La théorie de la motivation intrinsèque et extrinsèque (Deci). Enrichissement pour l’éthique et la métaphysique 1/2

« La motivation intrinsèque est propice à la créativité [1] ».

 

Cf. site pascalide.fr : « La théorie de la motivation intrinsèque et extrinsèque (Deci). Enrichissement pour l’éthique et la métaphysique »

A) Introduction

1) Objet

Le chapitre 2 des Aventures de Tom Sawyer contient une belle leçon de motivation. Tante Polly assigne à Tom la tâche passablement ennuyeuse de blanchir à la chaux trente mètres de palissade : « La vie n’était plus qu’un pesant fardeau ». Qui plus est, passant par là, son ami Ben commence à se moquer de son triste sort.

C’est alors que, « soudain, au beau milieu de son désespoir, il eut un trait de génie ». Tom retourne la situation et explique à Ben que son travail le passionne et que passer du lait sur une palissade de chaux est un privilège. Il est si convaincant que Ben lui demande de peindre un moment. Comble de la ruse : Tom refuse. Jusqu’au moment où Ben lui propose sa pomme en échange de ce qu’il voit comme une faveur. Tom cède alors. D’autres garçons arrivent et, eux aussi, finissent par badigeonner la palissade et même d’une triple couche.

Mark Twain tire lui-même la leçon de ce que nous allons appeler la « motivation intrinsèque » : « Travailler c’est faire tout ce qui nous est imposé, et s’amuser exactement l’inverse ». Il ajoute une illustration parlante : « Il y a en Angleterre des messieurs fort riches qui conduisent chaque jour des diligences attelées à quatre chevaux parce que ce privilège leur coûte les yeux de la tête, mais si jamais on leur offrait de les rétribuer, ils considéreraient qu’on veut les faire travailler et ils démissionneraient [2] ».

 

Spontanément, nous pensons que nous serons plus motivés à faire quelque chose si l’on nous récompense, et à éviter cette même chose si nous sommes punis. Or, les études scientifiques montrent que l’homme agit beaucoup plus volontiers par motivation intrinsèque que par motivation extrinsèque, c’est-à-dire par récompense et punition. Cette dernière affirmation est contre-intuitive.

2) Importance

Y a-t-il besoin de dire que cette question est de grande portée pratique : la motivation est ce qui nous fait agir. Notre dynamisme et l’accomplissement de nos tâches dépendent en grande partie de notre motivation.

À cette portée pratique (pour reprogrammer notre système de motivation) se joint une portée théorique (en philosophie éthique et en métaphysique de l’amour-don). Et celle-ci n’est pas moindre, comme l’attestera notre analyse.

3) Plan

Dans un premier temps, nous exposerons ce que les sciences cognitives nous révèlent de la motivation : l’apparition des notions (B) ; l’exposé de la distinction majeure, entre motivation extrinsèque (C) et intrinsèque (D) ; enfin, les interprétations données par les chercheurs eux-mêmes (E). Toutefois, comme pour de nombreuses synthèses sur le site, les précieux acquis des sciences sont l’occasion d’une relecture philosophique (F) : le texte scientifique est un pré-texte pour une méditation sapientielle.

B) Les expériences historiques

1) L’expérience de Harlow

Harry F. Harlow, professeur de psychologie à l’université du Wisconsin et primatologue, ainsi que deux collègues, montèrent en 1949 une expérience où ils évaluèrent le comportement de huit macaques face à un casse-tête mécanique. Celui-ci se résolvait en trois étapes successives : ôter une tige verticale, défaire un crochet et enfin, soulever le couvercle pivotant. Ils placèrent le casse-tête dans les cages, sans plus, c’est-à-dire sans aucune incitation, pour observer le comportement des singes.

Qu’observa-t-on ? Presque tout de suite, les macaques se mirent à manipuler les casse-tête avec beaucoup d’intérêt, et cherchèrent à les résoudre. Peu importe ici s’ils réussirent et si leurs résultats étaient très différents de l’homme (en l’occurrence, après entraînement, deux sur trois étaient capables de résoudre le problème en moins d’une minute après deux semaines d’entraînement – ce qui est tout de même beaucoup moins performant qu’un homme adulte). Ce qui est important, c’est que les singes avaient agi en dépit de toutes les motivations connues jusque lors. En effet, pour les chercheurs, un singe (mais aussi un homme) est mû par deux motifs : la satisfaction des besoins (biologiques) ; la recherche d’une récompense (ou la fuite d’une punition). La première motivation est intrinsèque (et biologique), la seconde, extrinsèque et culturelle. Or, ici, ni l’une ni l’autre n’est mise en jeu, mais une troisième motivation : « La réussite de la tâche a constitué une récompense intrinsèque ». Ainsi, « le comportement obtenu dans cette recherche soulève des questions intéressantes pour la théorie de la motivation, sachant qu’un apprentissage significatif a été observé et qu’une bonne performance a perduré sans recours à des incitations particulières ou extérieures [3] ».

