Introduction à la lecture de l’Encyclique Redemptoris Mater de Jean-Paul II 6/6

Troisième sous-partie : « Voici ta mère »

De manière inaugurale et symbolique à Cana et de manière plénière à la Croix, Marie exerce une médiation maternelle à l’égard de tous les hommes, car le Christ l’a invitée à peu à peu élargir sa maternité

de sa Personne propre et de sa mission à la réalité de l’Église et du monde.

1) Introduction

Nous voici arrivés au second passage le plus central de l’Encyclique. Il nous retiendra un peut longuement car le raisonnement de Jean-Paul II est riche et serré.

Jean-Paul II va établir la médiation (maternelle) de Marie d’une manière à la fois originale et décisive. C’est là sans doute l’apport le plus important de l’Encyclique ; c’est même, nous le dirons en son temps, puisque le Saint-Père le souligne, une nouveauté dans l’enseignement magistériel.

Pour montrer que Marie est médiatrice, Jean-Paul II va procéder en trois temps soigneusement articulés, chacun se fondant sur un passage essentiel de l’Écriture concernant Marie

  1. a) Fondement de cette médiation : la maternité de Marie est une maternité dans la foi : Luc 11,27 et 28 (n. 20).
  2. b) Ébauche de cette médiation : Or, cette maternité dans la foi s’épanouit dans, fonde la médiation de Marie : Jean 2,1 à 11 (n. 21 et 22).

– Achèvement, accomplissement de cette médiation : Jean 19,25 à 27 (n. 23 et 24).

2) N. 20 : Marie est pleinement mère par la foi

Ici nous commençons la vie publique ; et, une fois n’est pas coutume, Jean-Paul II va bouleverser l’ordre chronologique pour l’intelligibilité de son exposé. En l’occurrence il commence non pas par Cana qui est le début de la vie publique, mais en plein milieu de cette vie publique ; et il nous le raconte dans la seule version que nous ayons, celle de Luc (11,27 et 28).

a) La remarque adressée à Jésus : v. 27 (§ 1 et 2)

1’) Lecture du texte d’Évangile, comme d’habitude (§ 1, début).

2’) Commentaire (§ 1, à partir de « Ces paroles… » à fin du § 2)

a’) Thèse

Les paroles de la femme révèlent et louent la maternité de Marie selon la chair.

b’) Exposé

D’une part, ces paroles révèlent Marie, car elle n’était sans doute pas connue au début du ministère de Jésus (fin du § 1). D’autre part, que révèlent-elles ? (§ 2) Que Jésus est fils de l’homme, est vraiment homme, grâce à cette maternité : si Marie n’avait pas donné son corps à son fils, le Sauveur n’aurait pu naître. Aussi le Christ « est chair et sang de Marie ». (lisez la belle citation de S. Augustin à la note 43 : elle est typique de sa « manière », qui sait allier la beauté de la formulation et la profondeur suggestive du contenu) Un signe en est d’ailleurs que c’est en S. Luc seulement que l’on parle de Marie concevant, mettant au monde et allaitant Jésus.

b) La réponse de Jésus : v. 28 (§ 3 à la fin)
1’) Principe, sens général (§ 3 à 6)

a’) Thèse (§ 3)

Jean-Paul II lit d’abord la réponse du Christ avant d’en formuler le sens profond : la maternité plénière et première est la maternité non pas charnelle mais spirituelle (celle qui se forme dans l’écoute et l’observance de la Parole de Dieu).

