Fécondité des loisirs authentiques. L’exemple grec

Au terme de son traité de politique, Aristote explique en une phrase très dense ce Big bang intellectuel que fut, chez les Grecs, la naissance de la philosophie, loisir par excellence :

 

« Jouissant de plus de loisirs [skholastikôtéroi] grâce à leurs richesses et leur âme se portant avec plus de grandeur vers la vertu [megalopsukhoteroi pros tèn aretèn], de plus, exalté par leurs exploits avant comme après les guerres Médiques, ils s’adonnèrent à tout ce qui s’apprend [pasès heptonto mathèséôs], sans faire de distinctions, mais en cherchant encore plus profond [1] ».

 

Avoir écarté le danger (ici, celui des Perses qui ont été vaincus lors des guerres Médiques), donc vivre dans la paix et disposer de temps, ne suffit pas pour entrer dans le loisir. Encore faut-il posséder quelques moyens (les « richesses ») et surtout désirer avec grandeur, c’est-à-dire avec générosité, la vertu, c’est-à-dire l’excellence et disposer d’un minimum d’estime de soi (ici obtenu par la victoire contre les ennemis : « exalté par leurs exploits »). Alors, le Grec a pu s’exercer à ce loisir supérieur et si fécond qu’est la recherche de la vérité. Et l’on sait la fécondité de cette quête audacieuse dont nous vivons encore aujourd’hui : ils ont à peu près tout inventé (« ils s’adonnèrent à tout ce qui s’apprend »), la mathématique, la physique, la métaphysique, la politique, la logique, la rhétorique, etc.

Pascal Ide

[1] Aristote, Politiques, L. VIII, 6, 1341 a 28-32, trad. Jules Tricot, coll. « Bibliothèque des textes philosophiques », Paris, Vrin, 21970, p. 578. Trad. modifiée.

7.1.2026
 

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