La contemplation dans la vie ordinaire selon Josémaria Escriva

« Le grand besoin de notre âge, en ce qui concerne la vie spirituelle, est de mettre la contemplation sur les chemins [1] ».

1) Exposé

La spiritualité du fondateur de l’Opus Dei a pour spécificité d’introduire la contemplation dans la vie ordinaire. En effet, spiritualité de Josémaria Escriva est d’introduire un regard contemplatif dans la vie quotidienne. « Nous autres, enfants de Dieu, nous devons être des contemplatifs : des personnes qui, au milieu du grondement de la foule, savent trouver le silence d’une âme qui s’entretient sans cesse avec le Seigneur [2] ». Or, l’homme entre dans cette contemplation quand il se découvre fils de Dieu, quand il considère la paternité de Dieu sur lui. Donc, « sens de la filiation divine et vie contemplative forment ainsi, d’une certaine manière, une seule chose [3] ».

Or, Jésus est le vrai Fils. Voilà pourquoi Josémaria invite à regarder comment vit Jésus-Christ. Or, nous vivons une existence ordinaire : « Nous sommes des chrétiens ordinaires, nous exerçons les professions les plus variées […]. Nos journées semblent toutes pareilles, presque monotones [4] ». Or, Jésus a vécu cette vie familiale de manière exemplaire, dans le quotidien, un quotidien semblable au nôtre durant la vie cachée à Nazareth. D’où l’importance de la vie cachée dans la spiritualité de Josémaria : « en grandissant et en vivant comme l’un d’entre nous, Jésus nous révèle que l’existence humaine, nos occupations courantes et ordinaires, ont un sens divin [5] ».

2) Preuve par contraste avec Charles de Foucauld

Pour Charles de Foucauld, Nazareth est au centre de sa vocation et de son enseignement. Pour lui aussi, il s’agit de vivre de la spiritualité de Nazareth, d’imiter le Christ dans sa vie cachée.

La différence est la suivante. Pour Charles de Foucauld, cette imitation suppose d’abord de quitter sa vie quotidienne pour se retirer. Le Seigneur, écrit-il, voulait que je me consacre à l’imitation de sa vie à Nazareth, et cela parmi les musulmans en des contrées reculées [6] ». Ensuite, cette imitation demande les trois conseils évangéliques ; or, ceux-ci sont impraticables dans le monde. Enfin, de manière encore plus radicale, la vie de Nazareth est le prolongement, la visibilisation de l’anéantissement, de l’abaissement, en un mot de la kénose du Christ : « Dans l’amour, l’adoration, l’immolation, la supplication, le travail manuel, la pauvreté, l’abjection, le recueillement, le silence, on imitera le plus fidèlement possible la vie cachée de Jésus à Nazareth [7] ».

Tout à l’inverse, Josémaria demande aux fidèles de l’Œuvre de ne pas quitter leur état de vie, mais de demeurer en celui-ci, de demeurer dans le monde : « En vivant de la sorte, sans se distinguer par conséquent des autres citoyens, en étant pareils à ceux qui travaillent à leurs côtés, ils s’efforcent de s’identifier au Christ et ils imitent ses trente années de travail dans l’atelier de Nazareth [8] ». Par conséquent, pour Josémaria, cette vie de « contemplation filiale » est « très simple », puisqu’elle peut s’opérer partout : « tout – personnes, choses et occupation – nous fournit l’occasion et le thème pour une conversation continuelle avec le Seigneur [9] ».

Au fond, la différence, et elle est de taille, tient peut-être à un schème plotinien présent dans l’école française dont on sait combien elle a influencé Charles de Foucauld : la vie contemplative n’est pas réservée à la vie ordinaire ; elle ne peut se mêler à la vie active, elle en est séparée.

3) Les moyens selon Josémaria

  1. a) Le principal moyen est la prière

« Travaillons, et travaillons beaucoup et bien, sans oublier que notre meilleure arme est la prière [10] ».

  1. b) Précisément : faire des pauses d’oraison

Ce sont des « moments ne sont pas considérés comme une rupture avec ce qui précède, comme un abandon du monde dans lequel on a vécu jusqu’alors, pour passer à un autre, plus divin : ils sont tenus pour les moments plus intenses d’une attitude qui est permanente [11] ».

  1. c) Fréquentes : les multiplier

 

« Ces pratiques [de prière] te mèneront presque insensiblement à la prière contemplative. Des actes d’amour plus nombreux naîtront dans ton âme : jaculatoires, actions de grâce, actes de réparation, communions spirituelles. Et cela, tout en accomplissant tes obligations : en décrochant ton téléphone, en prenant un moyen de transport, en ouvrant ou en fermant la porte, en passant devant une église, avant te de mettre au travail, en le réalisant ou en l’achevant. Tu sauras tout rapporter à Dieu ton Père [12] ».

Pascal Ide

[1] Jacques et Raïssa Maritain, Liturgie et contemplation, 1959, Œuvres complètes, vol. XIV, 1993, p. 138.

[2] Josémaria Escriva, Forge, Paris, Éd. du Laurier, 1988, n° 738. Pour le détail, cf. Laurent Touze, « La contemplation dans la vie ordinaire. À propos de Josémaria Escriva », Esprit et vie, n° 67 (octobre 2002), p. 9-14.

[3] José-Luis Illanes, La sanctification du travail, trad., Paris, Éd. du Laurier, 1985, p. 101.

[4] Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, Paris, Éd. du Laurier, 1989, n° 74.

[5] Id., Quand le Christ passe, n° 14.

[6] Charles de Foucauld, Seul avec Dieu. Retraites à Notre-Dame-des-Neiges et au Sahara, introd. et notes par Bernard Jacqueline, Paris, Nouvelle Cité, 1975, p. 169.

[7] Charles de Foucauld, Lettre à Suzanne Perret, 15 décembre 1904, citée dans Denise et Robert Barrat, Charles de Foucauld et la fraternité, coll. « Maîtres spirituels » n° 15, Paris, Seuil, 1958, p. 53.

[8] Entretiens avec Mgr Escriva de Balaguer, Paris, Éd. du Laurier, 1987, n° 70.

[9] Josémaria Escriva, Lettre 11 mars 1940, n° 15, § 2, cité dans José-Luis Illanes, La sanctification du travail, p. 89-90.

[10] Id., Sillon, Paris, Éd. du Laurier, 1987, n° 497.

[11] José-Luis Illanes, La sanctification du travail, op. cit., p. 93.

[12] Josémaria Escriva, Amis de Dieu, Paris, Fayard-Mame, 1989, n° 149.

31.3.2026
 

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