Théodore Ratisbonne, Manuel de la mère chrétienne. Un exemple de dolorisme chrétien au XIXe siècle

L’auteur, prêtre supérieur de la Congrégation de Notre-Dame de Sion et directeur générale de l’archiconfrérie des mères chrétiennes, verse dans le dolorisme typique de son siècle. Un chapitre intitulé « La Croix » d’un livre qui fut réédité de multiples fois commence ainsi : « La croix, mystérieuse échelle de Jacob, est l’unique voie du ciel [1] ». Et il se poursuit par cette affirmation : « Oui, la doctrine chrétienne est une doctrine de souffrances et de larmes ». Mais l’on doit à la vérité qu’il ajoute aussitôt : « Mais elle est aussi la religion des saintes espérances. La croix ne blesse que pour guérir [2] ».

De pair avec ce dolorisme va une certaine dépréciation de soi-même : « Les plus douloureuses angoisses ne proviennent pas d’ailleurs du sacrifice des choses corporelles ; elles résultent des efforts héroïques qu’il faut faire pour se détacher de soi-même [3] ». Il peut aussi entretenir une patience à l’égard des défauts de l’autre qui cousine avec le déni. Ainsi, face au mari, le prêtre conseille à leurs épouses : « Ne dites point : Il me rend malheureuse, il ne me comprend pas, nos esprits ne s’accordent point ! Ces sortes de griefs ne justifient pas le refroidissement des affections chrétiennes. Est-ce que cet homme qui s’éloigne de Dieu cesse pour cela d’être l’objet des prévenances de la grâce. […] Aimez-le tel qu’il est […]. Plus il aura de défauts, plus vous aurez de mérites. Votre patience attendrira son âme, perfectionnera la vôtre [4] ».

Et, plus encore, fait système une vision assez dramatique du salut. C’est ainsi que la première partie, consacrée à la direction spirituelle, commence par un chapitre consacré à « la chose uniquement nécessaire », « le salut de notre âme [5] » et que, très vite, un chapitre entier traite des appelés et des élus, rappelant que, si le ciel est « ouvert à tous les hommes », « le Sauveur nous déclare qu’il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus [6] ». Et l’auteur reprend : « Tous sont donc appelés ; mais pourquoi les élus sont-ils en petit nombre [7] ? » Heureusement, il confesse la miséricorde divine et l’espérance : « Il y a deux choses dont il ne faut désespérer jamais : le cœur de Dieu et le cœur de l’homme [8] ».

Pascal Ide

[1] Théodore Ratisbonne, Manuel de la mère chrétienne, Paris, Librairie Saint-Joseph, 91863, chap. 16, p. 177.

[2] Ibid., p. 170.

[3] Ibid., p. 170.

[4] Ibid., chap. 3, p. 38-39.

[5] Ibid., chap. 1, p. 13.

[6] Ibid., chap. 4, p. 45.

[7] Ibid., p. 46.

[8] Ibid., chap. 6, p. 63.

9.9.2026
 

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