Voire, Harlow pensait que cette troisième motivation – que l’on appela par la suite « motivation intrinsèque » – s’ajoutait aux deux autres. L’on a ainsi ajouté une récompense, en l’occurrence des raisins que l’on a offerts aux singes. Que pensez-vous qu’il arriva ? Ils montrèrent moins d’intérêt à résoudre les casse-tête ! Conclusion des chercheurs : « Il semblerait que cette motivation […] puisse être aussi fondamentale et aussi forte que les [autres] motivations [4] ». Ils invitèrent donc à se détourner de la théorie des deux motivations pour se centrer sur cette troisième, autrement dit « des explications nouvelles et plus pertinentes du comportement humain [5] ».

Malheureusement, ils étaient trop révolutionnaires et ne furent pas entendus. Aussi Harlow s’est-il tourné vers d’autres champs de recherche, précisément, la théorie de l’attachement de Bowlby pour laquelle il est connu [6].

2) L’expérience de Deci

Il faudra attendre pas moins de vingt ans, en 1969, pour que ces études soient reprises par un chercheur en psychologie à l’université Carnegie Mellon, Edward Deci, et appliquées à l’homme.

a) Expérience

Il choisit aussi un casse-tête mécanique, le cube Soma, qui est un puzzle tridimensionnel composé de sept éléments en plastique (six composés de quatre cubes et un de trois cubes) qui peuvent se combiner de millions de manières. Il fit appel à un groupe d’étudiants des deux sexes qu’il divisa en deux : le groupe expérimental (ou groupe A) et le groupe témoin (ou groupe B).

Les groupes participèrent à trois séances d’une heure, à raison d’une par jour pendant trois jours consécutifs.

Pendant la première séance, chaque participant entrait dans une salle différente, s’asseyait devant une table sur laquelle il y avait les éléments du cube Soma, des images représentant trois configurations différentes et des exemples des magazines Time, The New Yorker et Playboy (tentation du plaisir). Deci s’asseyait en face de l’étudiant, lui donnait les instructions (les mêmes pour les deux groupes : reproduire les configurations) et chronométrait.

Pendant la deuxième séance. Deci proposait des images différentes. Mais il ajoutait une instruction différentes selon les groupes : les participants du groupe A recevaient 1 dollar (soit l’équivalent de 5 euros actuels) pour chaque configuration correctement reproduite ; les participants du groupe B ne recevaient rien.

La troisième séance, donc durant la troisième journée, reproduisit la première à l’identique, c’est-à-dire sans toucher aucune rémunération.

L’expérience ajoute un autre élément d’importance. Au milieu de chaque séance, lorsque le participant venait de reproduire le deuxième exemple, Deci l’interrompait pour déclarer qu’il allait lui proposait un quatrième modèle. Il ajoutait qu’il devait alors saisir le minutage sur un ordinateur ; et comme celui-ci occupait l’espace d’une salle entière à l’époque ( !), il devait s’absenter pendant un petit moment ; il précisait alors que l’étudiant pouvait faire ce qu’il voulait. Vous vous en doutez, ce qui est intéressant est ce qui va se produire durant ces quelques minutes, précisément huit : il les observait derrière une glace sans tain. L’étudiant avait le choix entre jouer avec le puzzle pour reproduire le troisième modèle ou bien faire autre chose comme lire un magazine.

b) Résultats

La première séance, les participants des deux groupes A et B se sont comportés de la même manière : ils ont joué au cube Soma pendant trois à quatre minutes, signe d’un certain intérêt, puis sont passés à autre chose.

Le deuxième jour, les participants du groupe B se comportèrent comme la veille. En revanche, ceux du groupe rémunéré, le groupe A, se consacrèrent au puzzle pendant plus de cinq minutes, donc manifestèrent un intérêt plus marqué pour lui.

Mais le plus intéressant est ce qui s’est passé le troisième jour. Lors de l’interruption, toujours la même, les participants du groupe B ont joué au Soma plus longtemps que les deux premiers jours ; en revanche, les participants du groupe A, eux, ont joué deux minutes de moins que la veille, donc nettement moins, mais aussi une minute de moins que le premier jour.

c) Interprétation

La leçon est claire : le deuxième jour, les participants du groupe A ont agi comme on s’y attendait, poussé par la motivation extrinsèque de l’argent. En revanche, le troisième jour, l’explication traditionnelle par l’argent ne peut expliquer l’intérêt du groupe B. Certes, l’argent avait stimulé l’étudiant sur le court terme, mais pas durablement ni profondément : « Quand l’argent est utilisé comme récompense extérieure d’une activité, le sujet attache moins d’intérêt à cette activité même [7] ». Inversement, l’homme présente « une tendance inhérente à erchercher la nouveauté et les défis, à développer et à exercer ses capacités, à explorer et à apprendre [8] ».

3) Extension

La théorie de la motivation intrinsèque commence à gagner du terrain, même dans les disciplines où le modèle utilitariste semble encore largement dominant. Bruno Frey, économiste à l’université de Zurich, le reconnaît : « La motivation intrinsèque revêt une grande importance pour toute activité économique. Il est inconcevable que les gens soient motivés uniquement ou même principalement par des incitations extérieures [9] ».

