L’amour au présent
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Pays:
Franco-britannique
Thème (s):
Amour, Maladie
Date de sortie:
1er janvier 2025
Durée:
1 heures 48 minutes
Évaluation:
**
Directeur:
John Crowley
Acteurs:
Andrew Garfield, Florence Pugh
Age minimum:
Adolescents et adultes

L’amour au présent (We Live in Time), romance dramatique franco-britannique de John Crowley, 2024. Avec Andrew Garfield et Florence Pugh.

Thèmes

Amour, maladie.

Avec sa musique envoûtante, ses acteurs attirants, son intrigue en temporalité non-linéaire, L’amour au présent nous parle bien de l’amour à l’âge des réseaux sociaux. Mais nous offre-t-il un présent (un don) ?

 

  1. Nous trouvons les ingrédiens éthiquement désordonnés de notre époque dérégulée : depuis le sex before (ou without) love, jusqu’à l’héroïne bisexuelle et le héros divorcé (données qui sont scénaristiquement inutiles), en passant par la Fiv et l’inversion des profils genrés attendus (lui qui est plus anima et par exemple n’ose la confronter dans ses choix au minimum solitaires, au maximum égoïstes ; elle qui est plus animus et par exemple, dans ce même cadre, ne demanda pas réellement pardon d’avoir dissimulé et gravement fauté contre la confiance). Et s’ils osent avoir un enfant et veulent se marier, ce ne peut qu’être une concession à la ringardise : « Tant qu’à être hétéronormatif, autant l’être jusqu’au bout ».

 

  1. Toute l’intrigue vrille autour de deux questions éthiques d’intérêt qui dramatisent l’histoire.

La première concerne la maladie (un carcinome des ovaires stade 3), à savoir suivre ou non le lourd traitement anticancéreux : « Je préfère mieux qu’on passe six mois extraordinaires et génialement actifs plutôt que douze mois vraiment m… et passifs. Je dis pas que je veux pas le traitement. Je dis seulement que je veux faire le bon choix ».

La deuxième touche la profession et plus précisément un défi à relever (présenter le Bocuse d’or, un concours mondial de la cuisine, créé par le cuisinier français Paul Bocuse), d’autant plus risqué que celle qui l’affronte est physiquement et psychiquement diminuée.

 

Assurément les deux options sur lesquels ouvre la première interrogation sont éthiquement recevables. Encore faudrait-il expliciter en quoi consiste ce semestre si vivant ? S’agit-il seulement de faire la fête, de multiplier les plaisirs ou de s’ouvrir à plus grand que soi, de se donner plus totalement aux autres ? Et c’est parce que les critères de choix demeurent étrangement innommés que s’engoufre le second dilemme : maximiser les chances de guérison ou maximiser celles de la réussite au concours culinaire ?

Or, encore plus étonnamment, c’est Almut et Almut seule qui le résout. Dans l’échange virulent qui oppose entre Almut et Tobias, celui-ci n’ose pas la confronter sur la seule question décisive, le prétendu altruisme de sa décision : est-ce vraiment pour leur fille ou pour elle qu’Almut opte pour le concours ? comment celle qui n’est pas allée jusqu’au bout de sa carrière sportive de patineuse et qui, en taisant son passé, atteste que cet échec n’est pas digéré, donc risque de le répéter dans l’avenir, peut-elle être si assurée qu’elle n’a pas une revanche à prendre avec son histoire ? Si sa motivation était réellement allocentrée, n’aurait-elle pas dû prendre la décision avec Tobias ? En effet, de son propre aveu, il s’agit bien non pas de son enfant, mais de leur enfant (« Je veux un enfant de toi »).

Le fond du film ressemble furieusement à sa forme : chaotique, inutilement chaotique. De même que le spectateur (en tout cas, moi) perd parfois un peu le sens (de l’orientation temporelle), de même le récit a quelque peu perdu son sens.

 

  1. Alors que reste-t-il de cette Love story 2025 ? D’abord, quelques belles trouvailles. Ainsi cette scène qui dit la pudeur de l’amour naissant lorsque, venant de se quitter sans encore oser se montrer ou se dire leur attachement, Almut et Tobias ferment la porte et s’appuient sur elle, chacun de son côté (un montage photographique les montre adossés) : ils se retrouvent ainsi plus proches que jamais, dans un dos-à-dos qui prélude le cœur à cœur. Ainsi cette autre scène qui dit la réconciliation de l’amour endurant où Tobias prend l’initiative de transformer l’appartement d’Almut en une carte du Tendre jonchée de bougies et de flèches de Cupidon…

Surtout We Live in Time rêve encore à un amour monogame, fidèle jusqu’à la mort, soudé dans l’épreuve, (relativement) dialogant et fécond (jusque dans la transmission de la mémoire). C’est déjà beaucoup !

Pascal Ide

Le film suivant un récit non linéaire, notre présentation rétablira l’ordre chronologique qui s’étend sur une décennie.

