Petit exercice de vacances pour les amateurs de logique classique ! Joignons de manière inattendue le ludique (logique) et le mystique (mariologique) ! Voici un texte inattendu d’un pasteur protestant sur l’Assomption de Notre-Dame. Dans le cours en ligne sur les Bernardins L’art de penser (et le livre éponyme [1]), je propose différents outils logiques : point de vue, thèse, argumentation (syllogisme, induction).
Lecture du texte
Titre : « Célébrer l’Assomption de la Vierge Marie [2] ».
« Il faut d’abord se demander ce que l’on croit exactement du mystère de Noël. Oui ou non la Vierge Marie a-t-elle été visitée par le Saint-Esprit ? Oui ou non a-t-elle conçu Jésus le Verbe de Dieu par la seule puissance de cet Esprit ? Les Saintes Écritures sont si claires sur ce point que je renvoie à deux références (Mt 1,18 et Lc 1,35).
« Cela étant admis, la Vierge Marie s’est-elle bornée à n’être qu’une ‘mère porteuse’ ? Bien évidemment non ! Selon l’Évangile de saint Luc, elle adhère au projet divin, témoignant ainsi de l’action de la grâce en elle (Lc 1,23).
« Ensuite, dans le célèbre Magnificat, elle prophétise, annonçant d’une manière active le dessein de Dieu. Discrète, mais présente avec les apôtres, elle suit Jésus dans son ministère, mieux, elle se trouve au pied de la croix alors que tous, sauf un, l’ont abandonné, elle se tiendra encore aux côtés des apôtres dans la chambre haute le jour de la Pentecôte.
« En elle le Saint-Esprit a donc agi d’une manière active et continue, si l’on songe de plus à l’extraordinaire naissance de Jésus, force est de reconnaître que la parole de l’ange s’est réalisée dans toute sa plénitude. Oui, Marie a littéralement été ‘favorisée’ par Dieu, donc particulièrement aimée.
« Dans l’Ancien Testament, nous avons deux cas explicites d’hommes saints connaissant à la fin de leur vie ‘l’être avec Dieu’ (Henoch, Gn 5,24) et le prophète Élie (2 R 2,11). La tradition juive y ajoute Moïse.
« Le Nouveau Testament laisse planer un certain mystère sur le sort des défunts. S’il ne fait nul doute que ceux qui meurent dans la foi vont vers la vie éternelle, la question du temps intermédiaire par rapport au jugement dernier devant arriver à la fin des temps demeure posée.
« Pourtant, et pour ne citer que deux exemples, le pauvre Lazare est porté dans le sein d’Abraham (donc auprès de Dieu) dès la fin de sa vie (Lc 16,22), et le livre de l’Apocalypse nous montre les martyrs vivant auprès de Dieu. Il est donc permis de croire que ceux qui ont vécu dans l’intimité de Dieu et qui, de ce fait, on plus que d’autres été habités par l’Esprit-Saint, ont le privilège de vivre dans l’éternité de Dieu dès la fin de leur vie terrestre, formant ainsi avec les anges l’Église invisible. Voilà pourquoi il est légitime de célébrer les fêtes des saints, non pas comme glorification de leur personne, mais comme louange à Dieu qui, par sa grâce et en vertu des seuls mérites du Christ, leur a permis d’être parmi nous les témoins de ses merveilles.
« Et la Vierge Marie, plus que d’autres, doit être honorée, non seulement pour obéir à la prophétie du Magnificat (‘Oui, désormais, toutes les générations me diront bienheureuses’), mais encore pour affirmer notre foi dans le mystère de Noël dont Jésus et Marie sont inséparables. Au-delà des détails, des définitions dogmatiques, dans lesquelles je ne veux pas entrer, célébrer l’Assomption de la Vierge Marie n’est finalement rien d’autre que de proclamer sa foi dans l’action continue en elle de l’Esprit-Saint, une présence particulière aussi, de cet Esprit, puisqu’elle est proclamée ‘favorisée’ par Dieu ; action et présence qui lui ont donné sa place dès la fin de sa vie terrestre dans l’Église invisible et triomphante ».
Étude logique
L’auteur parle à l’intelligence. Un signe en est la remarquable clarté de son article, de sa construction et son argumentation.
Son raisonnement est un syllogisme de première figure (les prémisses sont en italiques).
1) Majeure
Marie est singulièrement et activement visitée par l’Esprit-Saint. L’auteur le montre en faisant appel à une induction parcourant partiellement la vie de Marie.
