The Circle
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Thème (s):
Personnalité Narcissique
Date de sortie:
12 juillet
Durée:
1 heures 50 minutes
Directeur:
James Ponsoldt
Acteurs:
Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega

The Circle est un film de science-fiction dystopique américano-émirati de James Ponsoldt, 2017, adapté du roman éponyme de Dave Eggers. Avec Emma Watson, Tom Hanks.

Thèmes

Personnalité narcissique, totalitarisme.

À juste titre, la plupart des critiques ont éreinté ce film manqué (mais qu’est-ce que Tom Hanks est venu faire dans cette galère ?). Je ne répéterai donc pas ce qui a été dit. Mais j’ajouterai deux remarques d’ordre éthique qui n’ont pas été relevées.

Tout en hésitant, le film finit tout de même par faire de l’entreprise The Circle une secte dans ses conséquences clivantes (d’un côté, les employés modèles qui adhèrent inconditionnellement à son idéal, de l’autre, la sénatrice Williamson, Mercer, les parents de Maeet Kalden-Tie, qui la suspectent de fascisme), ses méthodes (la transgression systématique des normes) et jusque dans sa symbolique (si, toute en lumière et dénuée d’angles, elle paraît être toute en douceur, elle ne propose d’évasion que vers le haut, donc impossible, et emprunte à la circonférence sa fermeture hermétique), de son fondateur charismatique un gourou séducteur style Steve Jobs, et de son projet de transparence absolue une utopie dangereusement aliénante. Or, la structure sectaire relève d’abord du diagnostic psychologique, voire psychiatrique (même si les conséquences sont aussi juridiques et éthiques), alors que la visée utopique et le droit à la transparence questionnent, pour la première, la politique et, pour la seconde, l’éthique, qui sont toutes deux des disciplines pratiques. Ainsi, en mêlant les deux types de questionnement, médical (donc technique) et éthique, le film brouille son message et émousse la pointe de son propos. C’est ce que confirme le découplage des deux questions : si Eamon Bailey n’était pas un manipulateur hors-la-loi et était réellement un philanthrope à la vie sobre et probe, son projet de transparence absolue en serait-il plus recevable ?

Par ailleurs, si les questions posées par le film ne sont pas neuves (cf. Antitrust de Peter Howitt, 2000), du moins, elles ont le mérite d’être posées avec clarté et insistance : plus de transparence conduit-il à plus de liberté ? vivre en permanence sous le regard de l’autre, plus, de la communauté, entraîne-t-il une moindre violation des normes éthiques ? une plus grande contrainte sociale s’accompagne-t-elle nécessairement d’une élévation de la conscience morale ? en confondant, voir (et donc savoir) et agir, ne sommes-nous pas encore victimes de l’axiome socratique selon lequel tout mal se réduit à une ignorance ? En revanche, la détermination éthique est totalement insatisfaisante. En effet, au terme, Mae, avec l’aide de Kalden, se contente d’étaler le contre-exemple des deux maîtres d’œuvres, Eamon et son servile homme à tout faire. Mais, d’abord, c’est encore corréler nécessairement la déstructuration psychologique et le dévoiement éthique. Ensuite, souligner l’exemplarité du patron est nécessaire, mais ne doit pas retarder ou annuler la conversion des employés. Enfin, c’est substituer à la proposition coûteuse, mais éclairante, de critères éthiques universels, la simple dénonciation singulière d’un excès, voire d’une transgression qui, là encore, est accidentelle à la question posée, voire peut faire accroire que la véritable solution réside dans cette diaphanéité panoptique. Au total et au final, le scénario ne semble pas avoir choisi entre le monde ultra-connecté et la vie privée.

Ainsi, du fait de l’attitude floue de l’héroïne, la confusion relevée par la première remarque s’étend donc à la seconde. Mais, en cela, le film s’avère fidèle au roman où, au terme, Mae finit par consentir aux visées hégémoniques du Cercle.

Pascal Ide

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