Communion des yeux, communion des cœurs

La communion des yeux exprime la communion des cœurs. Qui n’en a fait l’expérience ? Trois passions et seulement trois passions conduisent deux personnes à se fixer mutuellement, longuement et silencieusement du regard : la colère (ou la haine), le désir et l’amour. Or, les deux premières sont écartées par le contexte et les paroles mêmes.

Ce qui est vrai des personnes humaines est même vrai de Dieu dans l’expérience mystique. C’est ce qu’exprime une franciscaine allemande.

D’abord la communion des cœurs. En effet, celle-ci est échange des dons. Or, écrit la religieuse,

 

« Jésus me prit tout ce qui était à moi et mit à la place tout ce qui est sien, si bien qu’il me semblait n’avoir plus d’existence propre. Je fus remplie de ses sentiments, de son esprit, de son amour pour les âmes, de son zèle pour la gloire de Dieu. En un mot, je me revêtis de son être [1] ».

 

Et cette syncardie s’exprime dans la syntonie des regards :

 

« Jésus fixe continuellement sur moi son regard particulier : regard spirituel, douloureux immuable, qui, tout noyé des ombres de la mort, plonge profondément en mon âme. Et moi, ne pouvant m’en distraire, je fixe ce regard effroyablement triste, où passe tout un monde d’angoisses et d’amour. Et ses yeux me redisent notre union, ce qu’elle attend de moi, ce à quoi elle m’oblige. Quand deux époux s’interrogent du regard seul, ils se comprennent [2] ».

 

Pascal Ide

[1] Les Secrets d’une vie d’oraison et de réparation, soeur Marie Fidèle, franciscaine, 1882-1923, trad. Conrad Gury, Paris, DDB, 1923, p. 246. L’ouvrage est adapté de la biographie allemande de M. J. Muhlbauer.

[2] Ibid., p. 250.

12.1.2026
 

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