- a) L’Esprit-Saint visite Marie
« Il faut d’abord se demander ce que l’on croit exactement du mystère de Noël. Oui ou non la Vierge Marie a-t-elle été visitée par le Saint-Esprit ? Oui ou non a-t-elle conçu Jésus le Verbe de Dieu par la seule puissance de cet Esprit ? Les Saintes Écritures sont si claires sur ce point que je renvoie à deux références (Mt 1,18 et Lc 1,35).
- b) L’Esprit-Saint visite activement Marie
1’) Au début de sa vie
« Cela étant admis, la Vierge Marie s’est-elle bornée à n’être qu’une ‘mère porteuse’ ? Bien évidemment non ! Selon l’Évangile de saint Luc, elle adhère au projet divin, témoignant ainsi de l’action de la grâce en elle (Lc 1,23).
2’) Dans le restant de sa vie
« Ensuite, dans le célèbre Magnificat, elle prophétise, annonçant d’une manière active le dessein de Dieu. Discrète, mais présente avec les apôtres, elle suit Jésus dans son ministère, mieux, elle se trouve au pied de la croix alors que tous, sauf un, l’ont abandonné, elle se tiendra encore aux côtés des apôtres dans la chambre haute le jour de la Pentecôte.
3’) Confirmation : Noël
« En elle le Saint-Esprit a donc agi d’une manière active et continue, si l’on songe de plus à l’extraordinaire naissance de Jésus, force est de reconnaître que la parole de l’ange s’est réalisée dans toute sa plénitude. Oui, Marie a littéralement été ‘favorisée’ par Dieu, donc particulièrement aimée.
2) Mineure
Or, l’Écriture nous montre que celui qui est aimé, favorisé de Dieu, vit après sa mort auprès Dieu. Là encore la démonstration est inductive : deux exemples tirés de l’Ancien Testament et deux tirés du Nouveau.
- a) Preuve dans l’Ancien Testament
« Dans l’Ancien Testament, nous avons deux cas explicites d’hommes saints connaissant à la fin de leur vie ‘l’être avec Dieu’ (Henoch, Gn 5,24) et le prophète Elie (2 R 2,11). La tradition juive y ajoute Moïse.
- a) Preuve dans le Nouveau Testament
« Le Nouveau Testament laisse planer un certain mystère sur le sort des défunts. S’il ne fait nul doute que ceux qui meurent dans la foi vont vers la vie éternelle, la question du temps intermédiaire par rapport au jugement dernier devant arriver à la fin des temps demeure posée.
« Pourtant, et pour ne citer que deux exemples, le pauvre Lazare est porté dans le sein d’Abraham (donc auprès de Dieu) dès la fin de sa vie (Lc 16,22), et le livre de l’Apocalypse nous montre les martyrs vivant auprès de Dieu. Il est donc permis de croire que ceux qui ont vécu dans l’intimité de Dieu et qui, de ce fait, on plus que d’autres été habités par l’Esprit-Saint, ont le privilège de vivre dans l’éternité de Dieu dès la fin de leur vie terrestre, formant ainsi avec les anges l’Église invisible. Voilà pourquoi il est légitime de célébrer les fêtes des saints, non pas comme glorification de leur personne, mais comme louange à Dieu qui, par sa grâce et en vertu des seuls mérites du Christ, leur a permis d’être parmi nous les témoins de ses merveilles.
3) Conclusion
Voilà pourquoi il est possible de célébrer l’Assomption de la Vierge Marie, c’est-à-dire sa présence au sein de « l’Église invisible et triomphante ». L’auteur est volontiers plus « flou », car la conclusion se déduit nécessairement des deux prémisses.
« Et la Vierge Marie, plus que d’autres, doit être honorée, non seulement pour obéir à la prophétie du Magnificat (‘Oui, désormais, toutes les générations me diront bienheureuses’), mais encore pour affirmer notre foi dans le mystère de Noël dont Jésus et Marie sont inséparables. Au-delà des détails, des définitions dogmatiques, dans lesquelles je ne veux pas entrer, célébrer l’Assomption de la Vierge Marie n’est finalement rien d’autre que de proclamer sa foi dans l’action continue en elle de l’Esprit-Saint, une présence particulière aussi, de cet Esprit, puisqu’elle est proclamée ‘favorisée’ par Dieu ; action et présence qui lui ont donné sa place dès la fin de sa vie terrestre dans l’Église invisible et triomphante ».
Pascal Ide
[1] Pascal Ide, L’art de penser. Guide pratique, Paris, Téqui, nouv. éd. entièrement refondue, 2023.
[2] Michel Viot, pasteur luthérien, dans Le Figaro, vendredi 14 août 1998, p. 2. Il est précisé qu’il s’exprime à titre personnel, tant son opinion diffère de l’approche luthérienne habituelle sur ce sujet.