L’énergie libérée par la crise : une loi universelle riche d’espérance

Prenant en compte l’expression « nouveau moyen âge », Jacques Maritain, si sensible à l’histoire, propose le discernement suivant :

 

« Ce mot peut faire illusion. Il conviendrait plutôt de l’appeler un troisième âge, en regardant comme un premier âge celui de l’antiquité chrétienne, qui a duré environ huit siècles, et en caractérisant le moyen âge comme le temps de formation et d’éducation, et de maturation historique (dans le bien et dans le mal) de l’Europe chrétienne ; les temps modernes apparaîtraient alors avant tout comme la dissolution éclatante, avec un formidable rayonnement d’énergie, de la longue époque précédente ; et du troisième âge de notre ère de civilisation, on pourrait à peine dire qu’il a commencé, mais plutôt que nous assistons aux prodromes, aux lointaines préparations qui l’annoncent [1] ».

 

La phrase que nous avons soulignée, Maritain l’énonce en passant, sans en mesurer toute la portée quasi-transcendantale. Elle n’est pas sans résonance avec la conception qu’a Simone Weil de la crise et du mal.

Quand nous vivons une crise qui non seulement ébranle une relation mais va jusqu’à la corrompre, nous sommes d’abord affectés en profondeur par cette dissolution, qu’il s’agisse d’une rupture d’amitié, d’un divorce, d’une dissension au sein d’une collectivité, une paroisse, a fortiori d’une guerre ou d’un schisme. Et c’est tellement compréhensible ! Mais nous ne prêtons pas attention à l’effet positif : la libération de l’énergie accumulée dans le lien. Or, cette énergie devient disponible pour créer un nouveau lien ou plutôt pour le renouveler.

Cette loi se vérifie analogiquement de chacun des ordres de Pascal. Elle est on ne peut plus évidente en biologie : par l’assimilation, le vivant détruit les liens de l’aliment pour s’approprier son énergie (et les nutriments). Elle vaut pour les crises humaines qui, le plus souvent, signalent une insuffisance du lien antérieur. Si idéologiques et destructeurs soient le wokisme ou les théories du genre, ils ont été engendrés (en partie) par des relations entre humains (homme-femme, cultures différentes, etc.) qui étaient dysfonctionnantes et violentes. Que l’énergie libérée par leur destruction soit l’occasion de construire des connexions purifiées de leurs ombres. Et l’on peut enfin relire les crises dans l’Église comme autant de libérations d’une énergie vacante qui demande à être recyclée pour nouer des communions interpersonnelles plus vraies et plus charitables. Quelle espérance !

Pascal Ide

[1] Jacques Maritain, Humanisme intégral, p. 259 : Jacques et Raïssa Maritain, Œuvres complètes, Fribourg Suisse, Éd. Universitaires, Paris, Saint-Paul, vol. VI (1935-1938), 1984, p. 562.

8.9.2026
 

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