, dire le Notre-Père demeurait pour moi une souffrance, et concevoir la bonté du Père du Ciel encore plus impossible. Inutile de dire que toute personne qui se hasardait à évoquer le quatrième commandement, ‘Tu honoreras ton père et ta mère’, me plongeait dans la colère ou le tourment. À d’autres moments, je me sentais défaillir [2] ».

 

C’est d’abord en entendant L’histoire d’une âme, de sainte Thérèse de Lisieux, et notamment la grâce de guérison de Noël 1886, que Souliko mesure que le père adoré n’est pas parfait. Elle comprend que le père, c’est « quelqu’un qui vous aime tant qu’il ne saurait vous blesser que par faiblesse ou par négligence [3] ! » Surtout, en 1993, alors qu’elle annonce aux Carmélites qu’elle va rencontrer Jean-Paul II, la prieure, qui ignore tout de ses tourments familiaux, lui dit : « Vous allez enfin pouvoir sentir ce que sont les entrailles d’un père [4] ! » Et tel fut en effet le cas : Souliko devine la souffrance de celui que l’on appelle justement le Saint-Père, son intercession pour le monde, sa présence à chacun. « Le pape mit sa main sur mon épaule et me regarda avec une tendresse, une attention inexprimables. […] C’était le Christ qui se penchait sur moi. Je n’ai pas d’autres mots pour le dire [5] ». La présence et la prière de saint Jean-Paul II ont guéri l’image déficiente et perverse du père.

« Comme toute grande rencontre, celle-ci avait bouleversé profondément mon âme. Quelque chose s’était passé, mais je ne savais pas au juste quoi ». De retour à Paris, elle prend conscience du changement qui s’est opérée en elle en entendant le début de la première prière eucharistique qui s’adresse au « Père infiniment bon » :

 

« Les mots qui autrefois m’auraient plongée dans le tourment ne laissaient désormais plus aucune place au trouble. Derrière le mot ‘Père’, je ne voyais plus que bonté, pureté, force bienveillante. Et pour la première fois, je pus réciter le Notre-Père sans défaillir. Comme si l’image du ministre de Dieu, reflet de la paternité divine, avait envahi mon âme, effaçant à tout jamais l’image honnie que j’avais connue auparavant [6] ».

Pascal Ide

[1] Souliko, Une voix, un cri, Propos recueillis par Nathalie Viel, coll. « Paroles pour vivre », Paris, Le Cerf, 1994, p. 107-124.

[2] Ibid., p. 117.

[3] Ibid., p. 118.

[4] Ibid., p. 118.

[5] Ibid., p. 120.

[6] Ibid., p. 122.

23.7.2026
 

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