C) La motivation extrinsèque

1) Nature

La motivation extrinsèque est identifiée à la récompense et à son contraire, la punition ; de manière imagée : la carotte et le bâton. Mais il s’agit là plutôt d’une description ou d’une identification, non d’une définition. Est-elle définie plus précisément ?

2) Le nom

Au début de leurs recherches, Deci et Ryan parlaient de « motivation intrinsèque » et de « motivation extrinsèque ». Puis, pour une raison que nous expliquerons plus bas, ils ont remplacé le couple « comportement motivé intrinsèquement » et « comportement motivé extrinsèquement » par « comportement autonome » et « comportement contrôlé ». Et voici comment il les définit :

 

« La motivation autonome consiste à se comporte selon son propre gré et ses propres choix, tandis que la motivation contrôlée consiste à se comporter en fonction de pressions et d’exigences de résultats spécifiques provenant de forces perçues comme étant externes à soi-même [10] ».

 

L’on distingue aussi parfois en récompense conditionnelle et récompense inconditionnelle.

3) Les différentes espèces

Existe-t-il une classification des principales motivations extrinsèques ?

La plus souvent nommée est l’argent. S’ajoute l’honneur ou le mérite [11]. Dès lors, les biens recouvrent ce qu’Aristote appelait les biens utiles et agréables. Faudrait-il ajouter la reconnaissance ou plutôt le compliment général ?

4) Discernement. Effets délétères de la motivation extrinsèque

Le premier ouvrage qui a traité de ce sujet portait pour titre : « les coûts cachés des récompenses » [12]. Un ouvrage de vulgarisation s’intitule : Punis par nos récompenses [13].

Daniel Pink classe les effets négatifs ou défauts en sept catégories : la motivation extrinsèque peut 1. annihiler la motivation intrinsèque ; 2. réduire la performance ; 3. empêcher la créativité ; 4. décourager la bonne conduite ; 5. inciter à agir de manière immorale ; 6. engendrer une accoutumance ; 7. favoriser un raisonnement à court terme [14]. Je répartirai ces conséquences dévastatrices en deux sous-groupes :

a) La diminution du positif
1’) La disparition de la motivation intrinsèque

a’) Preuve

Trois chercheurs, Mark Lepper, David Greene et Robert Nisbett ont publié en 1973 l’étude classique, l’une des plus citées sur la motivation [15]. Ils ont étudié pendant plusieurs jours, dans une classe d’école maternelle, les enfants qui se consacraient spontanément au dessin pendant les temps libres dont ils disposaient.

Puis, dans un deuxième temps, ils ont divisé les enfants en trois groupes. Au premier, ils montraient une récompense, à savoir une décoration garnie d’un ruban bleu sur laquelle le nom de chacun serait inscrit à condition qu’ils dessinent. Au deuxième, ils proposaient de dessiner et, au terme, à ceux qui avaient dessiné, ils donnaient une récompense, mais sans leur avoir dit auparavant. Au troisième, ils proposaient de dessiner et ne leur donnaient pas de récompense.

Enfin, dans un troisième temps, deux semaines plus tard, les chercheurs sont revenus observer les enfants à leur insu, alors que du matériel pour dessiner était mis à leur disposition.

Le résultat fut que les enfants des deuxième et troisième groupes ont montré le même entrain pour dessiner qu’avant l’expérience, alors que ceux du premier groupe ont manifesté un allant beaucoup moins marqué et ont dessiné un temps plus bref. Autrement dit, selon le mot de Twaine, le jeu était devenu un travail ; j’ajouterai : l’on avait perverti leur motivation en l’extériorisant, voire en commençant à les rendre dépendants du plaisir de la récompense.

b’) Confirmation

Cette étude est si dérangeante pour nos idées préconçues, mais aussi pour nos pratiques, qu’il a fallu multiplier les confirmations. Aujourd’hui, avec 45 ans de recul, on doit conclure qu’elle est très largement attestée. C’est ainsi que, en 1999, Deci et deux de ses collègues ont épluché la littérature des trente années précédentes, soit 128 expérimentations, et ont conclu : « les récompenses tangibles exercent généralement un effet substantiellement négatif sur la motivation intrinsèque [16] ».

2’) La diminution de l’excellence

a’) Preuve

Quatre économistes ont fait une expérience à Mandurai, en Inde, où le coût de la vie étant largement inférieur à l’Amérique du Nord, ils ont pu offrir aux participants des récompenses substantielles et tester leurs effets sur la performance, donc sur l’excellence. En l’occurrence, ils ont demandé à 87 participants de jouer à des jeux convoquant des aptitudes motrices (comme lancer des balles tennis sur une cible), de la créativité et de la concentration. Les chercheurs ont proposé des récompenses couronnant l’atteinte d’un certain niveau de performance. Et ils ont varié les récompenses en répartissant les participants en trois groupes.