Le représentant de Weetabix, Tobias Durand (Andrew Garfield), alors qu’il est parti acheter un stylo pour signer les papiers de divorce que lui a remis sa femme, est heurté au retour par une voiture conduite par Almut Brühl (Florence Pugh), une ancienne patineuse artistique devenue cuisinière. À l’hôpital, Almut propose d’offrir à Tobias et à sa femme un repas au restaurant où elle travaille, bien que Tobias ne lui révèle pas son divorce. Lors du dîner, Tobias, désormais séparé, se rend seul au restaurant, informe Almut de sa séparation. Les deux vont à l’appartement d’Almut après le dîner et font l’amour. Ils passent la journée suivante ensemble, Almut cuisinant pour Tobias et lui montrant la meilleure façon de casser un œuf. Ils emménagent ensemble peu de temps après.

Quelques mois plus tard, alors qu’Almut apprend à Tobias que les enfants ne sont pas vraiment « son truc », celui-ci exprime tout au contraire son désir de fonder un jour une famille avec elle parce qu’il commence à tomber amoureux d’elle. Mais elle le repousse brutalement, disant qu’elle n’est pas quelqu’un qui fait ce genre de promesse, et il part sans dire un mot. Plus tard, lors d’une baby shower pour l’une des collègues d’Almut, Tobias lui rend visite et s’excuse auprès d’Almut pour son insensibilité, tout en critiquant également la façon dont elle lui a répondu grossièrement. Il lui avoue une fois de plus son amour et comment il s’est centré sur l’avenir, au lieu de vivre moment présent ensemble. Ils se réconcilient.

Après avoir ressenti des douleurs à l’abdomen, Almut découvre qu’elle a un cancer de l’ovaire et explique à Tobias que son gynécologue lui a recommandé de subir une hystérectomie partielle ou totale dans le cadre du traitement contre le cancer. Bien que Tobias ait promis à Almut de respecter sa décision, quelle qu’elle soit, elle choisit l’hystérectomie partielle pour garder la possibilité d’avoir des enfants naturels à l’avenir. Suite au traitement, elle bénéficie d’une rémission de son cancer. Après de nombreuses tentatives pour concevoir un enfant, Tobias et Almut sont heureux lorsqu’elle tombe enceinte. Suite à des contractions violentes, ils se rendent à l’hôpital le soir du Nouvel An. Mais, se retrouvant coincés dans un embouteillage, elle donne naissance à une petite fille dans les toilettes d’une station-service.

Trois ans plus tard, Almut, aujourd’hui chef de cuisine de son propre restaurant haut de gamme et ayant déménagé avec sa famille dans une petite maison et une ferme, commence à ressentir à nouveau des douleurs abdominales. Almut et Tobias apprennent que son cancer de l’ovaire est revenu au stade 3 et qu’elle devrait commencer une chimiothérapie le plus tôt possible avant qu’une opération d’ablation de la tumeur puisse être pratiquée, bien qu’il n’y ait aucune garantie de survie. Au sortir du rendez-vous avec l’oncologue Kerri Weaver (Lucy Briers), Almut reformule la décision à prendre sous la forme d’une alternative : ou subir douze mois « de m… », sans nulle assurance que la chimiothérapie réussisse, ou vivre « six à huit mois incroyables [fantastic] » sans aucun traitement. Et elle opte pour le premier choix. Ils expliquent la situation à leur jeune fille, Ella (Grace Delaney).

À peu près au même moment que son diagnostic, Almut est invitée par son collègue Simon Maxson (Adam James) à participer au Bocuse d’Or, un prestigieux concours de cuisine. Elle accepte de concourir. Almut et sa commis Jade (Lee Braithwaite) remportent les sélections britanniques et atteignent la finale, qui aura lieu en Italie quelques mois plus tard, le jour même de la cérémonie de mariage d’Almut et Tobias. À la même époque, le médecin traitant révèle à Almut et Tobias que le cancer n’a pas diminué. colère

La jeune cheffe cuisinière étoilée commence en secret l’entraînement pour la finale du Bocuse d’Or. Mais, Almut ayant oublié leur fille qui l’attendait à l’école, Tobias découvre qu’elle a non seulement choisi de préparer le concours au lieu de se concentrer sur son traitement, sa vie et sa famille, mais qu’elle ne lui a rien dit. A ses reproches, Almut répond qu’elle préfère que sa fille se souvienne de sa mère avec fierté comme d’une chef accomplie plutôt que d’une « mère morte ». Tobias l’accepte, annule à contrecœur leur mariage et consent qu’Almut continue à s’entraîner pour la finale.

En Italie, Tobias et Ella assistent à la finale du Bocuse d’Or et regardent Almut cuisiner. Au terme de la compétition, Almut est de plus en plus faible, mais elle laisse Jade prendre le contrôle et et finir la présentation du dernier plat, ce qui leur permet de terminer avec succès à temps.

Sans attendre les résultats, Almut profite du moment présent, puis choisit de partir avec Tobias et Ella. Alors qu’Almut s’était jusqu’ici refuser à faire du patin à glace, tant il lui rappelait la mort de son propre père, elle décide de les emmener à la patinoire où elle s’élance en leur disant « adieu » de la main.

Quelque temps plus tard, Tobias et Ella rentrent chez eux après avoir visité le poulailler de leur jardin, aux côtés de leur nouveau chien, qu’Almut et Tobias avaient envisagé auparavant d’offrir à Ella pour l’aider psychologiquement à faire face à un décès. Tobias apprend ensuite à sa fille comment casser un œuf, tout comme sa mère le lui avait appris. Tout nous dit qu’Almut n’est plus de ce monde.

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