Angel-A
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Pays:
Français
Thème (s):
Amour, Vulnérabilité
Durée:
1 heures 30 minutes
Directeur:
Luc Besson
Acteurs:
Jamel Debbouze, Rie Rasmussen, Gilbert Melki

Angel-A, Film fantastique français de Luc Besson, 2005. La scène se déroule de 0 h. 58 mn. 30 sec. à 1 h. 3 mn. 00 sec.

Thèmes

Amour, vulnérabilité.

Cette belle scène atteste à la fois le chemin vers l’amour de soi, sa mesure, l’importance de la réceptivité et de la gratitude qui en découle, les multiples tactiques pour éviter tant l’estime de soi que la reconnaissance, enfin le rôle du médiateur qui est l’amour inconditionnel. Considérons ici ce que cet extrait nous apprend de la vulnérabilité.

Cet extrait montre d’abord la distinction entre la vulnérabilité négative, et la vulnérabilité positive. La première est celle dans laquelle il se trouve au commencement : c’est la vulnérabilité de l’exclusion sociale, si douloureuse qu’elle pousse André au suicide. La seconde se rencontre au terme : elle est signalée par des larmes qui sont des larmes d’émotion et non pas des larmes de tristesse ou de désespoir ; elle se caractérise par une tendreté et se manifeste au dehors par une lumière émanant du visage et une paix.

Il montre aussi que cette vulnérabilité positive est une propriété du cœur, le cœur étant entendu comme centre intime de la personne : les larmes sont l’expression du plus intime ; de fait, Angela lui a permis d’accéder à ses besoins les plus fondamentaux, le besoin d’aimer et d’être aimé ; il a fallu tout un chemin, pénible, pour toucher ces besoins, notamment dépasser les défenses et les résistances comme l’évitement (« Que vois-tu ? – Je vois une fille sublime. Merci. Et encore ? »), donc contourner ou, mieux, dissoudre la défense.

Par ailleurs, la vulnérabilité positive ne se rejoint que grâce à l’aide de médiations. La première, trop vite oubliée, est le miroir. Symboliquement, le miroir représente l’amour de soi. De fait, les personnes à basse self-esteem font disparaître les miroirs de chez eux ou du moins les évitent systématiquement. La seconde médiation, bien évidemment, est Angela : elle l’encourage, sans se lasser ; plus encore, elle l’enveloppe de son bras. Autant de signes d’amour inconditionnel. Et celui-ci va être formulé en mots : Angela dit à André qu’elle l’aime. De plus, l’empathie d’Angela lui permet de formuler avec précision l’obstacle qui empêche André de formuler son auto-amour et qu’André ne se formulait probablement pas : « Il est difficile de dire ‘je t’aime’ quand personne ne te l’a jamais dit ». Et l’instant d’après, elle le lui dit, simplement, sobrement. Enfin, la médiation est ajustée : Angela disparaît pour laisser André seul face à lui-même, sait ne pas se rendre indispensable. Elle pousse l’échafaudage. En se refusant à la captation et à la fusion, elle donne toute sa place à André. Merveille d’un amour qui à la fois sait envelopper et pourtant n’étouffe pas. Merveille de pédagogie qui sait que l’essentiel n’est pas ce que l’on entend, mais ce que l’on s’approprie, n’est pas ce qui vient du dehors, mais ce que l’on intériorise. Bref, en s’absentant progressivement, elle lui permet d’intérioriser ses paroles et d’ainsi imperméabiliser et remplir son réservoir d’amour.

Enfin, cette vulnérabilité positive est véritative : André est enfin en contact avec lui. Dans un premier temps, il nomme, ses qualités. On notera la progressivité des aveux : « Je vois de la gentillesse. Beaucoup » ; « De la beauté » ; « De la douceur » ; « De l’amour. Beaucoup. Trop ». Le deuxième temps va consister à se formuler à soi-même que l’on s’aime. Le passage du plan américain au plan rapproché du visage montre que toute la scène culmine dans le bouleversant aveu : « Je t’aime, André ». Deux éléments non verbaux en soulignent l’importance : l’aveu est prononcé à voix basse ; les larmes, une émotion intense, soulignent la prise de parole – qui est aussi une prise de conscience. Or, c’est la seule fois du film où André pleure. Ainsi, la vulnérabilité véritative a ici rejoint la vulnérabilité amative.

Pascal Ide

André (Djamel Debouze), un loser qui accumule les dettes, les entourloupes et les échecs, ne voit plus qu’une seule issue : le suicide. Il se retrouve sur le pont Alexandre III, à Paris. Mais il rate même son suicide. La pile suivante, une femme superbe, Angela (Rie Rasmussen), saute juste avant lui, ce qui le pousse à sauter à son tour pour la sauver. À partir de ce moment, Angela ne va plus le lâcher et tenter de sauver André de lui-même. Progressivement, il s’avèrera que cette Angela dont les pouvoirs ne se limitent pas à la séduction, est un envoyé du ciel – ce que l’on appelle dans la théologie traditionnelle, un ange gardien, et ce dont son nom porte la trace. Mais ces pouvoirs, si grands soient-ils, ne peuvent pas aider une personne qui ne le veut pas. Angela est une Sauveuse, pas une Sauveteuse. André persiste dans son attitude d’auto-destruction et de dénigrement permanent de lui-même. Jusqu’à la scène la plus décisive, celle du retournement. Pour la énième fois, Angela explique à André qu’il est beau à l’intérieur. Devant la résistance obstinée d’André, elle l’entraîne dans les toilettes publiques, face à un miroir.

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