Attention, comprenons-le bien, mais cela apparaîtra mieux à partir du § 7, cette maternité spirituelle n’est pas exclusive de la maternité charnelle, mais seulement l’intelligence qui considère Marie doit passer de l’une à l’autre au lieu d’en rester seulement à ce qui est le plus apparent et de plus superficiel. C’est donc que le Christ se livre ici à toute une pédagogie qui fut d’ailleurs celle de toute sa vie : spiritualiser son auditoire, l’éveiller à la réelle profondeur des choses qui est spirituelle. Mais pour cela il part toujours du point où se trouve son auditeur ou son disciple pour peu à peu l’éduquer, l’ouvrir à une réalité plus ample, plus riche (sans renier les acquis antérieurs, mais en les remplissant différemment) : par exemple, avec Nicodème, Jésus part de la naissance que le pharisien comprend d’abord en un sens exclusivement charnel pour lui montrer que ce sens peut en fonder un autre, celui de la naissance, de la régénération spirituelle, celle du baptême (Jean 3) ; avec la Samaritaine, c’est l’eau et la soif qui servent de symboles (Jean 4) ; etc.

b’) Preuve (§ 4)

Jean-Paul II la prend dans un épisode très parallèle que l’on trouve ici aussi dans les autres évangiles Synoptiques. C’est l’autre lieu où il est aussi explicitement question de Marie (et même plus encore de sa présence). Or, ce passage montre là encore à l’évidence combien Jésus fait passer ceux qui l’écoutent « à la sphère des valeurs spirituelles ». (vocabulaire qui n’est pas sans rappeler M. Scheler auquel il a consacré sa thèse de philosophie).

c’) Confirmation (§ 5 et 6)

– Énoncé (§ 5) : l’épisode du recouvrement au Temple à 12 ans montrent aussi un tel passage de la maternité charnelle à la maternité spirituelle.

– Preuve (§ 6) : En effet, Jésus a dit à cette occasion qu’il devait « entièrement et exclusivement » des affaires de son Père. Or, cela doit s’entendre en un sens tout autre que charnel : en un sens spirituel, car les « affaires de son Père », c’est identiquement le « royaume de Dieu » dont on sait qu’il n’a rien de temporel et charnel. Mais, de ce point de vue, la fraternité ou la maternité est comme la paternité : ce sont toutes des relations humaines fondées sur les liens du sang et de la chair, d’abord. Aussi lors du Recouvrement au Temple, Jésus n’invitait-il pas à concevoir seulement la paternité (de Joseph) sous l’angle spirituel de la paternité de Dieu, mais aussi la maternité de Marie.

2’) Application à Marie (§ 7 et 8)

Venons-en à l’application particulière à Marie ; nous allons par la même occasion comprendre la réponse à la question, en connectant les deux maternités : la maternité charnelle dont traite la question et la maternité spirituelle dont parle Jésus.

a’) Ces paroles s’adressent à Marie (§ 7)

– Jean-Paul II commence par une question, plus, une difficulté : n’y a-t-il pas opposition entre les deux maternités ? C’est ce qu’une première lecture pourrait faire croire.

– Énoncé de la réponse : ces deux maternités ne s’opposent pas, au contraire. Or, Marie, on le sait, a engendré Jésus dans la chair. C’est donc que la réponse du Christ s’adresse en tout premier lieu à Marie : en elle se vérifie l’union entre les deux maternités. Autrement dit, Marie est mère selon une véritable maternité spirituelle.

– Pourquoi ? Nous l’avons vu en détail, Marie est celle qui par excellence écoute la Parole de Dieu, la garde et l’observe. C’est le même évangéliste Luc qui nous l’enseigne expressément (Jean-Paul II en donne quatre références). Comme la maternité spirituelle en son essence consiste en cette obéissance à la Parole, Marie est par excellence celle à qui s’adresse Jésus. C’est donc que les maternités ne s’opposent pas.

– Confirmation : La femme dans la foule et Jésus proclament Marie bienheureuse. Or, déjà Élisabeth avait proclamé Maire bienheureuse pou sa foi et Marie avait prophétisé en disant que les générations feraient de même : c’est ce que la vie publique du Christ inaugure. En conséquence, Maire est bien loué pour sa foi, ce qui ne peut que se rapporter à sa maternité spirituelle : elle a enfanté Jésus dans son cœur, par la foi avant que de l’enfanter dans sa chair, disions-nous avant à la suite des Pères.

