Une leçon des prophètes : la nécessité de la solitude

L’Ancien Testament nous livre un exemple riche d’enseignement sur la solitude : l’apparition des prophètes. Lorsque, à la demande instante du peuple élu, le roi succéda aux Juges, Israël fut menacé par l’activisme, l’indépendance, le contentement de soi et l’identification avec les autres nations. Or, outre les fautes immanentes à ces risques, l’idolâtrie pouvait entrer par toutes ces portes.

Pour conjurer cette tentation, Dieu suscita les prophètes. En effet, ceux-ci se caractérisent par deux traits : ce sont des amis fidèles de Dieu ; ce sont des « instruments » dociles entre ses mains, poussés par l’Esprit, plus encore des instruments zélés : « Je suis consumé par la flamme du zèle pour le Seigneur des armées », s’écrie Élie (1 R 19,14).

Or, le prophète trouve la proximité avec Dieu dans le désert et sa docilité fait que Dieu les envoie dans le monde au milieu des hommes, et souvent en but à leur hostilité. Par conséquent, au moment où Israël est menacé par la dispersion activiste, Dieu suscite des hommes qui, dans leurs vies, unissent la contemplation dans la solitude du désert et l’action dans le brouhaha du monde – la première nourrissant et ressourçant la seconde.

 

Tirons-en une leçon concrète à l’école de ce grand disciple d’Élie que fut le bienheureux carme Marie-Eugène. Le fondateur de Notre-Dame de vie expose à la fois la vie et la doctrine d’un « homme de génie, un grand religieux, le plus grand, a-t-on dit, de la Réforme après sainte Thérèse et saint Jean de la Croix, le P. Thomas de Jésus », qui « donna à ce problème une solution dont les réalisations fécondes montrèrent l’excellence [1] ». Il résume les leçons précises de son enseignement vécu en quatre conclusions pratiques :

  1. Nécessité de la solitude : « La solitude en raison de la qualité du silence qu’elle assure, semble nécessaire au développement de la contemplation surnaturelle. Elle doit donc faire partie de toute vie contemplative.
  2. Temps de la solitude : « Il suffit que cette solitude soit intermittente ; mais elle doit être d’autant plus profonde qu’elle est intermittente, et d’autant plus protégée qu’elle est plus menacée par les envahissements du monde ».

Je lis en ces deux premières conclusions une loi spirituelle plus générale : l’alternance. En effet, la finitude humaine ne peut jamais totalement harmoniser les pôles en tension. Ce qu’elle ne peut vivre simultanément, elle le vivra alternativement.

« 3. Activité de l’apostolat et contemplation ainsi protégée et nourrie du pain quotidien de l’oraison peuvent s’unir en un équilibre harmonieux qui les purifie, les enrichit et les féconde mutuellement ».

« 4. C’est cet équilibre parfait de contemplation et d’action qui caractérise le prophète et qui fait l’apôtre parfait [2] ».

Pascal Ide

[1] Ibid., p. 399.

[2] Ibid., p. 401 et 402.

18.9.2026
 

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