Un premier tiers recevait une petite récompense (4 roupies, soit 30 centimes d’euros, soit un jour de salaire à Madurai). Un deuxième recevait une récompense importante (40 roupies, soit 3 euros, soit 2 semaines de salaire à Madurai). Un troisième recevait une récompense très importante (400 roupies, soit 30 euros, soit 5 mois de salaire à Madurai).

L’on a observé une influence de la récompense sur la performance, mais pas dans le sens prévu : les participants qui recevaient la récompense la plus magnifique, celle de 400 roupies, sont ceux qui ont le moins bien réussi les épreuves ! « Les plus fortes incitations ont abouti aux plus mauvaises performances [17] ».

b’) Confirmation

Là encore, ce résultat est tellement contre-intuitif qu’il a fallu le confirmer à de multiples reprises. Une méta-analyse de 51 études a confirmé que « les incitations financières […] peuvent avoir un impact négatif sur la performance globale [18] ».

3’) La diminution de la créativité

a’) Preuve

Nous procéderons en deux temps : nous partirons d’une expérience de psychologie cognitive qui vaut déjà pour elle-même, puis nous l’appliquerons à notre sujet.

  1. En 1945, le psychologue Karl Duncker a inventé l’expérience suivante [19], connue sous le titre de « Candle problem » ou « Problème de la bougie » [20]. Il place le sujet devant une table adossée à une cloison en bois et pose devant lui le matériel suivant : une bougie, une boîte ouverte contenant des punaises et des allumettes. Puis, il demande au participant de fixer la bougie au mur de telle sorte que la cire ne coule pas sur la table.

La plupart des personnes commencent par coller la bougie contre le mur. Mais la cire n’est pas adhésive. Puis, ils tentent de faire fondre le côté de la bougie pour qu’elle colle au mur. Mais la tentative échoue une nouvelle fois. Enfin, ils trouvent la solution après cinq à dix minutes : placer la bougie dans la boîte préalablement vidée de ses punaises et elle-même punaisée au mur.

Pourquoi le sujet ne pense-t-il pas spontanément à la solution ? À cause de ce que la psychologie appelle la « rigidité fonctionnelle » [21] : spontanément, nous sommes portés à attribuer une fonction à une chose ; or, la boîte contient des punaises, donc est déjà destinée à une fonction. Pour moi, l’expérience traduit le passage d’un fonctionnement algorithmique à un fonctionnement heuristique, c’est-à-dire d’un fonctionnement univoque à un fonctionnement analogue, d’un élargissement de notre champ de conscience.

  1. Un psychologue de l’université de Princeton, Sam Glucksberg a appliqué ce test de psychologie cognitive au champ la psychologie de la motivation [22]. Pour cela, il a divisé les participants en deux groupes. Au premier, il a annoncé qu’il chronométrait le temps de résolution, au second, il a promis une récompense à ceux qui résolvait le test. Précisément, les 25 % les plus rapides recevront chacun 5 dollars (environ 4 euros) et le plus rapide de tous, 20 dollars (environ 15 euros, qu’il faut accroître de même). Étant donné que l’expérience eut lieu en 1962, soit il y a plus d’un demi-siècle, il faut multiplier les sommes au moins par 10, ce qui est appréciable et motivant.

Paradoxalement, le second groupe a eu besoin de plus de temps pour résoudre le problème, prenant en moyenne trois minutes et demie. Autrement dit, la récompense a diminué la créativité, en obscurcissant le champ de réflexion.

b’) Confirmation

Un professeur spécialiste de créativité qui travaille à la Harvard Business School, Teresa Amabile, a testé les effets des récompenses (conditionnelles) sur les artistes. Elle a demandé à des artistes professionnels de choisir au hasard dix des œuvres qu’ils avaient réalisées ; or, parmi ces œuvres, certaines avaient été faites sur commande, donc comme un travail, et d’autres librement, donc gratuitement. Dans un second temps, les chercheurs ont demandé à un panel d’artistes et de conservateurs, ignorants de l’étude, d’évaluer ces œuvres du double point de vue de la créativité et de la qualité technique.

Les « résultats » ont été qualifiés de « saisissants » par les chercheurs : « Les œuvres réalisées sur commande ont été jugées significativement moins créatives que les œuvres réalisées sans commande, mais elles n’ont pas été jugées différentes du point de vue de la qualité technique ». Or, « les artistes ont déclaré s’être sentis significativement moins libres lorsqu’ils réalisaiente des œuvres sur commande ». Par exemple, l’un d’eux a dit : « la majeure partie du temps, quand on réalise une œuvre pour quelqu’un d’autre, cela devient plus un ‘travail’ qu’un plaisir [23] ». Par conséquent, le plus souvent, un travail récompensé, donc accompli par motivation extrinsèque est moins créatif qu’une œuvre accomplie par motivation intrinsèque. Cette expérience a été confirmée par une étude faite en 1986, mais qui ne fut pas publiée [24]. Teresa Amabile a même affiné le processus, constatant que la récompense diminue la perception des tenants et aboutissants du problème et l’investissement plénier dans la recherche d’une solution créative [25].

