Au poste !
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Pays:
Français
Année:
2018
Thème (s):
Absurde, Humour, Ironie
Durée:
1 heures 13 minutes
Directeur:
Quentin Dupieux
Acteurs:
Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize
Age minimum:
A éviter

Au poste !, comédie française écrite et réalisée par Quentin Dupieux, 2018. Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig et Marc Fraize.

Thèmes

Comique, humour, ironie, absurde.

Le long métrage du scénariste et cinéaste Quentin Dupieux passe tout, l’agir et même l’être, à la moulinette de l’absurde. Sans prétendre à l’exhaustivité : le juste – ce monsieur Tout-le-Monde manifestement innocent qu’est Fugain devient le suspect n° 1, au point qu’il intériorise la culpabilité et cache un cadavre (un nouveau !) dont il n’est pas responsable –, l’amour conjugal – le couple de Philippe et Fiona (Anaïs Demoustier) est fondé sur la mise en écho d’une expression identique à la profondeur abyssale : « C’est pour cela » –, l’amour filial – le ton sur lequel Sylvain, le fils de Buron (Orelsan), raconte sa tentative de suicide est aussi indifférent que l’écoute de son père –, etc.

Plus inquiétante que la déconstruction de l’éthique est la démolition de l’ontologique. Là encore, sans totaliser : l’irréversibilité du temps – le spectateur ne sait jamais s’il est dans le présent, le passé ou l’avenir –, la continuité des corps – le trou dans l’organisme du commissaire renvoie symboliquement à une solution de continuité dans son psychisme –, la vérité comme adéquation au réel – plus qu’une pirouette, le retournement final révèle une prise de distance (tout n’est que théâtre et mise en scène) latente depuis le début (tout le film ne serait-il pas onirisme ou buée sur la rétine du spectateur ?) –, etc.

 

Assurément, les spectateurs rient. Au sens où le rire est conjuratoire : « Non, le scénario ne va pas le faire tomber sur son équerre pointue ? Mais si ! » Mais Au poste ! ne se contente pas de cette forme d’humour qu’est le cocasse. Il va jusqu’au non-sens total. Qu’en penser ?

Pour répondre, il faut faire un bref détour vers le plus grand philosophe du rire ou plutôt de l’ironie et de l’humour : Sören Kierkegaard. Le philosophe danois distingue trois étapes sur le chemin de l’existence : esthétique (symbolisée par Don Juan), éthique (symbolisée par Socrate) et religieuse (symbolisée par Abraham). Or, le passage d’une étape (ou sphère d’existence) à une autre s’opère, pour le premier, par l’ironie, et pour le second, par l’humour. Donc, les rires ironique et humoristique ne font sens que parce qu’ils sont relatifs. Autrement dit, ils consentent à un désordre momentané, d’où jaillit le désopilant, seulement parce qu’ils naissent d’un ordre inférieur, qu’il fallait désarticuler, pour laisser émerger un ordre supérieur qu’il convient d’héberger. Dit encore différemment, le rire est plus que du mécanique plaqué sur du vivant (Bergson), c’est du rire qui conjure le souffrir afin de conduire au sourire (c’est-à-dire le bonheur authentique).

Or, ici, l’absurde est généralisé et entropique : il conduit de l’ordre au désordre, sans nulle espérance d’une réorganisation plus haute. L’on a pu qualifier ce film de « kafkaïen » ou de dramaturgique. C’est lui faire beaucoup d’honneur, et surtout se tromper de cible ! Après cette déconstruction en règle (sic !) du « poste », les forces de l’ordre se résument à une bande de demeurés et de psychorigides ? Est-ce à dire que la police doive déserter la polis (« cité », en grec) ? Pointe ici une critique interne : une telle vision du monde est profondément insécurisante ; or, justement, on rit seulement parce qu’on se sent en sécurité, calé dans son fauteuil. Rit-on dans le noir, en tremblant ? Le thriller de science-fiction remarquable actuellement sur les écrans Sans un bruit est sans éclat (peut-être aussi sans écart ?) et sans rire… Ainsi l’ordre que l’absurde atomise par la parole suppose secrètement un autre ordre, sous-tendu par l’affect, qui, lui, demeure intouché.

À moins que… Au sortir, sur le trottoir, le spectateur demeure avec le seul souvenir très édifiant d’une humanité qui se réduit à un ramassis de lâches et d’égocentristes, entre amertume et peut-être, pour certains, un vague sentiment de supériorité – savoir, mieux que d’autres, la prétendue vanité des institutions et des motivations. Mais alors, le rire s’est transformé en idées noires, la joyeuse entreprise de vitrification en ténébreuse emprise du désespoir…

Pascal Ide

Un chef d’orchestre simplement habillé d’un slip rouge et de chaussettes noires exécute, imperturbable, la Symphonie n° 39 de Mozart, face à des musiciens eux-mêmes imperturbables en pleine clairière, jusqu’à ce qu’arrive un car de policiers et qu’il fuit à pleines jambes vers la forêt voisine. Nous entendrons plus tard une transmission de ce morceau diffusée par le petit poste de radio d’un des policiers du poste.

Le commissaire Buron (Benoît Poelvoorde) est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un homme qu’un certain Fugain (Grégoire Ludig) a retrouvé au petit matin gisant dans son sang. Considéré d’emblée par Buron comme le principal suspect, Fugain sera interrogé de longues heures, non loin d’un autre policier, borgne, Philippe (Marc Fraize). Mais rien ne se passera comme prévu.

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