Un éclat
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Pays:
France
Année:
2007
Thème (s):
Art, Guérison
Durée:
0 heures 25 minutes
Directeur:
Rodolphe Viémont
Acteurs:
Aurélien Recoing, Olivier Py, Pascal Bonnelle, Emilie Blon-Metzinger
Age minimum:
Tout public

Court-métrage français de 2007 réalisé par Rodolphe Viémont. Avec Aurélien Recoing, Olivier Py, Pascal Bonnelle, Emilie Blon-Metzinger. L’histoire, transparente et linéaire se laisse résumer en trois phrases : Pierre Lumens, restaurateur d’œuvre d’art, est encore traumatisé par la mort de sa femme, survenue voici quinze ans ; il lui est demandé de réparer un antique et précieux crucifix ; ils renaîtront ensemble à la vie.

Thèmes

Art, religion, guérison.

Aussi bref que dense, ce court métrage guérira nos regards trop dépendants du spectaculaire et de la violence ; nous libérant des mises à plat trop explicites, il nourrira de passionnantes discussions ; explicitement chrétien, sa lumière peut aussi éclairer notamment celui qui peine dans un chemin de deuil.

En deux minutes à peine, tout nous est suggéré de la souffrance de cet homme, en rupture avec l’autre (portant encore son alliance, il est incapable de rencontrer une femme qui l’aime), avec Dieu (« Je ne m’occupe pas des bondieuseries ») et avec lui-même (l’alcool accomplit autant qu’il symbolise la dissolution opérée par le repli sur la souffrance). La vie de ce taiseux se liquéfie, voire se liquide comme le début et la fin de l’impromptu opus 90, n° 2 de Schubert.

Tout part à vau-l’eau (n’est-ce pas la pluie que l’on entend lorsqu’il travaille à la restauration ?), pourtant, une métamorphose va s’opérer, par la médiation de ce crucifix. Mais n’allons pas trop vite à l’explication spirituelle. Ce crucifix polychrome se présente d’abord comme une œuvre d’art. Sa beauté ne peut pas ne pas l’émouvoir.

Pourtant, il demeure au moins un point fixe dans sa vie : sa rigueur professionnelle. Celle-ci va l’obliger à entrer en contact avec ce crucifix blessé par le temps ; plus encore, à le respecter. Avec une grande patience, il va en colmater les plaies, en panser les blessures. Avec une infinie douceur, il l’enveloppe, le caresse, le porte comme un nourrisson.

Le crucifix est déjà devenu beaucoup plus qu’une œuvre d’art, si belle soit-elle. Il lui est devenu intérieur. Sans le savoir, en prenant soin de cet objet, Pierre commence à prendre soin de l’enfant blessé en lui. C’est dans la continuité de ce travail inconscient qu’il s’imaginera son épouse venant le consoler. Mais les larmes ne sont pas la lumière ; elles lui ouvrent le passage en émolliant le cœur. On ne saurait négliger la place de son responsable. Conjuguant  l’autorité du masculin et l’attention du féminin, il accompagne ce travail de restauration qui est plus qu’extérieur. Jean-Baptiste prépare ; seul le Christ répare, quand le trauma est profond. Plus qu’objet ou projection symbolique de lui-même, le crucifix représente un autre. Il est un personnage à part entière. Le crucifix, devenu le Crucifié, regarde autant qu’il est regardé : Pierre ne s’y trompe pas qui, croisant les yeux, se révolte, boit, jette le chiffon sur son visage. Le prêtre, avec une rare empathie, en un éclair (éclat), comprendra tout : « Il était vivant ». Et ce Vivant est celui contre qui Pierre lutte depuis quinze ans et qui prend l’initiative de venir à sa rencontre. Celui qui croit le reconduire à l’église est en fait secrètement conduit par Lui à l’Église.

Le prêtre sera à la fois assez vulnérable pour entendre la douleur sans jugement (« Vous avez l’air tellement en souffrance ») et l’accompagner sans intrusion (« Vous cherchez de l’aide ? »), et assez confessant pour déchiffrer le signe (« Cet éclat, Dieu l’a voulu ») et ouvrir une espérance (« Dieu veille sur vous »). « J’ai encore du chemin », répondra Pierre. Mais l’essentiel est accompli : le passage de la mort à la résurrection, que résume le plan ultime : descendant la nef, Pierre passe progressivement des ténèbres vers la lumière resplendissante, d’un espace fermé à l’ouverture, de la descente à la remontée. De sa vie éclatée sous le choc du deuil insupportable à la lumière éclatante de Pâques, par l’éclat salvateur du Crucifié.

 

Pascal Ide

Pierre Lumens, la cinquantaine, est un homme brisé. Depuis son veuvage, il est fermé au monde, aux hommes, aigre et nihiliste. Il n’a dans la vie d’autre passion que son travail : restaurateur d’œuvres d’art. On lui confie un jour la restauration d’un vieux crucifix. Une étrange et paradoxale relation s’installe entre l’objet et lui, et va, après bien des résistances inconscientes, ramener Lumens dans l’humanité, la pitié et peut-être la piété.

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