4’) La diminution de la générosité

a’) Preuve

Un des lieux du comportement moral, et même hautement moral, est la gratuité. Or, celle-ci se concrétise par exemple dans le don du sang. En 1970, un sociologue britannique, Richard Titmuss, a émis l’hypothèse originale que payer un donneur du sang ne serait pas seulement immoral, mais inefficace, c’est-à-dire réduirait son élan à donner. Malheureusement, il n’a pas testé cette hypothèse [26]. Mais, un tiers de siècle plus tard, elle fut expérimentée par deux économistes suédois [27]. Ils ont pris 153 femmes disposées à donner leur sang dans un centre de transfusion de Göteborg et, comme d’habitude pour avoir des groupes témoins et opérer des comparaisons, ils les ont découpé en trois groupes.

Au premier groupe, ils ont présenté le don du sang comme un acte bénévole sans rémunération. Au deuxième groupe de bénévoles, ils ont proposé 50 couronnes (soit 6 euros). Au troisième groupe, ils ont fait la même proposition, mais aussi, et c’est là une nouveauté, avec la possibilité d’y renoncer immédiatement au profit d’une association s’occupant d’enfants atteints du cancer.

Résultats. Les participantes du premier groupe ont décidé de donner leur sang à raison de 52 %, celles du deuxième groupe, à raison de seulement 30 %, et celles du troisième, à raison de 53 %, soit un montant presque égal au premier groupe. Une nouvelle fois, la motivation extrinsèque démobilisait ou, au sens propre, démotivait. Mais, comme il s’agit ici d’un acte gratuit, l’incitation financière ne fait pas que diminuer l’élan, elle le dénature, autrement dit, elle en corrompt la nature même.

L’expérience montre aussi autre chose. Que penser de l’attitude du troisième groupe ? Le don en argent n’a pas été refusé et il n’a pas démobilisé. En revanche, il a aussitôt été recyclé pour donner. Pour moi, il est entré dans une cascade de dons.

b’) Confirmation

Cette expérience est confirmée par l’expérience : les dons de sang affluent lors de désastres humanitaires ou écologiques [28]. Elle est aussi confirmée par l’expérimentation pour les bonnes actions en général : les incitations financières sont particulièrement contre-productives quand il s’aagit d’une bonne action [29].

b) L’augmentation du négatif

Celui qui est mû par des motivations extrinsèques blesse aussi

1’) La diminution de la moralité

La priorité donnée aux motivations exogènes engendre aussi un affaiblissement des comportements honnêtes, éthiquement recevables. Des chercheurs de la Havard Business School de l’université Northwestern, de l’université de l’Arizona et de l’université Wharton de Pennsylvanie ont noté que, « en plus de motiver un effort constructif, la fixation d’objectifs peut induire un comportement contraire à la morale [30] ».

Cela vaut pour les deux types de motivation extrinsèque : la poursuite de la récompense (du bien) ou la fuite de la punition (du mal).

a’) Preuve par la poursuite de la récompense

L’induction n’a pas besoin de passer par l’expérimentation tant les illustrations sont nombreuses. Certains lycées américains falsifient les livrets scolaires pour que leurs élèves soient admis à l’université [31]. Et encore :

 

« Lorsque l’entreprise automobile Sears impose un quota de ventes au personnel de ses ateliers de réparation, la réaction du personnel est de surfacturer les prestations à la clientèle et de procéder à des réparations non nécessaires. […] L’entreprise [Ford] tient tant à produire sa Pinto à une cadence et un coût précis pour une date de commercialisation si rapide que ce modèle insuffisamment testé se révèle finalement dangereux. […] Les directeurs truquent leurs chiffres trimestriels pour obtenir une prime [32] ».

 

Le mécanisme conduisant à l’immoralité s’éclaire à partir de la motivation extrinsèque. En effet, celle-ci est focalisée sur les objectifs utilitaires : notamment le gain du salaire. Or, le gain d’argent est exclusif du bien du client ou de la justice : il s’agit là non pas de biens opposés, mais simplement hétérogènes. Donc, celui qui ne mesure son action qu’à l’aune du bénéfice financier occulte le bien moral. D’ailleurs, les seuls biens qui seront triés par un tel objectif (extrinsèque) sont l’efficacité, la simplification ou la rapidité, autrement dit des objectifs d’ordre technique. Les critères mis en œuvre seront donc d’ordre technique, au détriment des biens moraux.