Il y a donc comme une convergence entre les quatre béatitudes, celle de la femme dans la foule, celle de Jésus lui répondant et celle d’Élisabeth confirmée dans le Magnificat.

b’) Or, la condition de la maternité spirituelle de Marie est la foi (§ 8)

Jean-Paul II distingue deux temps de cette maternité dans la foi : le premier est l’Incarnation dont on a vu qu’elle impliquait aussi une profonde démarche de foi, un engendrement dans la foi.

– En effet, déjà lors de l’Incarnation, nous avons vu que Marie n’a pas seulement accueilli l’action de l’Esprit Saint dans sa chair, mais d’abord elle y a consenti en adhérant aux paroles de l’ange : et c’est justement cela que nous appelons la maternité spirituelle. Or, Maire a adhéré dans la foi la plus totale (dans l’obscurité notamment). C’est donc que la maternité spirituelle (en général et en particulier celle de Marie) se fonde sur la foi.

– Mais il y a plus profond encore (à partir de « Mais à mesure… »)

L’intuition de fond que Jean-Paul II n’explicitera jamais pour elle-même (même si on trouvera un début d’élaboration n. 45, § 1) est que la maternité ne s’arrête, ne se termine (au sens propre de trouver son terme, son point d’achèvement) qu’à la personne toute entière, en tout son être : déjà en son être charnel et spirituel (et nous avons vu que c’est cela qui fait que Marie n’est pas que la mère d’un homme, mais la Mère de Dieu) ; mais aussi en son déploiement historique, en son agir, et, pour le Christ, cet agir a pour nom Mission, celle que le Père lui a confiée. Or, il est évident que cet accueil de la Personne et de la mission du Christ ne peut se faire que dans la foi (en la Parole de Dieu). Mais de plus, le dévoilement de la dimension plénière de cette Personne et à plus forte raison de sa mission suppose du temps et donc une croissance dans la foi. Il y a eu parallélisme entre ce dévoilement progressif, pédagogique de la Mission du Christ et la croissance de la foi de Marie, son ouverture à la « nouveauté » de la mission. et de sa participation maternelle à la Mission, ce que nous verrons mieux dans la suite.

D’où cette conclusion capitale pour comprendre l’Encyclique et surtout le cœur de Marie. Ce n’est pas d’un coup mais peu à peu que Marie a découvert la réalité plénière de sa maternité spirituelle : celle-ci est livrée au même rythme propre que la foi ; or, on sait que cette foi de Marie a continuellement grandi durant toute sa vie. Et il importe de le préciser contre toutes les tendances à idéaliser Marie, à en faire un enfant prodige qui n’aurait pas connu une continuelle croissance de sa foi, comme si cela pouvait nuire à sa grandeur, alors que cette foi obscure, sans lumière est justement son plus pur titre de gloire, et qui fait que l’Église la loue chaque soir, à Vêpres, comme bienheureuse (dans sa foi).

– Conséquence (dernière phrase du n. 20) : Marie est la première disciple du Christ, puisque le propre du disciple est de suivre le Christ dans la foi et que Marie fut la première à adhérer au mystère même du Christ et ainsi permettre l’incarnation.

3) N. 21 et 22 : La médiation maternelle de Marie

La réflexion de Jean-Paul II progresse avec rigueur. Revenant en arrière, à l’épisode des noces de Cana qui inaugure la vie publique du Christ, le Saint-Père va montrer que la maternité dans la foi de Marie s’ouvre en médiation maternelle. Le plan suit le texte de Jean 2

a) Le contexte (§ 1)
1’) Le début du texte : l’invitation à Cana (§ 1, début)

Après avoir lu Jean 2,1-2, Jean-Paul II commente : « le Fils semble invité à cause de la Mère ». J’ajouterai volontiers : de même, le Fils de Dieu fut comme invité à inaugurer sa vie terrestre par Marie, comme il le sera plus tard pour inaugurer sa vie publique, et comme plus tard encore, le temps de la visibilité de l’Église s’inaugurera (notamment) grâce à la prière de Marie.

