Mandala et cœur

Certes, le mandala est très développé par le bouddhisme notamment tibétain [1] et par le plus orientaliste des psychanalystes, Carl Gustav Jung [2], qui y voit la figure par excellence, l’achèvement de tout symbole Certes, littéralement, il signifie « cercle enchanté ». Certes, aujourd’hui, nombre d’études et de pratiques du mandala se font dans le cadre d’une philosophie ou d’une spiritualité moniste [3].

Mais, d’abord, ce symbolisme religieux est universel [4] et la pratique qui en découle présente de réelles vertus pédagogiques et curatives pour la réorganisation de la personne [5]. Ensuite, il est possible de découpler la méthode et l’interprétation [6]. Enfin et surtout il ne faudrait pas oublier combien l’Occident chrétien a connu non pas le nom, mais la réalité, précisément à travers le cœur de Jésus. D’abord, le Moyen-Âge a diffusé des « images de méditation [Meditationsbilder] » représentant le Christ [7]. Précisément, ces graphismes disposaient les quatre plaies périphériques en carré (et non pas en triangle) autour du centre occupé par le cœur. De plus, la finalité n’était pas de plaire (de fait, les graphismes étaient inesthétiques), mais de transformer le méditant : la répartition symbolique du dessin favorisait la concentration de l’orant [8].

Détaillons non plus le pourquoi mais le comment, en suivant l’exposé lumineux d’une religieuse britannique de la Société du Sacré-Cœur, qui se fonde sur une pratique des mandalas et le constat de leur étonnante efficacité au plan psychologique mais aussi au plan spirituel :

 

« L’universalité du mandala réside dans son unique constante : le principe du ‘centre’, la source de toute énergie créatrice. Dans le centre tout est un et, qu’il se manifeste dans une étoile, une rose ou un humain, c’est son cœur qui est ce centre. […] Le mandala est fait pour aider à la concentration en rétrécissant le champ psychique de la vision au centre […]. Guérison, croissance et recentrement procèdent du double rythme de base du processus mandalique. Il y a le mouvement de ‘naissance’ qui va du centre vers un monde de différenciation créatrice. Puis il y a le mouvement qui retourne du cercle vers l’unité du centre et la potentialité d’une nouvelle vie […]. Le cercle trace une ligne protectrice autour de notre espace physique et psychologique, de sorte que notre identité peut émerger lorsque nous trouvons un foyer de concentration pour notre énergie, ce qui a un effet apaisant, en invitant les éléments conflictuels de notre nature à faire surface [9] ».

 

En quelques lignes, nous avons un exposé et une confirmation, d’ordre expérimental et poïétique, de la structure ontophanique, de l’homme comme de tout étant, de sa double pulsation, centrifuge (expansion et manifestation) et centripète (retrait et voilement), du caractère dynamique du centre autant que du caractère figuratif et individuateur de la périphérie, du rôle unificateur (y compris des tensions intérieures) et donc curatif du mandala.

Or, toutes les notes caractéristiques du mandala, en son centre et en relation avec la totalité de la figure, correspondent aux notes définitoires du cœur, en lui-même et en sa relation avec la totalité de la personne. Précisons : la correspondance ou plutôt l’identité vaut pour le cœur biologique (le muscle cardiaque) – que l’on songe, par exemple, à la pulsation du cœur –, pour le cœur symbolique (le cœur affectif autant que le cœur, centre de la personne), et enfin pour le Cœur Sacré de Jésus [10].

Pascal Ide

[1] Cf., par exemple, Anjan Chakraverty, Mandalas & thangkas. Peintures sacrées du Tibet. Collections privées du monde entier et de Sa Sainteté le Dalaï Lama, Paris, Guy Trédaniel, 1998 ; Tatjana Blau, Mandalas Tibétains. Tout procède du milieu, tout retourne au milieu, trad. Anne Charrière, Paris, Courrier du Livre, 1998.

[2] Cf., par exemple, Psychologie et alchimie, trad. Henry Pernet et Roland Cahen, Paris, Buchet-Chastel, 1970, p. 241.

[3] Cf., par exemple, Patrick Mandala, Le Voyage au Centre de Soi ou le symbolisme des Mandalas, Paris, Guy Trédaniel,.

[4] Cf. Michel Meslin, L’Expérience humaine du divin. Fondements d’une anthropologie religieuse, coll. « Cogitatio fidei » n° 150, Paris, Le Cerf, 1988, p. 156 et 157.

[5] Cf., par exemple, Marie Pré, Dessiner des mandalas. Images organisées autour d’un centre : des mandalas pour calmer, ré-équilibrer, re-centrer, unifier les enfants de 5 à 8 ans, coll. « Marie Pré. Album : 5-8 ans » n° 1, Saint-Sever-Calvados (14380), L’Hermitage, 1989 ; Id., Des mandalas à l’école, pourquoi ? Comment ?, Bois-Plage en Ré, Chemin des éridolles (17580), Marie Pré, 1990 ; Id., Mandala, outil de croissance. Guide pratique et théorique, coll. « Marie Pré. Cahier pédagogique » n° 1, Saint-Sever-Calvados (14380), L’Hermitage, 2004 ; Peindre, dessiner, créer des mandalas. Mandala dessin centré. Pour se détendre, se rééquilibres, se concentrer, se re-centrer, coll. « Marie Pré » n° 3, Saint-Sever-Calvados (14380), Marie Pré Diffusion, 2007.

[6] Cf. le discernement similaire proposé vis-à-vis des nouvelles thérapies dans Pascal Ide, Des ressources pour guérir. Comprendre et évaluer quelques nouvelles thérapies : hypnose éricksonienne, EMDR, Cohérence cardiaque, EFT, Tipi, CNV, Kaizen, Paris, DDB, 2012, « Introduction ».

[7] Cf. le travail d’un disciple de Jung : Alfons Rosenberg, Die christliche Bildmeditation, München-Planelagg, Barth, 1955.

[8] Cf. Id., « Bildmeditation und Meditationsbild. Eine Anregung zur Herz-Jesu-Frömmigkeit », Korrespondenzblatt, Canisianum, Innsbruck, 90 [1955-1956], p. 24-27. Cf. Giuseppe Tucci, The Theory and Practice of the Mandala, London, Rider, 1961.

[9] Pamela Hayes, The Heart Is a Sacred Space. A Reflection for 2000 AD, Middlegreen, Saint Paul, 1995, p. 24-25.

[10] Cf. Pie XII, Encyclique Haurietis Aquas sur le Culte du Sacré‑Cœur de Jésus, 15 mai 1956, AAS 48 (1956), 309-353, n. 28. Cf. l’expérience mystique d’une sainte Mechtilde ou d’une sainte Gertrude d’Hefta ; cf. surtout l’interprétation d’Édouard Glotin auquel nous empruntons ces références : « De l’amour à l’adoration : le culte du Cœur de Jésus », Édouard Glotin et Dany Dideberg, Le clair regard. La Bible du Cœur de Jésus. 4. La prière, Paris, L’Emmanuel, 2014, p. 123-140, ici p. 133 et note 1 de la même page.

11.3.2025
 

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