Inversement, celui qui est habité par une motivation intrinsèque intègre le bien de la personne, le sien et celui de l’autre.

b’) Preuve par la fuite de la punition

Deux chercheurs israëliens ont étudié le comportement des parents vis-à-vis des crèches à Haïfa [33]. Celles-ci fermant à 16 heures, les parents doivent venir chercher leurs enfants un peu avant cette heure, pour ne pas obliger les puréricultrices à rester plus tard. Néanmoins, certains arrivent en retard. Les chercheurs ont alors demandé la permission d’afficher le message suivant, signé par la direction de l’établissement : « Comme vous le savez tous, l’heure de fermeture officielle de l’établissement est 16 heures tous les jours. Sachant que des parents arrivent en retard, nous avons décidé (après l’approbation de l’Autorité en charge des crèches privées en Israël) de faire payer une amende aux parents qui viennent chercher leurs enfants en retard. À compter de dimanche prochain, une amende de 10 shekels [par enfant, un shekel représentant 0,2 euro] sera appliquée chaque fois qu’un enfant sortira après 16 h 10. Cette amende sera calculée mensuellemnet et sera incluse dans la facture mensuelle habituelle. La direction ».

Les chercheurs s’attendaient à ce que, ainsi pénalisés, les parents arrivent moins ou plus du tout en retard. Or, le résultat les a beaucoup surpris : « Après l’introduction de l’amende, nous avons observé un accroissement régulier du nombre de parents arrivant en retard. Ce nombre s’est finalement stabilisé à un niveau presque double du niveau initial [34] ».

Comment comprendre ce résultat paradoxal ? Même s’ils arrivaient en retard, les parents s’efforçaient d’être à l’heure par respect et justice pour les puéricultrices, leur travail, mais aussi, indirectement pour les enfants dont elles s’occupaient. Autrement dit, ils étaient habités par la motivation intrinsèque de la probité. Or, nous l’avons vu, la motivation extrinsèque diminue la motivation intrinsèque, désinvestit. Et, symétriquement à la récompense, la punition, la pénalisation fait partie des motivations extrinsèques. Donc, celles-ci accroissent les comportements dérégulés, autrement dit, immoraux.

Voire, le fait de payer donnait bonne conscience à celui qui agissait de manière dysfonctionnante. Ici, le mécanisme est un peu différent et passe par la blessure de l’intelligence. En effet, la logique de motivation extrinsèque est celle de la raison opératoire ; or, celle-ci réduit tout au calculable, c’est-à-dire à l’argent ; donc, la transgression de la norme est vécue comme une dette et compensée par le remboursement.

2’) La diminution de la liberté

La motivation extrinsèque engendre l’accoutumance et la dépendance.

  1. C’est là un fait d’expérience courante. Le parent qui paie une première fois son enfant pour descendre la poubelle éprouvera une peine infinie ensuite à obtenir de lui qu’il la descende gratuitement. Ce qui est vrai du parent l’est plus encore d’un employé ou d’un enseignant.
  2. Ce que l’observation atteste, l’économiste russe Anton Souvorov en a proposé une théorie, celle du « principal-agent » et une modélisation mathématiquement complexe. Retenons le concept. Souvorov appelle « principal » celui qui motive, comme le parent ou l’employeur, et « agent » celui qui est motivé, comme l’enfant ou l’employé. Or, une telle structure conduit à ce que le principal conduise l’agent en fonction de ses propres objectifs et que l’agent, lui, cherche ses propres intérêts et ce que le principal lui donne. Autrement dit, la motivation intrinsèque ne se trouve que chez le principal, alors que l’agent n’est agi vis-à-vis du principal que par motivation extrinsèque.

Surtout, concrètement, il se produit trois choses après une première expérience où le principal a associé la tâche à une récompense : l’agent n’exécutera plus la tâche si la récompense est absente (action gratuite) ou insuffisante ; l’agent refera l’activité si vous le rémunérez à nouveau ; mais, peu à peu, il n’accomplira le travail que si l’on augmente la somme. Autrement dit, le même résultat requerra une récompense toujours plus grande. Or, ce phénomène d’asymétrie où une cause toujours plus grande engendre un effet toujours plus petit est bien connu : il se rencontre dans l’accoutumance, qui est l’un des signes et l’une des propriétés de la dépendance. Donc, la motivation extrinsèque, la récompense, par exemple, financière, rend addict. « Les récompenses créent une accoutumance dans la mesure où, une fois qu’elle est proposée, une récompense conditionnelle [extrinsèque] conduit l’agent à l’espérer chaque fois qu’il sera confronté à une tâche similaire, ce qui oblige le principal à récompenser encore et encore [35] ».

  1. Les neurosciences confirment cette passionnante et inquiétante expérience. Brian Knutson, chercheur en neurosciences au National Institute on Alcohol Abuse and Alocholism, a démontré par IRMf que, chez celui qui est mû par l’appât de l’argent (motivation extrinsèque), s’active le nucleus accumbens. Or, les drogues (cocaïne, nicotine, amphétamines) excitent cette même partie du cerveau, la dopamine déclenchant une sensation agréable [36].
3’) La diminution de la prudence

De plus, Brian Knutson a montré qu’une personne, qui est sous l’emprise de l’espoir d’une récompense, donc, excitant son nucleus accumbens, prend plus souvent des risques. Or, la précipitation, la prise de risque est une faute contre la prudence, en l’occurrence, un péché par excès. Donc, en plus d’occulter la liberté, la motivation extrinsèque conduit à une blessure de l’intelligence pratique.