2’) La fin du texte (§ 1, dernière phrase)

Le fruit des noces de Cana fut que Jésus donna son premier signe. Or, ce signe nous donne de voir la gloire du Verbe, selon la belle parole du prologue (Jean 1,14 : « Et nous avons vu sa gloire »).

b) Le texte et précisément, le dialogue où Marie intervient (§ 2 à fin du n. 22)
1’) Lecture du texte (§ 2)

Jean-Paul II en profite pour préciser quelques points intéressants, comme le sens de l’heure dans l’Évangile de S. Jean.

2’) Commentaire (§ 3 à fin du n. 22)

Jean-Paul II commence par une exclamation qui nous dévoile toute l’attitude qui est la sienne et qui doit être la nôtre lorsque nous abordons l’Écriture, surtout dans ces passages clefs : celle d’une crainte respectueuse face à la profondeur du mystère exprimé par l’Écriture ; en l’occurrence ici, c’est le mystère de l’union spirituelle si intime régnant entre Marie et Jésus. Cela nous donne aussi la perspective de l’analyse qui va suivre : Jean-Paul II centre son intérêt sur la relation existant entre Marie et Jésus, et non pas par exemple sur le rôle de Marie dans la vie publique de Jésus, etc.

Or, il comporte deux voire trois aspects qui traitent de la médiation de Marie : cet épisode de l’évangile met en place la médiation de Marie.

a’) Relation de Marie à tous les hommes (§ 3)

Ce § est particulièrement riche et dense

1’’) Nous avons vu dans le n. précédent que la maternité de Marie présentait une dimension nouvelle, d’ordre spirituel. Et c’est là tout l’apport des évangiles Synoptiques qui s’arrête donc principalement à cela.

2’’) Or, cette maternité spirituelle apparaît comme sollicitude pour tous les hommes. Et cette découverte est l’œuvre propre de l’évangile johannique (cela se confirmera encore avec le texte suivant que nous analyserons au n. 23). En effet, Marie ne dit-elle pas : « Ils n’ont plus de vin » ?, phrase simple mais symbolique de son souci très concret des êtres. Mais comme il va être dit plus bas dans un instant, la reconnaissance de cette misère concrète est désir de la manifestation de son Fils Jésus. Et ce signe miraculeux libérant l’homme d’un mal de peu d’importance (le manque de vin à une noce) est signe de la puissance messianique qui commence à se déployer pour venir délivrer l’homme de tout mal : en effet, c’est ce que dit la parole d’Isaïe reprise par Jésus come programme de tout son ministère (en Luc 4,18).

3’’) Or, cette sollicitude a tous les caractères d’une médiation (§ 3, à partir de : « Il y a donc… »)

– Preuve : En effet, au sens étymologique, est médiateur ce qui se place « au milieu », entre deux autres êtres ou choses. Or, à Cana, « Marie se situe entre son Fils et les hommes dans la réalité de leurs privations ». Donc Marie mérite pleinement le titre de médiatrice aux noces de Cana.

Mais nous avons vu que cet épisode a un rôle symbolique, représentatif, programmatique, en particulier parce qu’ici Jésus inaugure sa vie publique et donc son ministère messianique dont le miracle est l’une des composantes, l’un des signes. Or, tout évènement originel, initiateur, fondateur revêt une importance d’exception : de l’entrée dans la vie à l’entrée dans la vie divine (par le baptême), jusqu’à des évènements plus banals, comme l’entrée dans un pays que l’on ne connaît pas.

– Or, déjà Jean-Paul II détaille certaines caractéristiques de cette médiation

C’est une médiation intérieure et non pas extérieure, car elle est maternelle : le Saint-Père ne fait qu’effleurer l’idée parce qu’elle sera abondamment reprise par la suite, à commencer par le n. suivant. Par ailleurs, c’est une médiation de prière, précisément d’intercession (ce qui sera revu aussi en troisième partie : n.). En comparaison, le sacrement est une médiation de salut aussi mais de type instrumental, qui ne dépend pas de l’intercession de celui qui le reçoit (c’est typique dans le cas du baptême du nouveau-né), ni même du ministre, du prêtre l’administrant, même si cette prière est vivement recommandée (par exemple le prêtre peut être distrait, etc.).

