« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute »

Pendant 9 ans, j’ai fait le catéchisme chaque semaine aux CE2. Une de mes nombreuses joies était de leur raconter l’histoire de l’appel du jeune Samuel (1 S 3,1-10). Les enfants, qui s’identifiaient inconsciemment à ce jeune garçon, écoutaient intensément. Le récit, quand on ignore la fin, suscite un suspense intense : Samuel va-t-il découvrir qui l’appelle ? Pourquoi Dieu l’appelle-t-il en pleine nuit ? Le prêtre Éli va-t-il s’impatienter et tout gâcher ? Qu’est-ce que Dieu a révélé à Samuel ? Surtout, ce texte condense admirablement toute la relation de Dieu et de l’homme.

Notre Dieu est un Dieu qui parle. Nous employons volontiers l’expression « Parole de Dieu ». Et si nous convertissions cette formule abstraite dans cet énoncé autrement concret : « Dieu parle » ? Que c’est étonnant ! Les païens, les Grecs ou les Romains, étaient très religieux. Ils parlaient beaucoup à Dieu dans leur demande. Mais il aurait été inimaginable, pour eux, que Dieu (ou leurs dieux) leur adresse(nt) la parole. Dieu se tait, est au-delà de tout mot. Pourtant, combien ils auraient aimé que Dieu leur réponde ! L’on a recueilli un mot douloureux d’Aristote : « Mes amis, il n’y a pas d’amis ». Comme s’il se plaignait que ce qu’il y a de plus désirable, à savoir que Dieu nous parle comme on parle à un ami, était définitivement impossible.

Ainsi donc (quel bonheur !) Dieu nous parle : à travers les événements, la liturgie, les sacrements. Et, avant tout, à travers l’Écriture. Et nous, qu’allons-nous répondre ? Le psaume de ce jour emploie une formule étonnante : « Tu as ouvert mes oreilles » (Ps 39,7). Plus encore, la version grecque (les LXX) de ce passage que cite l’épître aux Hébreux a traduit : « Tu m’as formé un corps » (He 10,5), en l’appliquant au Christ. Comme si le corps de Jésus qui écoute son Père n’était plus qu’une oreille. Comme si, nous, autres Christ, fils dans le Fils unique, étions appelés à devenir tout entiers écoute de la Parole du Père ! Deux oreilles et une bouche, comme pour écouter deux fois plus que nous ne parlons. Ah, ces oreilles immenses et ouvertes que les icônes peignent, par contraste avec des bouches minuscules et closes !

Et si, comme Samuel, nous répondions, tout écoute, tout obéissance (du latin ob-audire : « écouter devant ») : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3,9) ?

Au fait, pourquoi est-ce que je vous parle (sic !) de tout cela ?

Le pape François a institué le Dimanche de la Parole de Dieu qui, à partir de cette année, sera célébré le troisième dimanche du Temps Ordinaire.

« Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! »

 

Pascal Ide

25.1.2020
 

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