Les pratiques tristement manipulatoires des casinos le confirment : « Cela pourrait expliquer pourquoi les casinos promettent quantité de récompenses à leurs clients (repas très bon marché, alcools gratuits, cadeaux surprises, primes de jacpot) : l’anticipation d’une récompense l’active [le nucleus accumbens], ce qui peut favoriser le passage d’une crainte du risque à un comportement joueur [37] ».

4’) La diminution de la prudence. La précipitation

La motivation extrinsèque structure le temps, en l’occurrence, elle le raccourcit.

Une induction le confirme. Un écolier qui est payé pour résoudre des problèmes, donc qui est mû par une motivation extrinsèque, choisit en général les problèmes les plus faciles [38] ; or, un problème plus aisé se résout plus rapidement ; donc, sa temporalité se raccourcit. Surtout, l’apprentissage est proportionnel à la résistance, compte tenu que celle-ci n’est pas à ce point insurmontable qu’elle n’en vienne pas à décourager. Donc, l’écolier qui est seulement attiré par une motivation extrinsèque devient moins vertueux.

Autre exemple. La société qui consacre le plus de temps à gérer ses résultats trimestriels a un taux de croissance à long terme significativement plus faible que celle qui gère ses bilans sur la longue durée. Par exemple, elle compromet sa sécurité financière pour les années qui viennent [39].

 

« La présence même d’objectifs peut coduire les salariés à se focaliser sur les bénéfices court terme à perdre de vue les effets à long terme potentiellement dévastateurs pour l’organisation [40] ».

 

Je me demande toutefois si les effets négatifs ne sont pas plus nombreux. Pour le montrer, il aurait fallu répartir ces effets selon toutes les facultés, par exemple la mémoire et l’imagination.

Pascal Ide

[1] Teresa M. Amabile, Creativity in Context, Boulder, Westview Press, 1996, p. 119.

[2] Mark Twain, The Adventures of Tom Sawyer, New York, Oxford University Press, 1998, p. 23. Quel beau passage de la posture Victimaire à la posture responsable ! Mais notre intention n’est pas ici d’analyser le triangle dramatique de Karpman (cf. Pascal Ide, Le Triangle maléfique. Bourreau, victimaire, sauveteur : sortir de nos relations toxiques, Paris, Emmanuel, 2018).

[3] Harry F. Harlow, Margaret Kuenne Harlow & Donald R. Meyet, « Learning motivated by a manipulation drive », Journal of Experimental Psychology, 40 (1950) n° 2, p. 228-234, ici p. 231.

[4] Ibid., p. 233-234.

[5] Harry F. Harlow, « Motivation as a Factor in the Acquisition of New Responses », Current Theory and Researchbon Motivation, Lincoln, University of Nebraska Press, 1953, p. 46.

[6] Notamment pour ces spectaculaires et cruelles expérimentations par lesquelles il arracha des bébés macaques à leurs mères.

[7] Edward L. Deci, « Effects of Externally Mediated Rewards on Intrinsic Motivation », Journal of Personality and Social Psychology, 18 (1971) n° 1, p. 105-115, ici p. 114.

[8] Edward L. Deci, « Intrinsic Motivation, Extrinsic Reinforcement, and Inequity », Journal of Personality and Social Psychology, 22 (1972) n° 1, p. 113-120, ici p. 119-120.

[9] Bruno S. Frey, Not Just for the Money : An Economic Theory of Personal Motivation, Brookfield, Edward Elgar, 1997, p. 118-119, ix. Cf. aussi Bruno S. Frey & Alois Stutzer, Happiness and Economics : How the Economy and Institutions Affect Well-being, Princeton, Princeton University Press, 2002.

[10] Edward L. Deci & Richard M. Ryan, « Facilitating Optimal Motivation and Psychological Well-Being Across Life’s Domains », Canadian Psychology, 49 (2008) n° 1, p. 14-23, ici p. 14.

[11] Ainsi, Daniel Pink caractérise le type animé par des motivations extrinsèques (qu’il appelle le type X), par la poursuite de « l’argent et [d]es honneurs » (La vérité sur ce qui nous motive, trad. Marc Rozenbaum, coll. « Champs. Essais », Paris, Flammarion, 2014, p. 112).

[12] Cf. Mark R. Lepper & David Greene, The Hidden costs of reward. New perspectives on the psychology of human motivation, Hillsdale, L. Erlbaum Associates, 1978.

[13] Cf. Alfie Kohn, Punished by Rewards, Boston, Houghton Mifflin, 1993.

[14] Cf. Daniel Pink, La vérité sur ce qui nous motive, chap. 3. Tableau résumé, p. 87.

[15] Mark R. Lepper, David Greene & Robert Nisbett, « Undermining Children’s Intrinsic Interest with Extrinsic Rewards : A Test of the ‘Overjustification’ Hypothesis », Journal of Personality and Social Psychology, 28 (1973) n° 1, p. 129-137.