Enfin, c’est ce que nous avons dit avant, son but n’est rien moins que le salut de l’homme.

b’) Relation de Marie au Christ (§ 4)

En effet, toute médiation implique intermédiaire, en l’occurrence la médiation de Marie la place entre Jésus et les hommes ; aussi toute étude d’une médiation comporte une double face : la relation de Marie à Jésus et la relation de Marie aux hommes. D’ailleurs, les deux paroles de Maire à Cana se rapportent à ces deux relations : « Ils n’ont plus de vin » intéresse sa relation aux hommes ; mais « Faites tout ce qu’il vous dira » concerne sa relation à Jésus.

Jean-Paul II traite maintenant du second aspect de la médiation, en l’occurrence : « Marie est porte-parole de la volonté du Fils ». C’est tout le sens de la parole de Marie : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ».

Or, Marie prononce cette parole par ce qu’elle croit en Jésus. C’est donc que la médiation de Marie se fonde sur la foi.

3’) Confirmation : l’enseignement du Concile (n. 22)

En fait, Jean-Paul II veut d’une part montrer un autre aspect de la médiation de Marie qu’il n’a fait qu’effleurer, à savoir qu’elle est maternelle ; or, il le manifeste en montrant comment s’articulent les enseignements du Concile et de l’Encyclique sur la médiation exercée par Marie.

a’) Ce que dit le Concile (§ 1)

Que nous enseigne en effet le Concile sur ce sujet ? La Constitution Lumen Gentium ne traite pas explicitement de la médiation de Marie, mais elle met en relation son rôle maternel et la médiation du Christ. Elle s’arrête donc au rapprochement, mais n’en tire pas les conséquences jusqu’au bout, ce que justement va faire le Saint-Père.

b’) Ce qu’il ne dit pas et que précise Jean-Paul II (§ 2)

Maire est mère à l’égard des hommes, tel est l’enseignement de Vatican II. Or, c’est parce que Marie est mère qu’elle est médiatrice : tel est l’enseignement des noces de Cana qui est « la première annonce » de cette médiation ; voilà ce qui est nouveau et que n’avait pas dit le Concile. Aussi la médiation de Marie est-elle essentiellement maternelle.

Nous assistons ici à un cas typique de progrès dans l’explicitation de la révélation. Et il est très instructif de voir comment cela se passe : Jean-Paul II ne prétend nullement innover absolument, réaliser une création « ex nihilo », à partir de rien. Au contraire, toute la lecture de l’Encyclique le montre à foisons (remarquez par exemple le nombre de citations de Vatican 2 dans ce seul numéro), c’est la méditation assidue de l’enseignement de Lumen Gentium, chapitre 8 qui a mis Jean-Paul II sur cette piste.

4) N. 23 et 24 : La plénitude de la médiation de Marie

a) Intention (n. 23, § 1, première phrase)

Nous passons du début de la vie publique à son terme, son achèvement. Aussi de même que la médiation de Marie s’ébauchait à Cana, de même va-t-elle prendre ses pleines dimensions à la Croix. Nous allons donc lire maintenant cet autre passage de Jean, le seul évangéliste qui parle de la médiation de Marie et par la même occasion de sa présence au pied de la Croix.

b) Lecture du texte (§ 1, fin)

Jean-Paul II donne le texte sans l’assortir de glose.

c) Enseignement du texte par rapport à la médiation de Marie (§ 2 et 3)

D’abord, cet épisode exprime la sollicitude de Jésus à l’égard de sa Mère : nous est ainsi rappelé indirectement que cette sollicitude maternelle de Marie en quoi consiste sa médiation est toujours seconde, subordonnée à celle de Jésus ; d’autre part, et c’est cela qu’il faut approfondir, le « testament de la Croix » nous parle de la sollicitude de Marie, donc de sa médiation.

Celle-ci se trouve approfondie, accomplie sur trois points dont les deux premiers sont essentiels

– Quant à sa finalité, son but (§ 2, troisième phrase)

L’épisode des noces de Cana l’avait symboliquement et implicitement évoquée. Ici, cette fin est clairement énoncée : c’est la coopération au « mystère pascal du Rédempteur », autrement dit du salut.