[16] Edward L. Deci, Richard M. Ryan & Richard Koestner, « A Meta-Analytic Review of Experiments Examining the Effects of Extrinsic Rewards on Intrinsic Motivation », Psychological Bulletin, 125 (1999) n° 6, p. 627-668, ici p. 659.

[17] Cf. Dan Ariely, Uri Gneezy, George Lowenstein & Nina Mazar, « Large Stakes and Big Mistakes », Federal Reserve Bank of Boston Working Paper N° 05-11, 23 juillet 2005. Cf. le résumé et la référence à d’autres travaux dans Dan Ariely, « What’s the Value of Big Bonus ? », New York Times, 20 novembre 2008.

[18] London School of Economics and Political Science (LSE), « When Performance-Related Pay Backfires », Financial, 25 juin 2009.

[19] Cf. Karl Duncker, « On problem solving », Psychological Monographs, 58 (1945) n° 5, p. 1-17.

[20] Cf. entrée « Candle problem », Wikipedia (anglais).

[21] Cf. entrée « Functional fixedness », Wikipedia (anglais).

[22] Cf. Sam Glucksberg, « The Influence of Strength of Drive on Functional Fixedness and Perceptual Recognition », Journal of Experimental Psychology, 63 (1962) n° 1, p. 36-41 ; « Problem Solving : Response Competition Under the Influence of Drive », Psychological Reports, 15 (1964) n° 3, p. 939-942.

[23] Teresa M. Amabile, Elise Phillips & Marry Ann Collins, « Person and Environnement in Talent Development : The Case of Creativity », Talent Development : Proceedings from the 1993 Henry B. and Jocelyn Wallace National Research Symposium on Talent Development, Nicholas Colangelo, Susan G. Assouline & DeAnn L. Ambroson (dir.), Dayton, Ohio Psychology Press, 1993, p. 273-274.

[24] Cf. Jean Kathryn Carney, « Intrinsic Motivation and Artistic Success » (étude non publiée, 1986, University of Chicago) ; Jacob W. Getzels & Mihaly Csikszentmihalyi, The Creative Vision : A Longitudinal Study of Problem-Finding in Art, New-York, Wiley, 1976.

[25] Teresa M. Amabile, Creativy in Context, p. 119 ; James C. Kaufman & Robert J. Sternberg (dir.), The International Handbook of Creativity, Cambridge, Cambridge University Press, 2006, p. 18.

[26] Cf. Richard Titmuss, The Gift Relationship : From Human Blood to Social Policy, Ann Oakley & John Ashton éd., éd. revue et augmentée, New-York, New Press, 1997.

[27] Carl Mellström & Magnus Johannesson, « Crowding Out in Blood Donation : Was Titmuss Right ? », Journal of the European Economic Association, 6 (2008) n° 4, p. 845-863.

[28] Bruno S. Frey, Not Just for the Money : An Economic Theory of Personal Motivation, p. 84.

[29] Cf. Dan Ariely, Anat Bracha & Stephan Meier, « Doing Good or Doing Well ? Image Motivation and Monetary Incentives in Behaving Prosocially », Federal reserve Bank of Boston Working Paper n° 07-9, août 2007.

[30] Lisa D. Ordonez, Maurice E. Schweitzer, Adam D. Galinsky & Max H. Braverman, « Goals Gone Wild : The Systematic Side Effects of Over-Prescribing Goal Setting », Harvard Business School Working Paper N° 09-083, février 2009.

[31] Cf. Peter Applebome, « When Grades Are Fixed in College-Entrance Derby », New York Times, 7 mars 2009.

[32] Daniel Pink, La vérité sur ce qui nous motive, p. 76-77.

[33] Uri Gneezy & Aldo Rustichini, « A Fine Is a Price », Journal of Legal Studies, 29 (2000) n° 1, p. 1-17.

[34] Ibid., p. 3 et 7.

[35] Anton Suvorov, « Addiction to rewards », conférence faite au European Winter Meeting of the Econometric Society, 25 octobre 2003.

[36] Cf. Brian Knutson, Charles M. Adams, Grace W. Fong & Daniel Hommer, « Anticipation of Increasing Monetary Reward Selectively Recruits Nucleus Accumbens », Journal of Neuroscience, 21 (2001) n° 16, RC159, p. 1-5.

[37] Cf. Camelia M. Kuhnen & Brian Knutson, « The Neural Basis of Financial Risk Taking », Neuron, 47 (2005) n° 5, p. 763-770, ici p. 768.

[38] Cf. Roland Bénabou & Jean Tirole, « Intrinsic and Extrinsic Motivation », Review of Economic Studies, 70 (2003) n° 3, p. 489-520.

[39] Cf. Mei Cheng, K. R. Subramanyam & Yuan Zhang, « Earnings Guidance and Managerial Myopia », SSRN Working Paper N° 854515, novembre 2005.

[40] Lisa D. Ordonez, Maurice E. Schweitzer, Adam D. Galinsky & Max H. Braverman, « Goals Gone Wild : The Systematic Side Effects of Over-Prescribing Goal Setting », Harvard Business School Working Paper N° 09-083, février 2009.

12.2.2024
 

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