– Quant à l’extension de la médiation (§ 2, fin)

Le mystère du salut que réalise la Croix est pour tous les hommes. Or, Marie au pied de la Croix est dans le rayonnement de ce mystère. C’est donc qu’elle est donnée come Mère (et par là comme médiatrice) à tous les hommes. D’autant qu’elle est donnée comme Mère à Jean (car à la suite de la tradition la plus commune, Jean-Paul II n’hésite pas à identifier Jean et le « disciple que Jésus aimait ») et que Jean symbolise tout homme : Jean-Paul II dira d’ailleurs au n. 45, § 2, la raison profonde pour laquelle Jésus s’adresse à lui seul.

– Quant au fondement de la médiation (§ 3) : son origine est la foi (bien sûr dans la charité) ; mais l’épanouissement de la médiation, la nouveauté de la maternité de Marie à la Croix se fonde sur un amour nouveau, et Jean-Paul II le qualifie même de « définitif ». Il est parallèle et proportionné à la profondeur unique de la foi de Marie lorsqu’elle se retrouve à la Croix (cf. n. 18, § 3 o^il est parlé de « kénose de la foi »).

On voit donc une nouvelle fois combien le Saint-Père est attentif à placer Marie sur un chemin de croissance et de pèlerinage (dans la foi et la charité, et par là de participation au mystère du Christ et de la communication de son salut à tous les hommes). Cette dimension de progrès, de patiente avancée dans le temps est avec l’acceptation d’autrui et de sa différence : l’acceptation, l’intégration de ces deux « rocs de l’altérité » que sont le temps et notre prochain sont le signe par excellence de notre accès à l’état de maturité humaine) ce que l’homme a le plus de mal à accepter. Ce n’est pas un hasard si la première qualité de la charité est d’être patiente (cf. I Co 13,4). Or, c’est la condition, le propre de la créature est de s’inscrire dans le temps, dans une histoire. Il y a donc comme un prométhéisme, un orgueil à refuser que les choses s’effectuent dans la durée, prennent du temps.

d) Confirmation (n. 24)
1’) Confirmation de la finalité rédemptrice de cette médiation (§ 1)

– Jean-Paul II se fonde sur l’Écriture, en l’occurrence le grand texte marial de Gn 3, 15 : en effet, il y est dit que la femme aura un rôle rédempteur à jouer. Or, justement, à Cana comme au pied de la Croix, Jésus appelle Marie non pas par son nom mais « femme ». C’est donc quelle occupe une « place unique […] dans l’économie du salut » (pour reprendre avec Jean-Paul II les mots de l’introduction)

– Une citation du Concile le confirme.

2’) Confirmation de l’extension universelle de la médiation de Marie (§ 2 à la fin)

Cette dernière partie aura aussi pour mission de ménager une transition entre première et seconde parties, selon la manière toujours très souple de Jean-Paul II.

– Thèse (§ 2, première phrase) : Marie exerce sa maternité, sa médiation à l’égard de tous les hommes et plus précisément de l’Église, ce qui est justement le thème de la troisième partie.

Là encore, il est fait appel aux double témoignage de l’Écriture et du Concile

– Preuve scripturaire (§ 2, fin) à laquelle se joint la Tradition. Notez quel plaisir Jean-Paul II prend plaisir à réenchasser ses différents thèmes.

– Preuve par le Concile (§ 3 et 4) : après avoir cité longuement Lumen Gentium, ch. 8 (§ 3), le Saint-Père commente (§ 4). Il donne un signe plus qu’une raison du rôle maternel de Marie dans l’Église, à savoir : de même qu’à l’Annonciation Marie fut présente à l’Incarnation du Verbe, de même à la Pentecôte, elle fut présente à la naissance de l’Église. Et ces deux présences étaient maternelles. Mais il faut montrer cette correspondance de manière plus profonde et plus décisive. C’est ce à quoi va s’exercer les deux parties restantes de l’Encyclique.

Pascal Ide

16.3.2026
 

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